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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Françoise Bernardi. Mars 2002 3ème Biennale de Liège, photographie et arts visuels. La disparition. |
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La ville entière vit à l’heure de la Biennale, chaque lieu d’exposition lui est consacré, du Musée d’Art contemporain à la Salle Saint-Georges en passant par les Brasseurs, la galerie Périscope ou encore l’Eglise Saint André. Et, est-ce un hasard, on peut également noter que le Palais provincial accueille actuellement le World Press Photo. La disparition, qui est intimement et intrinsèquement liée à la photographie, est le thème de cette troisième Biennale. La photographie a une fonction de mémoire, elle fixe les choses et les êtres en danger de disparition : des instants fragiles et futiles, des témoignages de vie, des traces de ce qui a été, de l’histoire, grande ou petite, universelle ou confidentielle. Mais la photographie est-elle elle-même appelée à disparaître avec le développement de nouvelles technologies comme le numérique ? Les différents artistes se retrouvent autour de cette thématique soit par une technique particulière soit par une mise en scène et une esthétique de l’image ou encore par le sujet lui-même. Depuis ses débuts, la photographie a la volonté de garder, de collectionner et d’établir presque un inventaire des choses fragiles et appelées tôt ou tard à disparaître. Ainsi, des liens se sont tissés avec l’archéologie afin de répertorier les sites des civilisations disparues : Fournereau et Delaporte pour le temple d’Angkor, Félix Bonfils et les pyramides, Giorgio Sommer et Pompéi. Ce média a permis bien des simplifications, le dessin cède alors sa place à la photographie plus fidèle et surtout plus rapide. Ce besoin et presque cette nécessité de tout fixer sur papier mène tout naturellement le photographe vers le portrait de groupe, de famille ou de personne isolée. Le champs des possibilités est infini, notamment par une variation de techniques. Roberto Pellegrinuzzi réalise d’immenses portraits en photographiant son modèle centimètre par centimètre avant de rassembler le tout en une composition unique. L’autoportrait de Mapplethorpe, condamné, accentue également l’ambiguïté que la photographie entretient avec la mort. Ces nombreuses images permettent d’accéder à une mémoire, un souvenir. Cette fonction de trace trouve une autre dimension avec les portraits de rwandais de Kazinierakis ou les images des camps nazis de Kenna. Là où le texte et les mots ont leurs limites, la photographie offre une autre voie pour aborder l’histoire. Le thème de la disparition est également abordé par des manipulations chimiques et même physiques qui offrent au regard une image incertaine, à la frontière entre le visible et l’invisible. En effet, à ses débuts, la maîtrise n’étant pas totale, la photographie présente des personnages fantomatiques, presque évanescents (Eugène Atget). Mais, les effets filés ou bougés seront aussi recherchés par les photographes pour la notion de passage et de mouvement qu’ils induisent. Cette thématique peut également être abordée par une mise en scène particulière comme Plossu et ses figures d’absence qui suggèrent paradoxalement une présence par des traces laissées comme, par exemple, un lit défait. De nombreux artistes exposés ont développé des techniques particulières. Certains allient parfois photo et vidéo comme Ronald Dagonnier ou Anne Penders. La solarisation est privilégiée par Eve Cadieux dans ses autoportraits dans l’atelier. Jean-Louis Vanesch joue avec les noirs et les gris ce qui donnent des œuvres sombres et brumeuses. Il est difficile de citer les nombreux artistes présents dans cette Biennale tant les noms se bousculent. Au Mamac, l’accent est mis sur la création contemporaine. La Salle Saint-Georges privilégie un parcours à travers l’histoire de la photographie. L’Espace d’Art contemporain les Brasseurs accueille de jeunes diplômés de l’Ecole nationale de Photographie d’Arles. L’ancienne église Saint-André propose le travail de deux polonais, Wojciech Prazmowski avec ses photos objets et Stanislaw J.Wos et ses œuvres teintées de mysticisme. Le thème de la disparition est décliné au sein des différents lieux d’expositions (17 !) de la Ville de Liège. C’est un panorama tout à fait impressionnant que cette Biennale nous offre à voir et à découvrir jusque la fin du mois de mars. Françoise Bernardi |
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| Site de la Biennale : www.chiroux.be avec le programme détaillé. | |
| Exposition accessible jusqu'au 30 mars 2002. |
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