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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Françoise Bernardi. Mars 2002 Paris 1900 dans les collections du Petit Palais. |
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L'exposition d'Ixelles rend ici hommage aux artistes oubliés, à des oeuvres souvent injustement méconnues. Différents thèmes structurent cette exposition : la Parisienne, la poésie art nouveau, la révolution art déco, etc. Certaines personnalités sont privilégiées comme le sculpteur-potier Jean-Joseph Carriès, Georges Deraisme, Charles Jacqueau et le marchand Ambroise Vollard. Les travaux en cours au Petit Palais permettent aux collections de voyager et d'être ainsi présentées à Ixelles sous le thème très vaste de Paris 1900. Au XIXè siècle, les expositions universelles facilitent les échanges entre les différentes nations. L'exposition de 1900 à Paris veut célébrer le passage au vingtième siècle. Mais il ne serait pas juste de ne voir en cette période que le luxe, la bourgeoisie et les fêtes mondaines (bals, théâtres, fêtes, courses de chevaux). L’essor de l’industrie et ses progrès techniques ne font qu'accentuer les différences de classes, ce qui conduira à de nombreuses luttes et révoltes. Le monde du spectacle, le cirque et la danse sont abordés tant en gravure qu'en peinture. Les Turbulences andalouses de Hubert Julien Detouche mettent en scène la célèbre danseuse Loïe Fuller dont l’originalité réside dans un jeu entre les projections lumineuses et sa tenue de scène en voile ample, long et souple. Célèbre pour ses danses du papillon, du serpent ou encore du feu, un pavillon lui était entièrement consacré à l’Exposition universelle de 1900. Cette danseuse a inspiré de nombreux artistes de l’époque et notamment Toulouse-Lautrec dont on peut admirer l’importante production au Musée d’Ixelles, qui possède la plupart de ses affiches. Celles-ci sont exposées à l’occasion de la publication d’un ouvrage consacré à cette collection d’affiches du Musée d’Ixelles. Les prostituées, le monde du spectacle et les cabarets sont certainement les sujets privilégiés de cet artiste influencé par les estampes japonaises (cadrage, composition, aplat des couleurs). Si l’aspect festif de l’époque est souvent présent dans les œuvres graphiques, on peut voir aussi un certain désenchantement dans les personnages des peintures de Fernand Pelez qui nous montre l’envers du décor au travers de personnages aux visages graves et tristes. Mais les arts restent véritablement au service de la bourgeoisie. Les portraits, bijoux et autres objets décoratifs sont destinés à une partie très restreinte de la société de l’époque. Le raffinement, la précision et le goût du détail caractérisent véritablement les créations des orfèvres ou joaillier tels que Vever, Jacqueau ou encore Fouquet. Les motifs floraux, les insectes ou autres animaux inspirent de nombreuses créations. Au milieu de tant de raffinement, la femme trouve tout naturellement sa place, mise à l’honneur au travers de nombreux portraits qui exaltent sa féminité et son élégance. Au tournant du XXè siècle, différents courants artistiques émergent avec cette même volonté de se défaire des conventions, d'un certain académisme pour privilégier la subjectivité de l'artiste dans son travail des couleurs et des motifs. Le réalisme, le symbolisme, les Nabis, l'impressionnisme et le post-impressionnisme libèrent la peinture de son académisme et lui ouvrent de nouveaux horizons, ces courants sont à la base des avant-gardes du XXè siècle. L’exposition rend hommage à quatre personnalités d’horizons très différents qui malgré leur spécificité et leur originalité n’ont pas toujours gardé une place dans les mémoires de l’Histoire de l’Art. Ainsi, le sculpteur-potier Jean-Joseph Carriès développe au travers de sa technique de glaçure sur grès un univers particulier proche du fantastique et du monde du spectacle. La découverte de la céramique japonaise lui inspire ses masques, ses animaux et ses personnages parfois inquiétant. Le cadre de vie, les objets décoratifs et les bijoux sont travaillés avec finesse et un sens du détail caractéristique de cette époque. Dans des styles différents, Charles Jacqueau et Georges Deraisme mettent leurs talents au service du futile et de l’accessoire qui en deviennent alors presque indispensable. Les artistes ne sont évidemment rien sans le soutien d’amateurs éclairés qui permettent la diffusion et la reconnaissance de leurs œuvres. Ainsi, Ambroise Vollard, marchand de tableaux et éditeur d’art (Les Fleurs du Mal illustré par Bonnard) est une figure importante dans le circuit artistique et commercial de l’époque. Cézanne, Matisse, Picasso sont quelques-unes de ses « découvertes » et témoignent de son incroyable intuition et clairvoyance. L’exposition d’Ixelles met nettement en avant un Paris 1900 raffiné et élégant. Ce n’est évidemment le reflet que d’une facette de l’époque mais il est doux de croire que parfois tout peut être parfait. Françoise Bernardi |
* Légendes
sous les
Toulouse-Lautrec
P.-A. Steck |
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Musée
d'Ixelles, Rue Jean Van
Volsem, 71 – 1000
Bruxelles |
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| Du mardi au vendredi de 13h à 18h30, samedi et dimanche de 10h à 17h | |
| Exposition accessible jusqu'au 21 avril 2002. |
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