LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Stephane Rey et Colette Bertot.   Février 2002 
1.
De qui se moque-t-on ? Caricatures d'hier et d'aujourd'hui.


Cap sur le Musée Royal de Mariemont qui a eu la bonne idée de sortir de ses trésors méconnus, un bel ensemble de caricatures – estampes, illustrés, bustes-charges, revues satiriques – datant des années antérieures à 1914.

En Belgique, en effet, le XIX° siècle peut être appelé « le siècle des caricatures » tant elles foisonnèrent et avec quel esprit…

De 1815 à 1914, de Waterloo à la Grande Guerre, journalistes et dessinateurs s’en sont donné à cœur joie dans un mode d’expression humoristique particulièrement florissant à une époque où les techniques photographiques ne sont pas encore très développées.

En point de mire, l’anticléricalisme qui fut l’un des débats idéologiques parmi les plus disputés à l’époque. Le conflit fut virulent et les journaux s’opposent sans vergogne sur la question des rapports et l’Eglise et l’Etat.

Les publication satiriques sont pléthore, illustrées entre autres par Félicien Rops qui n’y va pas par le dos de la cuiller, représentant, par exemple, un restaurant tenu par des religieux qui  proposent l’eau miraculeuse de la Salette en boisson alors que lui, l’impertinent, suggère de l’utiliser en lavement ou comme engrais…

Dans le camp adverse, les « cléricaux » réagissent mais de façon moins rapide et moins prolixe. Ces œuvres sont souvent ignorées.

L’exposition est l’occasion de réparer cet oubli en nous faisant voir les arcanes du « complot » ourdi par libéraux et socialistes que les ministres catholiques n’hésitent pas à  « châtier » à coups de balais, de fessées, de douche froide !

Avec les élections législatives de juin 1912, l’affrontement atteint son paroxysme. Les affichent clament : « la vie chère, pas pour nous », « voter pour les libéraux, c’est voter pour les socialistes », « les cartellistes dilapident les biens publics »….De vrais petits chef-d’œuvres qu ‘on prend plaisir à détailler pour le trait de plume, pour l’esprit qu’ils véhiculent.

Quand rien ne va plus, mieux vaut en rire. On rit parfois jaune mais on rit.

Afin d’étoffer le sujet, on a pioché dans les planches de « L’assiette au beurre », la plus intéressante des revues satiriques françaises de l’époque dont Léopold II fut la principale cible, chargée sans ménagement par des dessins de Daumier, de Kupka et des sculptures de Dantan.

Que de talent pour « amuser le spectateur aux dépens de ceux que la caricature met en scène »… 

Bien que riches, nos collections ne permettaient pas de répondre à tous les souhaits de mise en lumière des caricatures de l’époque.

Le Musée International de la Presse à Mons, qui possède une collection unique de périodiques satiriques, s’est associé au projet de même qu’on a sorti quelques « images d’aujourd’hui » signées Pierre Kroll « croquant » à sa façon, pas toujours raffinée, la société belge contemporaine.

N’est pas Plantu qui veut, considéré comme « le meilleur commentateur sinon le premier éditorialiste » du Monde !

Même si la caricature n’a plus l’âpreté d’autrefois, elle vit encore et de pouvoir, grâce au legs Waroqué, parcourir la scénographie colorée de Mariemont, donne chaud au cœur. Allez, rien n’a vraiment changé…

 Stephane Rey,    
Colette Bertot    
 

 

 

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Musée Royal de Mariemont.

Tous les jours sauf lundis non fériés de 10h à 18h.
Exposition accessible jusqu’au 17 février 2002.

Copyright © 2002 Mémoires, Stephane Rey et Colette Bertot. 
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