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Le lieu
Situé dans l'Hôtel de Gaiffier d'Hestroy, rue de Fer, Le Musée des Arts
anciens du Namurois nous accueille entre cour et jardin. C'est en 1761 que
Pierre-Joseph-Baudouin de Gaiffier hérite de ce bâtiment qui deviendra,
quelque 200 ans plus tard, le musée que nous connaissons aujourd'hui.
Le corps de logis, en briques artisanales et pierre bleue, est d'aspect assez
traditionnel et date du deuxième quart du XVIIIe siècle. La façade présente
deux niveaux sur caves avec soubassement en pierre calcaire. Les fenêtres
rectangulaires à linteau droit sont placées entre des cordons de pierre bleue.
Seul le fronton cintré interrompu qui surmonte la porte d'entrée apporte un
peu de fantaisie à cette architecture classique. Le bâtiment est précédé
d'une cour d'honneur pavée, fermée par un mur de clôture qui sépare le logis
de la rue et dissimulait autrefois les communs et les écuries.
Le mur de clôture est le fait de l'architecte François-Joseph Beaulieu qui l'édifie
en 1768 sur demande de Pierre-Joseph de Gaiffier. Le projet de ce long mur
aveugle en façade faillit avorter car il était en contradiction avec les règlements
communaux. Les échevins voulaient la démolition du mur qui fut finalement
maintenu. D'aspect assez décoratif, le mur de clôture contraste avec la sobriété
du corps de logis par un jeu polychrome et des décors de style 'Régence'.
Ordonné symétriquement de part et d'autre du porche central, le mur est en
effet rythmé par des panneautages en stuc intercalés entre des pilastres
ioniques. Ces panneaux sont décorés de coquilles et guirlandes. Deux d'entre
eux portent un buste à la romaine. Une imposante balustrade en pierre coiffe
l'ensemble. Côté cour, les panneaux stuqués sont ornés de médaillons
figuratifs.
Aujourd'hui, les communs et écuries que dissimulait autrefois le mur de clôture
ont été spécialement aménagés pour recevoir des expositions temporaires.
Au XVIIIe siècle, un dédoublement des pièces à l'intérieur du bâtiment
principal permettait de réserver la partie située côté cour à la vie
publique (accueil des visiteurs) tandis que la partie située côté jardin était
réservée à la vie privée. L'intérieur a évidemment été réaménagé en
fonction des exigences du musée mais le jardin , par son aspect intime, ceinturé
d'un mur, témoigne encore aujourd'hui de l'esprit du XVIIIe siècle.
Les collections
En 1950, Madame Paule d'Haese, fille du gouverneur de la Province de Namur, Paul
de Gaiffier d'Hestroy, fait don de l'hôtel à la Province à condition d'y
affecter une fonction muséale. Le musée ouvre ses portes en 1964 grâce aux
collections de la Société archéologique de Namur.
Les collections sont constituées d'objets d'art allant du XIIe au XVIe siècle
et présentés selon un parcours chronologique, les oeuvres les plus anciennes
étant disposées dans la première salle. Nous découvrons non seulement des
sculptures sur bois et sur pierre mais également de somptueuses pièces d'orfèvrerie
alliant métal, pierres semi-précieuses, émail, vernis brun. A l'étage, de
nombreuses sculptures sur bois nous permettent d'apprécier des fragments de
retables issus des grands ateliers du XVIe siècle ou encore d'ateliers locaux
ainsi que des statues de saints. Plus loin, une salle rassemble des chasubles et
orfrois ainsi que de très belles pièces de verre peintes (grisets) et une
collection de gobelets en verre du XVIe siècle.
Une nouvelle salle, ouverte en
2000, est entièrement consacrée aux corporations de métiers à Namur et
montre des affliges (pièces d'orfèvrerie aux éffigies des saints patrons des
corporations et qui étaient portées comme pectoraux lors de rassemblements),
statues ou encore pièces de maîtrise. Des oeuvres de la dinanderie sont exposées
au rez-de-chaussée. Enfin, une dernière salle expose les tableaux du peintre
mosan Henri Blès auquel fut consacrée une superbe exposition en 2000. La
politique de Monsieur Toussaint étant en effet de monter régulièrement des
expositions temporaires présentant des sujets en rapport avec la collection
permanente du musée.
Quelques pièces présentées au Musée
La Vierge à l'Enfant de l'abbaye de Marche-les-Dames.
Cette sculpture en bois
du XIIIe siècle a conservé sa polychromie ancienne et présente un intérêt
considérable par sa stylistique. Bien que déjà gothique par certains éléments,
elle porte aussi des traces de l'esthétique romane et nous offre donc une
transition entre les deux grandes époques du Moyen-Age. Du roman, le sculpteur
reprend certaines techniques d'orfèvrerie qu'il applique à la décoration du
manteau de la Vierge ainsi qu'à sa couronne. A savoir, l'incrustation de
cabochons ou pierres semi-précieuses. De même, la présence du dragon sous les
pieds de la Vierge relève d'une symbolique plus ancienne que l'on ne retrouve
que très rarement dans les Vierges debout du XIIIe siècle. A côté de ces éléments
plus archaïques, on peut déjà déceler une sensibilité à l'esthétique
gothique dans la façon de rendre le visage à la manière 'de Reims' c'est-à-dire
avec un sourire esquissé, des yeux en amandes et des sourcils fins. Le léger
hanchement
de la Vierge montre aussi une nette évolution par rapport à l'époque romane où
les Vierges étaient sculptées de manière plus hiératiques. Enfin, le lien
entre la mère et l'enfant, dont les visages sont tournés l'un vers l'autre,
apporte une très belle humanité à cette sculpture.
Une collection de pyxides du XIIIe siècle.
Ces 'boîtes à hosties' sont en
cuivre doré à décor d'émail champlevé. Cette technique consiste à creuser
le métal d'où le nom de champlevé (lorsqu'il y a retrait de métal)et à
remplir les éléments creux d'émail (verre incolore rendu opaque par une
certaine addition d'étain et coloré en étant chauffé à haute température
avec des oxydes métalliques) sous forme de pâte humectée. Le fait de chauffer
l'ensemble à haute température fait adhérer l'émail au métal. Cette méthode
permet d'obtenir des objets polychromes très fins. La boîte se présente sous
une forme cylindrique, surmontée d'un toît cônique symbolisant le Saint-Sépulcre
de Jérusalem, le pyxide étant lui-même le sépulcre de l'hostie. Le décor
peut également être très symbolique. Citons une des boîtes présentant des
figures d'anges. Celles-ci indiquent la fonction de l'objet. En effet, ne dit-on
pas que l'hostie est le pain des anges ?
Le Retable des Grands Malades, fin XVIe - début XVIIe siècle.
Pierre tendre
(tuffeau) autrefois polychromée. Cette sculpture sur pierre témoigne de l'esthétique
italianisante qui influence nos région à partir de la seconde moitié du XVIe
siècle. L'étagement en degrés des scènes sculptées nous montre en effet l'évolution
qui s'est opérée dans nos régions depuis le début du XVIe siècle pour
rendre la profondeur dans les retables. Il s'agit de quatre panneaux sculptés répartis
en deux registres séparés par des frises ornées de têtes d'angelots et de
guirlandes et flanqués de cariatides. La partie supérieure est encadrée
d'ailerons à volutes de style baroque. Les panneaux figurent les scènes du
Portement de croix, de la crucifixion, de la descente de croix et de la résurrection.
Le Repos de Jésus, XVe siècle, provenant de l'Abbaye de Marche-les-Dames.
En
argent repoussé, ciselé et en partie doré. Il s'agit d'une très jolie petite
pièce d'orfèvrerie présentant l'enfant Jésus dans un berceau d'architecture
gothique. La finesse du gothique flamboyant anime les montants du lit qui
prennent la forme de contreforts crénelés surmontés de pinacles et ornés de
statuettes d'anges. Le Repos de Jésus est un objet de dévotion qui était en
faveur aux XVe et XVIe siècles dans les communautés de religieuses ou encore
dans les familles à l'époque de Noël. La plupart du temps, ces objets n'étaient
toutefois pas si précieux mais étaient réalisés dans des matières moins
riches telles que le bois pour le lit et la cire ou la terre cuite pour l'enfant
Jésus.
Danièle Doumont
Exposition en cours - Art en namurois : La sculpture 1400 - 1550
(cliquez sur le titre).
Cet article nous est offert par
Culturoscope,
où vous pouvez le retrouver,
ainsi que foule d'autres informations sur l'art belge