LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Françoise Bernardi.   Janvier 2002 
    
Tadeusz  Kantor, autoportrait.

Dans le cadre d'Europalia Pologne, l'Hôtel de Ville de Bruxelles présente l'oeuvre de Tadeusz Kantor (Wielepole, 1915-1990). Metteur en scène, scénographe, peintre, dramaturge, créateur de happenings, cet artiste polonais a développé son discours à travers différent médium. L'exposition aborde deux aspects principaux de son art : la peinture et le théâtre qui se rejoignent dans une oeuvre homogène.

Le contexte politique de la Pologne ainsi que le vécu même de l’artiste sont importants pour une meilleure compréhension de l’art de Kantor. Il a vécu à Wielepole, petit village de Pologne où cohabitent juifs et catholiques. Pendant l’Occupation, il voit son père ainsi que d’autres habitants du village déportés à Auschwitz. Ces expériences de guerre l’ont profondément marqué et font de son village natal, de l’enfance et de la mort des sujets récurrents dans son art. Ses créations, bien que centrées sur son propre vécu, trouvent un écho auprès d’un large public car il aborde des thématiques encore très actuelles comme le pouvoir et ses abus, la violence, et la permanence des souvenirs. La vie et l’œuvre de Kantor sont profondément marqués par l’histoire du XXè siècle et ses grandes tragédies. 

Son art est centré sur l'homme et sur lui-même de façon plus globale, son histoire, son vécu. Ses tableaux et ses pièces de théâtre le mettent en scène. A partir de 1987, il est au centre de son art tant théâtral que pictural. Son propos est basé sur ses expériences personnelles. Il réalise de nombreux autoportraits et investit véritablement ses œuvres.

Son village de Wielopole est souvent présent dans ses tableaux comme la série Je chute comme l'enfer où nu, il tombe du ciel sur son village avec sa petite chapelle. Cette série parle du retour, de la vie après les catastrophes quelles qu'elles soient, comment vivre après le nazisme, après le communisme, comment vivre en Pologne après tant de bouleversements. Sa maison prend aussi une valeur symbolique avec cette série Ma maison qui représente une cheminée bancale et fragile d’où sort de la fumée. Il l’associe aux cheminées des fours crématoires où ont péri de nombreux juifs pendant la guerre.

Deux aspects induisent une théâtralité, une narration dans ses œuvres : ses cycles de peintures et ses personnages qui tentent toujours de sortir du tableau.  Des mains, des jambes en silicone s'ajoutent à l'extérieur du tableau et en poursuivent le motif : Je porte le tableau qui me montre portant le tableau ou Je dois rester dans ce tableau (je ne sortirai plus de ce tableau). Kantor donne la parole à ses personnages, il joue sur une ambiguïté entre ce qui est représenté et par qui il est représenté. Plusieurs de ses tableaux fonctionnent par cycle comme Plus loin rien, Je chute comme l'enfer ou encore On ne lorgne pas impunément par la fenêtre.

Goya et Vélasquez sont cités dans plusieurs tableaux de Kantor. Le soldat napoléonien du premier ou l’infante du second sont deux personnages que s'est approprié l'artiste polonais (Une fois de plus le soldat napoléonien de Goya me barre la route, 1990 ; L’Infante de Vélasquez a pénétré dans ma chambre pour la seconde fois, visiblement irritée en l’occurrence, 1990).

Homme de théâtre, il crée en 1942 un théâtre underground indépendant et clandestin. En 1955, naît le Théâtre Cricot 2 (anagramme de To cyrk, c'est du cirque), celui-ci rejette les pratiques traditionnelles. En 1975, il crée sa première pièce La classe morte et la met en scène. Son théâtre tente de ressusciter le monde de l’enfance et les souvenirs qui y sont attachés. Une grande partie de l’exposition est consacrée à cette œuvre. On peut voir les croquis pour la scénographie de la pièce et des reconstitutions.

Kantor rejette l’idée que l'art est le reflet de la vie, l'art est pour lui une réponse à la réalité. La mort est très présente dans son travail, elle est pour lui un fabuleux moteur qui le pousse dans ses créations. Par des traits vibrants et des tons sombres, ses peintures ou dessins sont empreints de fragilité, d’incertitude et de douleur. 

Françoise Bernardi    

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Les oeuvres sont non titrées, mais commentées dans l'article

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Hôtel de Ville de Bruxelles, Grand-Place.

Tous les jours de 11 à 18h, fermé le lundi.
Exposition accessible jusqu'au 17 février 2002.

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