LA LETTRE MENSUELLE
Les chroniques de Stephane Rey et Colette Bertot.   Novembre 2001 
3.
P
etrus De Man... des bonshommes pas vraiment anodins.

L’artiste, bien de chez nous est né en 1955 et a déjà fait un sacré bout de chemin depuis sa première exposition en 1984.

Thème de prédilection: un petit homme dans tous ses états. Assis, debout, pensif, recroquevillé sur une table, frileux sous la douche, montrant le chemin, l’oeil souvent étonné, les mains timides cachant maladroitement un sexe gamin.

La galerie Pierre Hallet qui le suit depuis des années nous a déjà fait voir des pastels colorés, des lavis, des aquarelles représentant toujours le p’tit mec si intrigant qu’on a du mal à le quitter des yeux. C’est qu’il est attachant le bougre !

L’exposition actuelle regroupe exclusivement des dessins au fusain et à la pierre noire d’une étonnante énergie.

A première vue, on dirait des dessins d’enfants au contour maladroit, saccadé, hésitant. En y regardant - réfléchissant - de plus près, on devine l’être humain dans  toute sa petitesse, sa fragilité, sa dérision. Il est nu comme un vers et un peu minable, ce petit homme sans nom. Allez donc avoir de la contenance quand vos oreilles sont décollées, votre nez aplati, votre tête trop grosse, vos côtes apparentes, vos pieds trop grands, vos bras maigrichons terminés par des mains difformes justes bonnes à vous prendre la tête pour pleurer !

Est-ce un gnôme, un nain, un petit monstre à la manière d’E.T ou un vieil homme qui n’a plus que le regard pour poser des questions qui resteront sans réponse ?

Entre angoisse et dérision De Man  crée, à sa façon bien à lui, un petit monde concentrationnaire que ne renieraient ni Kafka ni Dubuffet.

Le talent de l’artiste réside dans la vigueur du trait discontinu, presque primitif et dans l’émotion que suscite chacun de ces petits personnages comme  égarés dans un monde trop grand pour eux.

Les traits sont parfois accentués d’un soupçon de couleur ou d’un titre en balafre qui serait un cri de révolte.

Parfois un arbre aux branches tronquées levant au ciel des bras désespérés, un coq criant à tue-tête « j’aime les filles » ou une mouche aux yeux exorbités apparaissent dans cette imagerie de la dérision.

Petits et grands formats occupent côte à côte, les cimaises de la galerie et leur présence silencieuse nous surprend, nous inquiète.

Un peu ironiques, un peu poétiques, un peu tragiques, toujours irrésistibles, les petits hommes de De Man ont tant de choses à dire.

Leur message pourrait bien se résumer en ces quelques mots: quand il n’y a plus d’espoir, reste l’Espérance.

Stephane Rey,    
Colette Bertot    
 

 

 

 

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Petrus De Man
Sans titre

 

 


Galerie Pierre Hallet. Rue Ernest Allard 33. Bruxelles.

Mardi, mercredi, jeudi, samedi de 14h30 à 18h30. 
Dimanche de 11h30 à 13h30.

Exposition accessible jusqu’au 11 novembre 2001.

Copyright © 2001 Mémoires, Stephane Rey et Colette Bertot. 
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