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** N° 59 - Décembre 2005 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 04 12 05 |
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:: Les moules de Marcel Broodthaers restent fraîches On connaît ces "tableaux" faits de coquilles de moules qu'a produits Marcel Broodthaers, adulé par les uns, détesté par d'autres. Outre l'expression d'une autodérision bien belge, l'artiste voulait signifier son refus d'entrer dans le "moule" des musées, de l'académisme, bref du "suivisme". Lui-même ne savait pas peindre, mais son intention s'inscrit avec aisance dans une forme de surréalisme belge qui privilégie l'idée et son contraire, l'opposition du contenu et du titre, du signifié et du signifiant, du double sens et du contresens. Cette forme d'expression, qui ne pâtit pas des litanies de l'art conceptuel, a selon moi induit une rafraîchissante émulation des questions à se poser sur l'art, voire sur les borborygmes d'une époque. Et à ce titre, Broodthaers reste parfaitement actuel. L'air du temps est à chanter la responsabilité citoyenne, à prôner la participation de chacun dans les processus politiques et décisionnels. C'est une ritournelle qui n'est souvent que le "lobbying" de nos petits conforts, la défense d'intérêts particuliers, de satisfactions immédiates, qui plus est avec des oeillères de courte vue. Ainsi, chacun veut faire de sa vie ce qu'il entend, ce que l'on nomme individualisme ressemble plus à de l'égoïsme. On entend des artistes (?) vouloir au mieux renier, au pire détruire la société, tout en attendant de cette même structure qu'elle les aide à vivre et à s'épanouir. A côté de cela, on légifère à tour de bras pour obtenir, c'est mon impression, un citoyen formé "dans le moule". Il s'agirait d'hommes et de femmes sveltes (la mode est à culpabiliser l'embonpoint), non fumeurs, non buveurs (ou de bières sans levures), mangeant ce que des multinationales décident et des animaux nourris aux normes (peu importe que ce soit naturellement !), vaccinés, productifs, prenant un peu de soleil mais pas trop, lisant le dernier Goncourt ou, bien pire, le dernier Houllebecq. Pourtant, ma perplexité envers les carcans et la pensée unique devient anxiété quand je vois que certains n'hésitent pas à se donner la mort de manière horrible, si pas dans d'absurdes combats, à coup sûr pour des idéologies détournées : leur geste les exclut de la finalité. Sur ce point, tout le monde, ou presque, est d'accord. "Mourir pour des idées... d'accord, mais de mort lente", chantait Brassens. Nos idées seraient-elles devenues si pauvres, nos idéaux si flous, qu'ils conduisent à des actes de destruction, de mort ? Il y a de cela, mais je suis incapable de donner une réponse univoque : la résistance par le débat -et l'action pacifique- serait-elle devenue vaine ? Ne peut-on sortir du moule qu'en le fracassant ? D'une part, la goinfrerie normative imposée dispense de la responsabilité, elle étouffe la créativité, elle empêche la diversité culturelle et le métissage. En corollaire, on décernera le brevet de bon citoyen, récompensé pour son mutisme mais moins libre. D'autre part, des combats déviants, abscons ou dérisoires, et parfois non formalisés autrement que du vague vocable de "malaise", s'engouffrent dans des canevas forcenés qui ne se soucient nullement d'autrui. Pour compliquer : de tout temps, les rebelles furent qualifiés de résistants ou de terroristes selon le camp où l'on se trouve. Il y eut Gandhi et "Le Che", les "Brigades" de diverses couleurs et Amnesty, les anarchistes et les visionnaires. La moitié de l'humanité me donne encore la faiblesse de croire en l'Homme. Certainement, s'il est un combat qui vaille la peine, c'est celui de la véritable réflexion personnelle. Qu'on nous en donne le temps, les moyens. Et surtout, que nous en prenions le temps, nous en donnions les moyens. Quand on lit les résultats de l'audimat, les chiffres de vente des médias, on se dit qu'il y a du chemin à faire ! Il convient donc non plus de geindre, mais d'agir sans attendre de Big Brother qu'il nous prenne par la main, qu'il nous rétribue pour que nous nous taisions. Sur ce plan, l'art a sans doute beaucoup à dire. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche P.S.: Je rappelle aux néophytes
de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière
économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion.
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Pour nous écrire :
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;; Fort mois de novembre, un nouveau record je pense : 45.455 visiteurs ont vu 213.838 pages au cours de 55.893 visites. Une nuance quand même : entre 5 et 10.000 pages ont été visitées par un larron qui a tenté de forcer le forum... Il n'empêche, les chiffres restent excellents. N'hésitez pas à utiliser les rubriques
qui sont à votre disposition. Vous les connaissez : |
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;; L'abondance et la qualité réunies : Colette Bertot a goûté la volupté des ex-libris érotiques qu'expose le Musée Félicien Rops à Namur : osés sans jamais être vulgaires, et ici en abondance. Moins sulfureuse mais témoin d'une recherche élaborée jusqu'à l'épure : l'oeuvre de Takayoshi Sakabe va à l'essentiel, est "zen", très certainement : chez Fred Lanzenberg. Anita Nardon dit toute la solide mélancolie du souvenir, celui d'une femme, ou de la femme, que Didier Mahieu exprime dans sa grande installation (toutes les salles du rez) au PMMK d'Ostende. Souvenirs aussi chez Alain Bornain, ceux de nos tableaux noirs qui en disent plus que le premier regard : chez Gabriel Brachot. Georges Meurant aime la quête patiente d'Anne Kellens, de ses matériaux comme de ses formes. Un art naïf qui ne se veut que le plaisir d'exprimer, et y parvient avec délicatesse et simplicité. Nicole Thysebaert est la fille du peintre Emile Thysebaert. Elle nous offre ce mois deux pages très fournies sur l'artiste et l'homme, le père et le peintre. Informations "de première main" donc, et bien utiles à la connaissance de ce peintre lumineux. Marie-Pierre Desmergers répond à une amie qui s'étonne du foisonnement de salons, de ventes et de "portes ouvertes" en décembre : un beau parcours avec quelques résultats significatifs en salles de ventes publiques. Vera Lewijse poursuit son analyse de la vie au 19ème siècle vue par la peinture. Cette fois, les relations entre la politique et la peinture pour la France surtout (le mois prochain la Belgique, l'Italie et l'Allemagne). Relations réciproques, avec des peintres contestataires. Marc-J. Ghens nous livre le second volet (sur 3) de son parcours quasi initiatique parmi les peintres "fous" : l'art comme miroir d'une douleur, mais aussi une leçon et des interrogations sur nous. Etienne Caveyrac aide les artistes à se faire connaître, à exposer. Cette fois, il explique comment communiquer, et notamment avec la presse, pour le faire avec efficacité. Quelques
livres nous sont
recommandés par Colette Bertot et Anita Nardon. En cette période des fêtes, de
belles idées. |
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* L'évocation du passage au "payant" pour une partie des futurs articles a suscité peu de réactions, mais l'une ou l'autre fermement opposées. Je m'accorde donc un nouveau mois de réflexion, mais je pense qu'il n'y aura pas d'autres moyens pour poursuivre efficacement le site. C'est certes un pari, mais aussi une nécessité. * Le mois prochain, un article très intéressant d'Adrien Grimmeau sur les dessins de Camille Lemonnier : un domaine méconnu et qui sera riche d'informations nouvelles. * Le temps et certains détails pratiques m'empêchent de vous préciser les avantages offerts par l'adhésion à notre partenaire, "La Centrale". Ce sera donc le cadeau de Nouvel-An. * Les abonnements,
peu nombreux depuis le début de l'année, donnent du souffle, de l'oxygène au site. Voici la page du formulaire
sécurisé pour l'abonnement : * Je rappelle comme chaque mois que
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forum, s'ils incluent une adresse de site, implique que celle-ci soit
entourée des balises [URL] et [/URL], avec le http://www.... A très bientôt, E. Mons delle Roche. |
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