**  N° 53 - Mai 2005 **

LA LETTRE MENSUELLE

Parution du 01 05 05

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 Chroniques d'expositions : 

   Colette Bertot  :  

C'est Tout Dali, au Musée Beuningen de Rotterdam : facettes moins connues  
Biennale de la Gravure de Liège : riche de participants et de modes d'expression 

 Françoise Bernardi :  

Le Romantisme en Belgique, mouvement contemporain de la Belgique naissante 
Yves Bage, des dessins empreints de rêverie, de poésie, une figuration réinventée 

Alix Walsh :  

Nicolas Noisette : l'abstraction, magie et poésie au gré de voyages imaginaires  
 Art et cinéma fantastiques - 2ème :  
Marc-J. Ghens poursuit son analyse : monstres, vampires, morts-vivants et le diable au programme ce mois 
 Brèves d'expos et de ventes:  
France Sautereau chez Arstudio Knokke ; Rockfeller gâte le MoMA ; Femmes de papier,  Rive Gauche 

* Christiane Paquot (peintures) et Francis Polrot (sculptures) à Theux ; Le populisme et les artistes ; réflexion 

* La nouvelle exposition du MAC'S du Grand Hornu : "Mémoire de patrimoine" - De la plume au pixel  

* Le Printemps des Musées ; Fête des Arts et des Sciences ; Sean Scully, Centre de la Gravure La Louvière 

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Cocu de la culture ?

J'écoutais ce vendredi 29 avril, sur la RTBF, un entretien avec un conservateur du patrimoine français. Il expliquait que le château d'Amboise avait été "restauré", en fait presque entièrement refait à la fin du XIXe siècle, sous la direction du célèbre Viollet-Leduc.

Une belle déception : je me souvenais de ma visite il y a bien longtemps, lorsque je frémissais à imaginer les pendaisons aux sculptures de la façade vers la Loire, ou que je rêvais à Leonard de Vinci déambulant avec François Ier dans les jardins.

Pourtant, semblable désillusion m'était tombée dessus il y a trente ans lorsque, visitant Blois, je demandais à voir la petite pièce où se tenaient le 23 décembre 1588 les spadassins, mignons du roi Henri III, qui devaient surprendre le duc de Guise pour l'assassiner : elle servait de placard à rangement pour le personnel d'entretien !

Nous nous émerveillons de la sobriété, de la rigueur austère des cathédrales romanes ou gothiques. On sait maintenant que tous ces édifices étaient peints de vive polychromie, et ressemblaient plus à ces églises orthodoxes emplies d'ors et de couleurs. Les effets de mode ont fait supprimer ces polychromies dans nos églises. Les rois qui y furent couronnés et dont de nombreux films ont retracé la vie sont décidément maudits.

Plus récemment, j'ai écrit une chronique sur la très instructive exposition "Fake / Not Fake" à Bruges (1). Beaucoup de Primitifs flamands ont été à ce point restaurés qu'ils n'ont plus grand chose à voir avec l'original. Et l'un des plus actifs de ces "restaurateurs", Joseph-Marie van der Veken, a eu l'audace talentueuse -la maligne malice ?- d'y inclure des personnages de son entourage.

De nos jours, et pour partie de ce qui nous est proposé, nous vivons à l'époque de la falsification, du faux-semblant, du strass souvent kitch et de l'illusion, bref du cocufiage programmé de notre intelligence qui se retrouve ainsi bien seule. 

Je ne reviens pas sur les productions des médias contemporains "grand public" : il ne s'agit pas d'art, et elles n'ont jamais annoncé cette prétention. Ces medias ont commencé avec la "colorisation" de chefs d'oeuvre du cinéma noir et blanc. En poussant à l'extrême, je cite une belle phrase du cinéaste Benoît Jacquot : "La télévision, c'est un animal domestique. Le film est un fauve. Quand on va au cinéma, on va renifler le fauve ; à la télévision, on caresse le chien" (2).  

On fabrique de faux ou de douteux talents en quelques semaines. Il reste aux gens sensés d'espérer qu'il s'agira de beaux papillons, éphémères et recyclables lorsque les instigateurs s'en seront mis suffisamment dans les poches.

On voit vendre des reproductions de tableaux célèbres sous forme de posters, alors qu'une authentique gravure d'un excellent petit maître, faite de sa main, se trouve à moindre prix dans toutes les salles de ventes publiques. Colette Bertot nous dit en ce mois de mai toute la beauté de la gravure à l'occasion de la Biennale de Liège.

Clairement ici, je fais de mauvais et injustes amalgames. Et en toute mauvaise foi !

Car une fois encore, et en-dehors de considérations sur la qualité formelle qui les mériteraient pourtant, il suffit de se rendre à l'évidence de l'intention. Et du contexte historique où furent accomplies certaines restaurations intempestives qui ne péchèrent en fait que par enthousiasme. Elles ont rendu, pour la plupart, un aspect qui est conforme à l'esprit de ce qu'on savait à l'époque du style médiéval.

Françoise Bernardi, dans sa chronique sur le Romantisme belge, rappelle à propos combien les nécessités d'un Etat qui se fondait étaient en corrélation avec le lyrisme "hugolien" de ce mouvement. Il était question de nationalisme, pas de populisme.

Et dans la lettre du mois dernier, Georges Meurant soulignait que l'oeuvre d'art résiste à la pression culturelle. Cela -et je crois que c'est une redite de ma part- doit nous rendre attentifs à deux choses : la culture n'est pas que l'art, et la circonspection étayée par la connaissance doit nous aider au discernement.

Et toujours garder à l'esprit que l'art est un dialogue, un plaisir éminemment social.

Après cela, on me prendra soit pour un cocu, soit pour un vieux croûton. Peu importe...

Cela étant (peut-être),
Une bonne visite.

Emmanuel Mons delle Roche    

Liens utiles :
*
(1) Chronique de "Fake / Not Fake".
*
(2) L'interview de Benoît Jacquot, Université Populaire de Caen, Séminaire.

P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion.
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Colette Bertot a vu "tout Dali" à Rotterdam. Avec son acuité coutumière, elle explique l'artiste et la diversité de ses domaines d'activité. Ils sont nombreux et souvent méconnus. Manifestement, Dali, c'est pas fini ! Elle nous dit aussi toute la richesse de l'art de la gravure, cet art subtil que la Biennale de Liège promeut désormais de manière superbe.

Françoise Bernardi raconte l'odyssée du Romantisme belge, cet art fait de passion et de fougue, ce mouvement si contemporain de la naissance de la Belgique, et des Etats contemporains. Un mouvement qui touche au nationalisme, mais aussi à la cruauté de l'existence, à la mort. A la Galerie d'Ys, elle nous fait découvrir un artiste dont la qualité des dessins étonne : Yves Bage, un figuratif qui prouve que cette voie a encore tant à dire, si elle de cette trempe.

Alix Walsh est séduite par l'abstraction de Nicolas Noisette, "suggestive" comme elle la nomme très bien. Un artiste que l'on accompagnera volontiers au gré de ses voyages imaginaires, et ici au Cellier de Peruwelz pour 3 jours seulement.

Marc-J. Ghens poursuit son périple dans le dédale qui mêle art et cinéma fantastiques. On y croise ce mois-ci les monstres, les morts-vivants, les vampires et le Diable : en personne, puisqu'il est sans doute notre miroir.
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  L'avenir                                                               Retour au sommaire 

* Pour juin, la célèbre Galerie Giroux se verra revivre sous la plume de Vera Lewijse. Un article qui passionnera tous les collectionneurs, tant cette galerie a compté dans l'art belge du XXe siècle.

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A très bientôt,
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E. Mons delle Roche.

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