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** N° 43 - Mars 2004 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 01 03 04 |
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Et un ministre des Arts etc, un ! Un ministre a récemment démissionné notamment de son poste à la culture de la Communauté française de Belgique. Cumulard né, il avait accumulé des retards de paiement au fisc pour un montant peu banal. Un ami politique l'a excusé car il est "un peu poète, un peu artiste", entendant que les déclarations de revenus n'étaient pas son premier souci. Tout le monde sait que légion sont les artistes qui tirent de leur activité des revenus justifiant de tels impôts... et se dispensent de les payer. La moitié de mes lecteurs ne sont pas belges, et la majorité des Belges ne comprennent pas grand chose à la complexité de nos institutions fédérées. Je fais partie de cette majorité. Pour faire simple, il devrait y avoir chez nous autant de ministres de la culture que de langues : néerlandophone, francophone et germanophone. Mais en Belgique, rien n'est simple. Le gouvernement de la Communauté française comprend, ainsi que l'indique le site mentionné ci-dessous, un Ministre de la Culture et un autre des Arts, des Lettres et de l'Audiovisuel. Le côté ubuesque s'accroît quand on sait qu'au terme de divers épisodes de chaises musicales, nous en sommes au sixième ministre de la culture sous cette législature. Inutile de dire que leurs attributions se chevauchent. Et tout cela est mené avec un budget maigrelet, de toute manière insuffisant pour honorer plusieurs engagements, et souvent même pour faire face aux nécessités. L'affaire serait platement risible si elle ne mettait en péril nombre d'activités, de projets et donc d'emplois. Après que son prédécesseur eût supprimé les subventions à des festivals de rock, le nouveau ministre a décidé d'allouer 75 % des enveloppes accordées les autres années. L'art n'est pas fait de certitudes, cette politique est décidément très artistique. L'intervention du pouvoir politique est-elle nécessaire ? Ne peut-on laisser se faire la régulation par l'initiative privée et les visiteurs ? Non, hélas ! Quelques autres informations récentes sont là pour illustrer le hasard et la nécessité de la promotion culturelle. Il y eut d'abord l'annonce de la faillite de la SA Euroculture Production. Cette société avait de très belles réalisations à son actif (devenu un passif, sans ironie). Outre la conception de plusieurs musées, on se souvient des expositions "Je n'aime pas la culture" qui avait séduit 350.000 visiteurs à Bruxelles en 2000, et "J'avais 20 ans en 45", la plus grande rétrospective jamais réalisée sur la Seconde Guerre mondiale avec plus de 800.000 visiteurs, en 1995. La RTBF annonçait vers le 20 février la création du site www.videographies.org. Ce site reprendra les archives de l'émission du même nom, et de manière générale assurera la promotion de la création audiovisuelle. Louable initiative s'il en est. On peut s'étonner de cette promotion hertzienne bien précoce, alors que le site avoue attendre les subsides publics (mais il paraît certain de les obtenir), et qu'il est encore largement en chantier. On en est moins étonné quand on lit qu'il est créé par Robert Stephane, ancien dirigeant de notre radio-TV "communautarisée". La Foire du Livre elle-même, qui s'est terminée ce 15 février, bénéficie aussi d'une aide des pouvoirs publics : 100.000 €. Ces subsides officiels représentent 8 % d'un budget de 1,2 M d'euros. Les entrées contribuent à concurrence de 10 %, le reste étant couvert par la location de stands (46 %), les partenariats medias (26 %) et le "sponsoring" (10 %). Près de 200.000 livres y sont vendus (*). Je pourrais encore citer d'autres exemples, comme des sites à ce jour disparus faute de moyens, mais qui avaient bénéficié lors de leur création d'une large couverture médiatique. La culture n'est pas rentable, cela paraît une lapalissade. Les activités qui lui sont liées devront inévitablement dépendre du bon vouloir politique. Mais il en va de même de la santé, de la justice, de la sécurité, des transports pour un moment encore, de l'agriculture, des pensions, des routes... bref de tout ce pour quoi un ministère existe. C'est une forme de redistribution de l'impôt, qui finalement sert à cela. Nos dirigeants n'ont ni les moyens ni l'ego de laisser des témoins grandiloquents de leur passage au pouvoir, comme cela se passe en France. Pourtant, le ministre démissionnaire ambitionnait de créer une grande salle de spectacle à Bruxelles. Les directeurs de théâtre qui se battent déjà pour survivre ne doivent pas trop regretter son départ, finalement. Une question qui se pose est donc celle de la hiérarchie des priorités. Evidemment, on accepterait mal, et à juste titre, que l'on réduise les dépenses de santé ou les pensions pour favoriser la culture. La même question devient légitime pour la répartition des ressources disponibles dans les budgets spécifiques. Pourquoi n'envisagerait-on pas des mesures structurelles ? Le secteur Horeca qui compte, comme celui de l'art, des réussites financières, des équilibres précaires et des faillites, se verra bientôt réduire le taux de TVA : dans le but avoué de réduire le travail "au noir", alors que les activités artistiques ne survivent souvent que grâce à de véritables bénévoles. Au contraire, on raffermit le droit de suite, et il semble que ce ne soit pas terminé. On protège les droits de propriété jusqu'à 70 ans après le décès de l'artiste -le temps qu'il tombe dans l'oubli, parce que des gens animés des meilleures intentions refuseront de payer ! Absurdes illusions ? Oui, si l'on considère que la culture n'est pas vitale. Vivons alors au bord du caniveau pour y regarder s'ébattre dans la fange les gladiateurs de la fausse TV-réalité et autres duperies. Toutes sont des réussites commerciales. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion. Liens utiles : |
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