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** N° 35 - Juillet 2003 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 01 07 03 |
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Pas sorcier d'être populaire ? Je n'ai pas lu les livres narrant les aventures de ce petit sorcier d'Harry Potter. Les chiffres annoncés donnent en tout cas le tournis. Un premier tirage du 5ème tome, Harry Potter et l'Ordre du Phénix, se fera à 13 millions pour la seule version en langue anglaise. Les précédents ouvrages, vendus à près de 200 millions d'exemplaires, ont été traduits en 55 langues. Amazon.com en a commandé 875.000, ce qui serait plutôt juste. On entend encore que l'ouvrage compte quelque 780 ages et que l'édition française devrait aller à 900. La fortune de l'auteur, JK Rowling, serait déjà supérieure à celle de la reine Elisabeth. Les postiers britanniques rouspètent car le livre pèse un kg (soit à peu près deux livres...) : la culture de masse au poids. A se demander s'il n'y a pas de la sorcellerie là-dessous ! Certes, l'engouement est savamment orchestré. Au moins fait-il lire les enfants, ce qui est aussi un fameux tour de passe-passe. D'autres succès de librairie sont faramineux. Mary Higgins Clarck produit des briques sur lesquelles on se jette et, avisée, sa fille Carol suit le même chemin. Certains à l'inverse cultivent la rareté : tirages limités en bibliophilie, estampes, bronzes... Il serait scabreux à mon avis de dénigrer une réussite au seul prétexte qu'elle est populaire. Rappelons-nous qu'Alexandre Dumas a écrit ses plus grands livres (Les trois Mousquetaires ou Le Comte de Monte-Cristo) en les saucissonnant en feuilletons qui paraissaient dans les quotidiens de l'époque. "C'est un Encélade, un Prométhée, un Titan !", a dit de lui Lamartine, n'oubliant que le Phénix. Dumas est entré au Panthéon le 30 novembre 2002. D'autres grands écrivains ont pratiqué ainsi, George Sand et Eugène Sue (Les Mystères de Paris) p ex. A leur époque déjà, ils faisaient l'objet de jugements acides. Sainte-Beuve traitait ces œuvres de "littérature industrielle". Eugène de Mirecourt fit paraître Fabrique de romans, Alexandre Dumas et Cie. Plus tard, Émile Zola écrira : "Tout Paul Féval n'est plus bon qu'à vendre à la livre"(1). La
Presse du 07 04 2003 a interrogé quelques personnalités concernées(2). Alors que pour la romancière Fabienne
Cliff, "le manque de considération de
la part des médias pour la littérature populaire est causé par l'ignorance et
une certaine forme de snobisme", le critique Jean Fugère croit plutôt que
"la littérature populaire est un genre qui n'a pas été réhabilité,
contrairement à d'autres domaines culturels". Il affirme que
"la non-reconnaissance de la littérature populaire, c'est une non-reconnaissance
de sa culture". C'est un point de vue qui permet de retenir subtilement le distinguo de qualité, sans l'énoncer. J'en appelle aux mânes de Frédéric Dard pour le contester. Chaque livre de Jean d'Ormesson connaît un succès de masse, mais peut-on parler de "culture marchande" ? Simenon fait l'objet d'une véritable dévotion que vient de couronner son entrée à La Pléiade. Cette distinction est parfois retenue dans d'autres productions artistiques, avec des nuances : on sépare alors l'art populaire, à visée plus esthétique et une moindre volonté marchande, de l'artisanat, plus utilitaire et commercial. En peinture et sculpture, le débat reste particulièrement féroce. Essayez d'aller poster un message sur des forums traitant de peinture en disant : "J'aime peindre, j'aime les chevaux, voilà pourquoi je peins des chevaux". On vous traitera de nigaud, d'antédiluvien, on se moquera, on vous fera honte. Exposez des rognures d'ongles(3), on criera au génie. Cette attitude intolérante est certes le fait d'une frange de donneurs de leçons, qui croient faire la pluie et le beau temps, ou aimeraient posséder ce don. Ils sont peu suivis, et il n'y a aucune nécessité à s'en préoccuper. La peinture populaire a toujours existé : à Pompéi, dans les églises romanes. Les fresques sur les murs des villes participent de cette intention. Les "tags" en seraient si pour la plupart, ils n'utilisaient pas des supports appartenant à autrui ou à la communauté : ils s'approprient des biens pour les dénaturer, et cela porte un autre nom. Ailleurs, la notion de peinture populaire reste associée aux Arts Primitifs, aux cultures d'Afrique voire d'Asie (entendez "sous-cultures" dans le non-dit de certains). Penser qu'une oeuvre parle d'elle-même est souvent fatuité ou paresse. L'art, et non seulement l'art contemporain, se doit d'être expliqué, je l'ai souvent dit. L'accès du grand nombre aux divers modes d'expression artistique s'étoffera d'une meilleure connaissance des démarches, de l'histoire de l'art, des techniques. Il n'en reste pas moins que toute forme d'art a ses qualités, ses adeptes, ses collectionneurs. Les rejeter est faire preuve d'a priori, les considérer élargit le champ du plaisir. Ce qui ne signifie pas que toute expression artistique soit de qualité, que ce soit en art "sophistiqué" ou en art populaire. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche Liens
et notes : (2) Les interviews de La Presse sont à retrouver sur le site canadien de cybrepresse.ca. (3) L'artiste qui propose ses ongles a le mérite, lui, de ne pas se prendre au sérieux et de cultiver le second degré. P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion. |
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L'UCL : Les sites et les monuments que les artistes peignent sont une précieuse source de données sur leur historique. Tout en prenant en compte deux biais possibles : l'évolution naturelle du lieu et l'interprétation qu'en a donnée le peintre. Christian Bodiaux, avec des exemples fort connus, nous décrit cette confrontation des monuments et sites à la peinture. Marc Ghens : Ed Harris a su réaliser et interpréter un film qui est une oeuvre de création personnelle, tout en respectant l'artiste et l'homme que fut Jackson Pollock. Pollock, une oeuvre, un film nous montre cette belle fusion entre un acteur et son "modèle" ou "maître", entre vérité historique et judicieuse interprétation. Colette Bertot a écrit plusieurs livres sur les faîences de Boch Keramis. C'est donc en spécialiste quelle nous recommande l'exposition qui se tient à La Louvière sur les levers enchanteurs que cette manufacture nous offre. A la Contrast Gallery, elle nous raconte le théâtre de Jean-Pierre Souvraz : désappointement ou humour ? Les deux peut-être... Françoise Bernardi évoque toute la sensibilité que l'on trouve dans la collection d'art moderne réunie par Heinrich Simon, exposée au Musée d'Ixelles qui y associe quelques belles toiles de sa collection. Elle a visité la très belle exposition sur ces dangereuses tentatrices que sont les Femmes fatales. Enfin, plus paisibles sont les 200 bovins que l'on croise à Bruxelles, dispersés dans la ville. Dominique Piteux Vallin nous explique un sculpteur de la femme, de sa femme : Gaston Lachaise a voué un culte à son modèle et à la féminité. C'est à Roubaix, donc à côté de chez nous.
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* En août, nous aurons le plaisir d'accueillir une nouvelle artiste, une vive et lumineuse aquarelliste, au geste assuré : Cécile Toussaint, qui expose actuellement à Louvain-la-Neuve, et le mois prochain à Ruette, près de Virton. * Les rubriques "Emploi" et "Courrier des lecteurs" se sont enrichies de nouvelles rubriques. A consulter et à utiliser sans modération : ce service est absolument gratuit, comme les petites annonces (la "Bourse des particuliers") ou bien évidemment le forum. * La "promotion" 2003 des Historiens de l'art va nous permettre de renouer sans tarder avec les articles que nous proposent ceux de l'Université de Liège. Nous en serons très heureux. Que vous soyez historien ou amateur, n'hésitez pas à nous soumettre des propositions d'articles. * Je rappelle comme chaque mois que le postage de messages sur le forum, s'ils incluent une adresse de site, implique celle-ci soit entourée des balises [URL] et [/URL], avec le http://www.... Après, il suffit de cliquer sur votre lien pour y accéder. A très bientôt, E. Mons delle Roche. |
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