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** N° 33 - Mai 2003 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 02 05 03 |
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Tant va l'art... Qu'à la fin il se brise ? Cette affirmation est souvent rabâchée par de prétendus visionnaires. L'art contemporain se livre parfois à de telles surenchères qu'à l'occasion la frontière devient ténue entre l'événement, le coup de force, la provocation d'une part, et l'expression artistique d'autre part. Divers médias expriment le sentiment que l'on a tout dit, tout fait. Nous en serions au terme de l'exploration créatrice, au moins picturale ! Les autres arts seraient immuns de cette avanie. Depuis des siècles que l'on noircit la page blanche de 26 caractères, la littérature serait capable d'encore offrir des chefs-d'oeuvre. Depuis des siècles que l'on harmonise 7 notes, la musique pourrait combler d'aise toutes les variétés de mélomanes. Mais la peinture avec ses trois couleurs élémentaires, ou la sculpture avec ses trois dimensions seraient au bout du rouleau.... Je suis profondément convaincu du contraire : chaque jour s'éclaire de nouveaux talents, de nouvelles richesses, de malicieux génies (au sens "aladinesque"). Dans la foulée, certains estiment qu'il est vain de parler d'art, puisqu'il n'existe plus. D'autres évoquent que l'oeuvre d'art se suffit à elle-même, et qu'il est inutile d'en dire plus. Il est vrai que l'oeuvre d'art paraît se donner en instantanéité à l'esprit. Ceci est en l'occurrence faux dans la majorité des cas : on apprend d'une vision immédiate à peu près autant qu'en lisant la quatrième de couverture d'un livre. Cette exigence est particulièrement notoire en art contemporain précisément. Certes, parler d'art est rendu difficile par le caractère brumeux, voire fumeux, de certaines productions. Ce n'est pas une raison pour tenter d'y voir clair. Une récente lecture (1) et la couverture médiatique d'une guerre qui n'en finit pas de s'arrêter me conduisent à quelques réflexions. La publicité peut-elle se prévaloir de l'art ? Raphaël rappelle que la publicité "aurait plutôt tendance à figer les mentalités qu'à remettre en question les injustices et les inégalités". Et de dénoncer ses mécanismes qui fonctionnent selon des stéréotypes (comme l'image de la femme), "lesquels ne représentent en définitive que le plus petit commun dénominateur des valeurs d'une communauté". L'anti-conformisme peut devenir l'un de ces stéréotypes ! Si la pub peut véhiculer de l'esthétisme, elle se doit d'abord de remplir une fonction en étant immédiatement compréhensible. Peu importe le contenu symbolique, intellectuel, sensuel, artistique du substrat : il doit d'abord assurer sa finalité qui est d'inciter à l'acquisition du bien ou du service représenté. Mais ceci n'est déjà plus vrai dans l'affiche où de grands artistes ont montré leurs talents : Mucha, Toulouse-Lautrec et en Belgique, Ensor -oui, pour de rares, Rops, Rassenfosse, Auguste Donnay, Henri Meunier, Privat-Livemont(2), Ledru. La vente récente des objets et affiches de la feue Sabena, qui fut un succès, vient conforter cela. Qui sait si les jambes d'Adriana Karembeu ou les cheveux de Claudia Schiffer ne deviendront pas objets de collection -je parle des images les représentant... A l'inverse, l'art peut jouer sur des stéréotypes, ou surfer sur des thèmes en vogue. Cécile Massart est une artiste qui s'implique dans des choix politiques en interprétant les images de sites où l'on traite des déchets nucléaires. Peu importe qu'elle ait raison ou non scientifiquement, elle utilise l'expression artistique au service d'une cause, pire d'une peur collective. Mais nous n'avons pas le droit de demander à un artiste d'être rationnel : ce serait nier l'une de ses prérogatives. La seconde réflexion concerne les photographies de guerre dont on nous a gavés. On a longtemps distingué une hiérarchie de valeur dans la peinture. Elle était ainsi constituée : 1. peinture "de grand genre" : histoire, religion, mythologie ; 2. le portrait ; 3. le paysage ; 4. la nature morte ; 5; les peintures de genre anecdotique, de sujets quotidiens. Ces dernières furent d'abord moralisantes, avec Bruegel, pour persévérer en motifs de discrimination sociale avec les scènes de cabarets, de Teniers parmi d'autres. La photo a implicitement repris ce rôle : scènes d'histoire et de guerre, natures mortes un peu particulières, ou l'anecdote, les portraits, en ce compris des mater dolorosa, pieta et autres maternités. L'importance de ces résurgences atteste de l'opportunisme des martyres de circonstance, des offices sacrificiels, et sans doute des miracles, pas loin en tout cas. Et de l'usage (détourné ? pas nécessairement) de l'image à des fins de dénonciation sinon de propagande. Avec Dieu comme dernier alibi au multilatéralisme ! Ce qui n'empêche pas la photographie de réaliser des oeuvres d'art dont le public et les collectionneurs sont friands. Le nombre d'expositions, comme celle de Man Ray à Charleroi (3) actuellement, confirme l' essor de ce medium. Une nouvelle fois, je suis incapable de fixer des spécifications, des barrières entre ce qui serait art et ne le serait pas. J'en suis heureux car une frontière sépare plus qu'elle ne délimite. La diversité implique précisément le débat -idéalement. Le mélange des genres, des techniques, des cultures accroît et enrichit l'offre. Toute catégorisation aide à la compréhension, et elle n'est utile qu'à cela. Si elle exclut, mon propos aura échoué. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche Bibliographie
: (2)
Voyez ci-dessus, tombant à pic, l'article de Françoise Bernardi sur
l'exposition Privat Livemont. (3) Chronique sur l'exposition Man Ray à Charleroi. P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion. |
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L'UCL : Pour son second article sur la sociologie de l'art, Christian Bodiaux illustre son propos de l'oeuvre de 2 "réalistes sociaux" : Constantin Meunier et Pierre Paulus. Rendre une conscience ou se donner bonne conscience ? Réponses sans voiles... Lucien Kroll est architecte et humaniste : il rend la parole aux utilisateurs, inspiré de Bourdieu lui aussi. Ses prises de position détonnent dans des cercles où souvent convention vaut raison. C'est l'occasion de découvrir ses "Bourdieuseries". Colette Bertot : le "Groeninge nouveau" est arrivé, et il a de la saveur. C'est l'occasion d'une expo sur le Siècle du Titien, chez les voisins de la Maison Arents. Les peintures et sculptures de Clothilde Ancarani ont séduit largement Madame Bertot, qui nous fait partager son enthousiasme. Vera Lewijse nous promet un été artistique sur la côte : voilà une certitude plus sure que la météo ! Le Musée d'Ostende a mis sur pied une très belle exposition de marines, grands noms au programme ; et d'autres, contemporains, sont sur les digues et les plages. Marc Kennes, qui expose à Bruxelles, s'est livré avec franchise et ardeur sur son art et les mécanismes de la création. Dominique Piteux Vallin a vu l'exposition Magritte à Paris : un beau survol de toutes les périodes du surréaliste belge... qui fut pourtant "excommunié" par André Breton. Elle nous invite à passer par Roubaix où une centaine d'oeuvres admises en leur temps (1890-1905) au Salon sont présentées. Françoise Bernardi est la spécialiste de l'affiche. Un des grands maîtres dans l'Art Nouveau fut en Belgique Privat Livemont dont nous découvrons aussi d'autres aspects. La Communauté française de Belgique montre ses acquisitions en sculptures, installations et bijoux : avec un catalogue.
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