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** N° 32 - Avril 2003 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 01 04 03 |
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Marcher sur des oeufs, bouche cousue, pieds et poings liés. L' exercice est difficile mais nécessaire. En effet, le monde ne parle plus que de la guerre et de ses souffrances. Ne pas l'évoquer passera pour de l'indifférence. En débattre est éthiquement discutable, alors que vous venez pour un thème donné, non pour m'offrir de polémiquer sur un autre. J'ai déjà exposé ce dilemme. De plus, j'ai largement, au fil des éditoriaux, décrit ma méfiance envers les risques des nationalismes dominateurs, des intégrismes, des monopoles, des partis pris, ou de la simplification abrutissante de la pensée unique, que pour être habilité à ne pas en remettre une couche "d'opportunité". S'il est déjà possible d'émettre une réflexion qui implique du recul, je voudrais aborder une problématique plus générale, celle de la concentration des moyens et du pouvoir dans le domaine culturel. Le CRISP a publié tout récemment un dossier(1) intitulé "Les acteurs économiques de la culture". Partant du principe que les activités culturelles donnent lieu à des échanges économiques, les auteurs analysent le marché culturel et ses acteurs privés. Ils distinguent 4 groupes d'activités culturelles : le livre et la presse, les arts de la scène au sens large, les arts plastiques en ce compris les musées et le patrimoine, et l'audiovisuel (médias et production musicale). Pour chaque domaine, ils abordent la phase de création, puis celles de la production et de la diffusion. Une premier point réconfortant, évident mais quasi spécifique, les arts plastiques restent généralement le fait d'un seul créateur, même si la diffusion siège de plus en plus dans les mains de grands groupes économiques. On y apprend aussi que les entreprises privées actives dans le domaine culturel génèrent un chiffre d'affaires de près de 2 milliards d'euros et emploient 10.500 personnes. Ces chiffres sont calculés pour Bruxelles et la Wallonie et sont impressionnants. Quatre grands groupes sont présents : Lagardère, dont le fondateur vient de mourir, Bertelsmann, Vivendi Universal et le Groupe Pinault. Sauf Lagardère semble-t-il, ils sont lourdement endettés et/ou en difficultés financières. Or, à part quelques exceptions dans la presse -et dans l'Internet mais l'avenir doit encore le confirmer- ces groupes disposent de la quasi-totalité des moyens de diffusion, d'information voire de formation et d'éducation. Cette concentration répond sans doute à des nécessités économiques, nous diront les stratèges financiers. Ceux-ci furent bien mal inspirés à en juger par les pertes colossales auxquelles ces grands groupes ont eu et ont à faire face. Ils semble aussi que certains naufrages furent liés à l'incompétence gourmande de capitaines d'industrie, rapides à donner des leçons comme à quitter le navire quand il coule. Avant de crier au loup d'une menace américaine, certainement réelle parce que doublée de velléités idéologiques et d'une taille à la mesure des ambitions, il est opportun de regarder chez nous. Je cite le rapport du CRISP : "La plupart des grands groupes ont ainsi tendance à internaliser et à développer leurs activités de "contenus", c'est-à-dire l'activité de création culturelle, qu'ils peuvent alors décliner sous plusieurs formes et sur différents supports. [...] Le développement de l'activité de "contenu" va de pair, pour les groupes, avec une réduction de leurs recettes de publicité, dans le contexte d'une conjoncture morose. Le développement du merchandising est une autre réponse à cette évolution, brouillant les limites entre création et publicité". Ainsi François Pinault possède-t-il des intérêts au moins significatifs dans Le Point, Le Monde, la FNAC, Christie's, principale société de ventes aux enchères d'objets d'art dans le monde, ainsi que l'édition d'art et... les garde-meubles pour ne citer que quelques activités. Ainsi, le Groupe Serveur (www.serveur.com) détient-il 60 % d'Artprice (Art-online en étant un dérivé) ; d'autres participations dans Editing Server, agence photographique qui fournit beaucoup de grands journaux et sociétés françaises, ou encore dans les technologies Internet. Le Groupe Bernard Arnault (LVMH) détient, au travers d'Agafin, une participation de 17 % dans le même Artprice.com. Ce n'est donc pas tant la hantise d'une "américanisation" que nous devons avoir, que la crainte d'un regroupement des médias dans les mains de quelques acteurs -cela vaut d'ailleurs pour les moyens de production de tous ordres. Simplement, les Etats-Unis travaillent à une échelle qui leur permettent de dominer plus, et le font en affichant sous la présente administration une tendance souvent liberticide. Mais je suis persuadé que la soif de pouvoir et de contrôle serait la même dans d'autres pays si les moyens y suivaient. En bref, il semble que certains soient prompts à faire un usage abusif des parcelles de pouvoir dont ils disposent. L'homme conquiert, qui des territoires, qui des parts de marché, qui des voix d'électeurs, qui enfin des fortunes. Je n'ai pas la naïveté de croire qu'il suffit de crier halte à la globalisation pour freiner cette évolution qui se poursuivra. Simplement, je voudrais souligner d'une part qu'il nous faudra de plus en plus de discernement lors de nos choix, et d'autre part qu'il convient d'appuyer le courage et la ténacité de la plupart des galeries, musées, marchands, antiquaires, petits éditeurs. Beaucoup soutiennent des artistes peu connus en faisant de la corde raide financière, remettant chaque jour en question un avenir moins que jamais garanti. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche Bibliographie
: P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion. |
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L'UCL : Christian Bodiaux aborde sans faux-fuyants ni langue de bois un problème qu'il faut oser considérer : L'art, égalisateur ou discriminatoire ? Cette approche sociologique culbute sans doute certaines illusiuons. Elle n'en est que plus salutaire. Dominique Piteux Vallin apporte une nouvelle pierre à la connaissance de notre patrimoine en nous parlant d'un artiste peu connu mais intéressant à plus d'un titre : Ernest Cracco, peintre de chevalet comme de vastes compositions murales. Simone de Voirbeau a reçu des confidences à la TETAF 2003. Elle nous offre ses informations et ses coups de coeur. Et ses merveilleuses découvertes nous éblouissent. Colette Bertot dit tout le dynamisme qui anime cette édition de la Biennale de Gravure de Liège. Avec des artistes de toutes les sensibilités, et d'autres expos qui se déroulent autour. Et à la Galerie Zedes de Bruxelles, les "mémoires" de Martin Vaughn-James, une savoureuse nostalgie. Vera Lewijse explique l'art russe contemporain, et l'exposition que le MHKA d'Anvers leur consacre : aussi une renaissance. Elle nous conseille un livre de Paul Vandenbroeck qui aide à la compréhension des mystère de Jérôme Bosch, pas une mince affaire, mais manifestement une approche intéressante. Françoise Bernardi rappelle les thèmes de Man Ray dont l'intimité du travail, femmes, amitiés et recherche, est montrée à Charleroi. Et elle détaille comment le pixel dans les sérigraphies de Jean-Pierre Point évoque la démarche pointilliste : la couleur dans son essence. Danièle Doumont de Culturoscope nous revient avec un sujet qui remporte vos suffrages : Le retour du vitrail religieux au début du XXe siècle : la fusion entre la peinture en pleine effervescence et l'art des maîtres-verriers.
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