**  N° 30 - Février 2003 **

LA LETTRE MENSUELLE

Parution du 02 02 03

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Editorial

Colette   
Bertot  :

 

Expositions :
Reliures d'artistes et de créateurs contemporains à la Bibliotheca Wittockiana
 
Contenu Jean-Pierre Otte - Ecritures : Etat de grâce à la Galerie Bastien Art 
Bientôt

Françoise   
Bernardi  :

Pierre et Gilles, le photographe et le peintre pour une délicieuse féerie kitsch 

Gao Xingjian, le goût de l'encre : rétrospective du Prix Nobel à Mons  
  Vera Lewijse : L'italien Serse à Anvers : la nature se doit d'être reproduite, pas transformée 

MdR :  

Michel Delvingt expose à la Galerie First Bright de Bruxelles  
Le Salon des Antiquaires de Hasselt, XXe édition : "Cristaux et lumières"  
     Avec 20 entrées gratuites pour 2 personnes !  
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Recherche et réflexion : 
 L'UCL :
Les archives, auxiliaires indispensables de l'Historien de l'art, par Christian Bodiaux :
             Avec des données inédites au sujet de Léon Pringels.
 L'ULg/Art&Fact : * Les étiquettes de Mouton-Rothschild par de grands artistes avec l'historique, partie I  
                            * Mouton Rothschild, suite avec 35 artistes, par Jean-Christophe Hubert et alii, partie II   
Un livre attendu, une exposition : 
Fernand Verhaegen, Grand Maître du Folklore wallon : par Robert Magremanne   
Philippe Seutin illustrateur :  
Philippe Seutin a illustré l'agenda des manifestations du Namurois   
Divers et variés :
Jean-Pierre Delvaux, rétrospection ; Recueil de signatures d'artistes ; Les Châteaux de Philippe Farcy 

 Le forum : 
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Faut-il refuser la péridurale aux artistes ?

"Tu enfanteras dans la douleur", nous expliquent les Ecritures. Voilà qui paraît relégué aux oubliettes de l'obstétrique grâce aux progrès de l'anesthésie, et c'est heureux. Sans vouloir interférer dans un débat qui a des implications très larges, j'estime que la douleur n'est que rarement belle, même si elle fut sublimée dans certaines situations et dans maints tableaux, de martyres par exemple.

L'exemple le plus typique est celui de Saint-Sébastien, généralement représenté le visage porteur d'une étrange sérénité, d'une langueur presque extatique alors que le transpercent les flèches de ses tortionnaires(1). Je me souviens d'une vente de 1996 à Neuilly St-James où l'on dispersait notamment la collection de Jacques de Ricaumont, écrivain et critique d'art. Il y figurait plusieurs statuettes de ce saint, l'une d'elles portant la mention : "Celui qui plus profondément me blesse, plus profondément m'aime".  

Notre époque paraît contradictoire, magnifiant la violence et la redoutant à la fois. Mais ne s'agit-il pas des faces du même Janus hédoniste et paresseux, que celui qui pousse à la fois au repli couard de l'individualisme plaintif et à la mondialisation table-rasante qui, lorsqu'elle est celle de la pensée, n'est plus gênée que par quelques bienfaisants trouble-fête.

On constate une réduction de l'adaptation au stress, une édulcoration du langage qui fait parler de non-voyants, de mal-entendants alors que des émissions ne cessent de surenchérir dans l'atteinte au respect de l'autre et dans la grossièreté du vocabulaire -les gros mots s'en trouvant eux-mêmes édulcorés car ne véhiculant d'autre idée que celle de choquer, voire de blesser, flèches émoussées mollement tirées sur des Saint-Sébastien de pacotille.

Une question taraude les artistes et ceux qui se penchent sur leurs oeuvres : l'art implique-t-il une souffrance ? La qualité d'une oeuvre d'art se mesure-t-elle à la quantité de sueur qui en transpire ? Bref, l'accouchement en art se doit-il d'être pénible pour que l'enfant soit beau ?

Je ne reviens plus sur la notion du Beau, décrite avec expertise et brio par Christian Bodiaux ici même en trois articles dès octobre 2002 (voir lien ci-dessous). A chaque lecture de ces articles, qui en méritent une attentive, je m'aperçois que tout y est dit sur le concept. Et notamment :

"Il y a réification du Beau, qui, en fait, n'a pas plus de réalité qu'un autre concept. Si l'on peut admettre l'universalité du jugement esthétique, ce que confirme l'approche empirique, il faut renoncer à accepter l'universalité de ses objets d'application. Ne demeure que la perception de l'individu, évolutive, qui permet à certaines catégories d'objets d'exister en tant qu'œuvres d'art".

La question que je me pose ici est différente : la création d'un objet qui soit beau, pour un groupe quelconque, implique-t-elle l'angoisse préalable ? 

Nous avons de nombreux exemples d'artistes qui ont donné le meilleur d'eux-mêmes dans une période de misère au moins matérielle ; ou morale, le pire pour un artiste étant sans doute de ne pas être apprécié, reconnu.

Le cas le plus connu est celui de Van Gogh qui associa la disette matérielle à la détresse psychique. Il en alla de même avec Baudelaire qui finit ses jours dans un hospice avec une syphilis terminale. Et si tout n'a pas été élucidé à propos de Jerôme Bosch, on conçoit que l'oeuvre n'a pas été conçu dans la pleine sérénité de l'esprit ! Utrillo fit deux tentatives de suicide et ne surmonta ses problèmes que grâce à l'amour que lui donna sans compter son épouse. Les Expressionnistes allemands paraissaient avoir une vision bien pessimiste du monde qui les entourait, et la suite leur donna raison.

En Belgique, on a dit d'Ensor qu'il a produit le meilleur de son oeuvre avant 1900 -c'est sans doute en partie excessif de dire "la seule partie valable"- à une époque où la reconnaissance tardait et où la raillerie était plus souvent au rendez-vous. Frits van den Berghe fut perpétuellement tourmenté et Louis Thevenet souffrait de dépression itérative. Fernand Khnopff, l'un des génies absolus de la peinture belge, avait organisé une bien piètre existence sentimentale autour de sa soeur Elisabeth.

Mais ces exemples seront aisément contredits par une foule d'autres artistes dont on sait le bonheur qu'ils éprouvaient à créer. La stipulation d'un art nécessairement séquellaire de meurtrissures est plus le fait d'une intelligentsia surfant sur l'air du temps, comme le vent souffle. Il n'est pas établi que l'art soit ainsi subordonné.

Le mécanisme de la création a surtout été étudié au niveau des énoncés, et en particulier scientifiques. J'en ai déjà parlé. Mais les processus psychiques ont été relativement peu explorés. On a coutume de distinguer l'approche psychanalytique -que Popper considère comme non-scientifique parce que non-falsifiable- et l'approche neurophysiologique ou neurobiologique. Sans doute chacune pourra-t-elle s'enrichir des apports de l'autre, toute scolastique rigoriste se privant de l'apport des autres.

Les neurobiologistes disposent d'outils extraordinaires, comme la tomographie par émission de positrons, le dernier cri. On parvient à individualiser des zones très petites du cerveau qui participent à différents mécanismes de la mémoire, ou à ceux de la vision notamment chez des aveugles chez qui on teste des "prothèses" capteurs. A ma connaissance, ces outils n'ont pas été utilisés aux fins que j'indiquais.

Mais il est d'autres outils comme les biographies des peintres. Il faut évidemment d'une part se garantir de la qualité des sources, et d'autre part, s'interroger sur les problèmes éthiques que pose la divulgation de données très personnelles.

Jusqu'à présent, on a surtout étudié certains aspects (psycho-)pathologiques de peintres et leur interférence avec leur peinture.

Peut-être jugerez-vous vains de tels efforts. Je pense pourtant qu'ils contribuent à une meilleure connaissance de l'homme. Ils ne sont ni plus ni moins utiles que de savoir si l'Homme est apparu il y a 1, 10 ou 100 millions d'années. C'est dire que, touchant à l'esprit plutôt qu'à la matière, ils sont aussi cruciaux que peu utilitaires.

Cela étant (peut-être),
Une bonne visite.

Emmanuel Mons delle Roche    

* Liens utiles :
*
Notion de Beau, d'esthétique et de philosophie de l'art, article de M. Bodiaux.
*
Relations entre art et médecine, un article que j'avais rédigé.
* "Le suicidé", tableau de Manet, à la Buerle Collection.

(1) : Saint-Sébastien est revendiqué comme leur saint-patron par certains homosexuels.

P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion.

 

 

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L'UCL : L'historien d'art dispose d'un outil qui exige dextérité et patience, Les archives comme auxiliaires. Et c'est l'occasion pour Christian Bodiaux de nous fournir des informations inédites sur Léon Pringels.

Art&Fact, l'ULg : Avec plus de 50 illustrations, Jean-Christophe Hubert a recensé Les étiquettes de Mouton-Rothschild. Cette grande maison a en effet valorisé les étiquettes des annuelles cuvées par les oeuvres de très grands artistes. Dont Delvaux, Alechinsky... pour les belges.

Vera Lewijse a vu les oeuvres de Serse et rencontré l'artiste : cet italien s'inscrit dans la grande tradition de son pays que notre chroniqueuse analyse avec sa sagacité et son érudition coutumières : esthétique et instructif.

Colette Bertot nous rappelle les richesses de la Bibliotheca Wittockiana à l'occasion d'une exposition de reliures : quand le contenant valorise le contenu. L'écrivain Jean-Pierre Otte est aussi un peintre, et un peintre en pleine possession d'un art qu'il a parfaitement mûri.

Françoise Bernardi nous démontre le parfait enchantement du kitsch quand ce sont Pierre et Gilles qui s'y mettent : féerie, rêverie au Botanique. Et elle nous invite au voyage intérieur de la très belle rétrospective Gao Xingjian en avant-première à Mons. 

 

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* Vous avez tous appris que le réseau Internet dans son entier a été attaqué le week-end dernier. Mon serveur (hébergeur en fait), comme beaucoup d'autres, a été indisponible quelques heures. Mais il a parfaitement résisté, notamment grâce à sa configuration sous Linux.

Il n'empêche... Ces attaques lassent, sont une perte de temps importante, induite par des gens qui en ont à perdre et font partager leur aspiration au néant. L'avenir dira s'il s'agit de groupes organisés motivés par on ne sait trop quelle idéologie.

* J'évite d'annoncer trop à l'avance des articles qui doivent paraître. En effet, les historiens comme l'ensemble des chroniqueurs sont souvent des gens très occupés. Et il arrive que certains articles soient ainsi reportés. Mais vous pouvez compter sur toutes les chroniques habituelles pour mars. 

* Je rappelle comme chaque mois que le postage de messages sur le forum, s'ils incluent une adresse de site, implique celle-ci soit entourée des balises [URL] et [/URL], avec le http://www.... Après, il suffit de cliquer sur votre lien pour y accéder.

A très bientôt,
Et merci de votre fidélité.

E. Mons delle Roche.

 

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