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** N° 19 - Mars 2002 ** |
| LA LETTRE MENSUELLE |
Parution du 01 03 02 |
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Le "web" est la toile où se peint le monde de demain. Ne croyez pas que je succombe subitement aux formules faciles et accrocheuses. Un analyste lyrique aurait pu dire du Nasdaq quand il sombrait : Il
était comme un arbre en proie à la cognée. Mais c'est évidemment à Victor Hugo, parlant de Napoléon Ier dans "L'Expiation", que nous devons cette métaphore splendide. Un analyste boursier se contentera de seriner que "les arbres ne montent pas jusqu'au ciel", et on paraît déjà ne pas le comprendre ! Ces citations sont le prétexte à vous suggérer quelques réflexions sur l'analogie et son dérivé, la métaphore. En science, ce mode de pensée n'est légitime que dans la formulation d'une hypothèse et dans la confection d'un modèle de vulgarisation. En philosophie, il est quasiment la méthode. Mais l'information qu'est censée nous livrer l'analogie dans ces domaines n'est effective que s'il y a identité, fût-elle implicite, entre les subjectivités respectives de celui qui émet et de celui qui reçoit cette relation de correspondance. Le cadre conceptuel est fatalement restreint du fait de cette nécessité d'identité de sens. En art, la situation est complexe. L'analogie fut longtemps le seul mode de connaissance, et elle fut utilisée de large manière au Moyen-Age. Les églises romanes foisonnaient de peintures exhortant un peuple illettré à la vertu par l'exposition des tourments auxquels il s'exposait par la transgression (le pêché). La métaphore n'est autre qu'une analogie condensée. De même, toute une symbolique (donc des expressions fonctionnant par analogie) réside dans les tableaux de cette époque : la "vanité", ce crâne humain qui nous rappelle notre condition de mortel (même aux grands de ce monde, voir "Les Ambassadeurs" d'Holbein où elle est déformée) ; l'animal domestique comme le chien, qui évoque la fidélité, voyez Les Epoux Arnolfini de Van Eyck (lien précédent désactivé) ; le jardin clos ou la fleur de lys (Bernardo Daddi) qui évoquent la relation avec le divin et la virginité. Les tableaux de Bruegel n'étaient pas destinés à rapporter de joyeuses fêtes paysannes, mais à donner une leçon de morale en offrant à voir la dépravation des moeurs chez les humbles ! L'analogie peut, d'une autre manière, fonder une esthétique des proportions par des rapports mathématiques : 4 éléments, 4 humeurs hippocratiques ; ou 7 planètes, 7 Arts libéraux (Dante), 7 jours de la Création, 7 notes de la gamme, 7 dons du St-Esprit... La Renaissance, à travers une obsessionnelle quête anthropocentrique, identifie des similitudes entre corps social et corps humain (revenant à Platon) ; elle croit à une structure analogique de l'Univers et de son Histoire. Ainsi, la Nature est une oeuvre d'art, son créateur étant lui-même comparé à un artiste à la fois peintre, sculpteur et architecte. Et de s'engager tout entière dans une esthétique des proportions (Divine proportion de Luca Pacioli). On pourrait en citer une infinité d'autres, ce thème méritant un article à lui seul. Ces exemples relatent des métaphores et symboles transmettant une information dans une conjoncture convenue. Mais métaphore et analogie peuvent s'étendre à des cadres libres, laissés à la subjectivité individuelle du récepteur : c'est tout le champ de la poésie. "Il y a langage poétique là où il y a sens et communication sans recours à la logique" (1). Et je pense que la peinture moderne, s'émancipant des fonctionnalités obligées de la symbolique et de l'analogie, a pu exprimer cette liberté poétique. Serait-ce cette liberté qui la fonde ? Elle y contribue sans aucun doute. Pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de vous citer un auteur que j'ai toujours eu plaisir à lire. Arthur Koestler (2) établit une analogie -donc une comparaison qui n'est pas raison- entre les activités du rire, de la recherche scientifique et de la création artistique. Chacune de ces activités est selon Koestler source de joie, de satisfaction lors de son achèvement (d'un calembour, d'une théorie ou d'un tableau). La phase finale est alors, dans sa réalisation concrète, la caricature, le graphique et le portrait. Les contextes bissociés (on parle de thème et phore implicites) forment à un moment donné une nouvelle synthèse. Poursuivant son inspiration analogique, Koestler décrit les expressions individuelles des auteurs lors de cet aboutissement : le "HAHA" du comique équivaut au "AHA" du découvreur, ou au "AH" de l'artiste. Ainsi le chercheur trouverait-il une attitude médiane entre l'explosion de l'émotion et sa transcendance. Cela, comme toute analogie, est séduisant mais sans garantie de validité. Cela
étant (peut-être), Emmanuel Mons delle Roche (1) : Anthony Levy, cité par Ch. Perelman, in Analogie et connaissance, Revue Internationale de Philosophie, N°87. (2) : Arthur Koestler, "Janus", Calman-Lévy, Paris. P.S.: Je rappelle aux néophytes de l'Internet qu'il existe au moins deux moyens de lire les textes de manière économique : imprimer la page ou la rendre disponible hors connexion. |
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Le contenu Retour au sommaire Vous lirez les chiffres à droite. Le nombre de visiteurs différents dépasse les 9.500 par mois. Il devrait franchir allégrement le cap des 10.000 en mars. Ce sera une belle étape ; il n'est pas prévu qu'elle soit suivie d'une journée de repos... Les offres liées à l'inscription sont visibles en cliquant [ ici ]. La "Bourse des particuliers" est très régulièrement visitée mais peu d'entre vous en profitent pour insérer des oeuvres qu'ils souhaitent vendre. L'abonnement est toujours à 1.210 FB (30 €). Les offres pour galeries, artistes, salles sont inchangées, mais je confirme qu'elles vont augmenter dans les prochaines semaines. Les musées et les asbl bénéficient toujours de la gratuité. |
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L'article des Historiens de l'UCL : Monsieur Christian Bodiaux poursuit son analyse de la récurrence d'un certain thème féminin, cette fois à travers l'oeuvre d'un peintre souvent et rapidement qualifié de torturé : Antoine Wiertz. Et si cet artiste était surtout un précurseur génial ? L'article d'Art&Fact, l'ULg : Madame Valérie Krins a réalisé une étude fouillée des peintures de plafond au Waux-Hall de Spa. Elle nous explique l'iconographie de ces magnifiques oeuvres d'Henri Deprez, les dégâts qu'elles ont subies et les techniques des restaurations faites ou restant à pratiquer. Une seconde page nous en dit plus sur Henri Deprez. En commun sur nos deux sites : Danièle Doumont, notre partenaire de Culturoscope, évoque une grande figure de la peinture namuroise : Henri Bles, peintre paysagiste du XVIe siècle. Stephane Rey et Colette Bertot ne pouvaient manquer la rétrospective de Rik Wouters. Nous sommes heureux qu'ils aient retenu l'exposition de Jean-Roch Focant, le premier artiste à avoir accepté de figurer sur le site de Mémoires. Enfin, de nous faire saliver à l'idée des trésors qu'Eurantica proposera ; et avec 25 entrées gratuites qui seront offertes aux plus rapides d'entre vous. Françoise Bernardi a "tâté" d'un artiste à la sensibilité et à la technique épidermiques : Maurice Frydman. A Ixelles, elle a vu ce Paris 1900 de l'Art Nouveau et de Loïe Fuller, enjoué et festif souvent, désenchanté parfois. |
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* Deux artistes importants sont décédés dernièrement : le liégeois Georges Collignon et le hennuyer Taf Wallet. Chacun à sa manière a marqué l'art pictural belge, et nous devrions y revenir plus longuement dans de prochains articles. * Le débat sur le forum semble vous rendre hésitants. Pourtant, toute intervention, toute impression si minces qu'elle vous paraissent, aideront à faire progresser ce thème passionnant dont on doit l'initiative à Christian Bodiaux. * Philippe Seutin a accepté de figurer dans nos "Ateliers d'artistes". Ce peintre vous ravira par sa chaleur, sa joie de peindre -qui n'est pas exempte du doute- et sa technique qui permet de percer bien au-delà de la figuration. A très bientôt, E. Mons delle Roche. |
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