LA LETTRE MENSUELLE

Une chroniques de Dominique Vallin-Piteux.  Mai 2003 
   Les amitiés Modernes de Rodin à Matisse,
  
à Roubaix - La Piscine.

;
Depuis sa création sur les injonctions de Louis XIV, l’exposition des artistes vivants (qui ne prit le nom de Salon qu’après le passage par le Salon Carré au Louvre au début du dix-huitième siècle) avait toujours dépendu de l’Etat pour son organisation, son déroulement et les récompenses qui y étaient décernées.

Pour rendre compte objectivement des bouleversements qu’ont connu le monde artistique entre la clôture de l’exposition universelle de 1889 et l’ouverture des Salons le Premier Mai 1890, il faut relire la presse de l’époque.

Cette relecture permet de constater, entre les critiques qui expédièrent l’événement, que «cette exposition très choisie et très riche, a une signification vive, encore qu’il ne s’y révèle, proprement, aucun signe nouveau » comme l’écrit L. de Fourcaud.

C’est à Louis Enault, éditeur de Paris-Salon, que revient le mérite d’avoir abordé dans une grande préface le sujet de la sécession au sein du Salon.

Mais ce n’est pas le sujet du jour.

Ceci étant posé, venons en à l’exposition qui se déroule en marge de la rétrospective organisée par le Musée des Beaux-Arts de Lille.

Cette exposition s’attache à replacer l’artiste au cœur de la génération qui fut la sienne.

Toutes les œuvres présentées à Roubaix le furent dans les sessions de la Nationale entre 1890 et 1905, année où Carolus Duran prend la direction de la Villa Medicis à Rome.

Que verrez vous si vous vous rendez à l’exposition de Roubaix ?

Les Nabis qui ont exposé régulièrement à la Nationale même si en marge, font aussi des envois au Salon d’Automne ou aux Indépendants.

« L’après midi bourgeoise » de Bonnard, présenté en 1903, met en scène la famille Terrasse dans son jardin. Cette grande toile pleine d’humour et de poésie nous accueille.

Retournez-vous et vous trouverez les impressionnistes que le Nationale a su fédérer et qui sont bien sûr présents à Roubaix.

Boudin avec une plage de Berck (car c’est ici l’occasion de préciser que l’école de Berck, mal connue, accueillait environ 160 peintres et que Boudin était chef de file de ces peintres que vous pouvez retrouver au musée de Berck, boulevard de l’Impératrice), mais aussi Sisley et Raffaëlli.

Les Luministes comme le Belge Claus (qui lui aussi connaît Sisley et Pissaro, qui sera le propagateur de l’impressionnisme en Belgique et participera à la Libre Esthétique) et de nombreux élèves de Gustave Moreau sont présents. Gustave Moreau lui n’a jamais adhéré au principe des expositions collectives et donc n’a pas exposé  lors de ces manifestations.

L’envoi de Matisse en 1896 est présenté dans la restitution de l’environnement qui était le sien lors de la présentation.

Il ne faut pas perdre de vue lorsque l’on visite cette exposition le rôle catalyseur qu’a eu Puvis de Chavannes, également fondateur  de la nationale.

La peinture de cette période et des années à venir lui est très redevable ; véritable initiateur du langage moderne, la postérité artistique de Puvis vient d’être mise en évidence par Serge Lemoine dans un ouvrage paru en 2002 chez Flammarion : « de Puvis de Chavannes à Matisse Picasso, vers l’art moderne ».

Pour la sculpture c’est à Rodin que revient le rôle de chef de file des rénovateurs.

La statuaire moderne entre ainsi à la Nationale. Celle qui fut la belle haulmière, de Rodin, La petite châtelaine, de Claudel et bien d’autres vous attendent dans le parcours de cette exposition.

Sans oublier le genre d’excellence de cette période artistique : le portrait qu’il soit peint ou sculpté ne peut être absent de cette vitrine artistique.

Cette opportunité de promotion indéniable conduit les artistes à choisir avec soin leurs envois afin de gagner les faveurs de la clientèle.

Pour illustrer ces propos vous trouverez le portrait de Rodin par Claudel, de Puvis par Rodin et d’autres portraits de commandes nombreux dans cette exposition.

Egalement pourvoyeur de commandes, mais publiques celles là, la peinture d’histoire dont le maître incontestable est Méssonier avec ses évocations Napoléoniennes, mais aussi Weerts qui nous intéresse plus particulièrement en sa qualité de Roubaisien.

Quelques objets composés par les sculpteurs, proche de l’esthétique Art-nouveau s’affirment autour de la figure d’Emile Gallé qui enverra régulièrement des céramiques, verreries et mobiliers au Salon.

Le regroupement de cette centaine d’œuvres donne à voir le portrait d’un Salon au passage du XIXème au Xxème siècle et ainsi presque toute l’expression d’une époque.

Dominique Vallin-Piteux,   
Historienne de l'art 
   



*

Cet article
n'est pas
illustré

*

 

 

Roubaix - La Piscine.

tarif 4,6 €. Renseignements au 03.20.69.23.67 ou 60.
* Le 15 mai à 19h00 conférence par Anne Rivière, 
« La femme artiste au XIXe siècle, entre tradition et ouverture ».

* Le 22  mai à 19h00 conférence par Emmanuelle Heran, conservateur à Orsay,

« La sculpture vers 1900 »

Jusqu’au 9 juin 2003.

Copyright © 2003 Mémoires et Dominique Piteux. 
Tous droits réservés.

Les autres articles sont accessibles via nos archives
Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre        Retour à l'accueil

 

Hit-Parade