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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une
chroniques de Dominique Vallin-Piteux. Mai 2003 La rétrospective René Magritte, à la Galerie nationale du Jeu de Paume à Paris . |
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; Le parcours à pour volonté de montrer comment Magritte peut être tenu pour l’annonciateur de l’art conceptuel par ses séries de tableaux d’écriture mais aussi comment il anticipe le pop-art par la focalisation sur l’objet et la prise de distance vis-à-vis de l’image. L’accrochage chronologique favorise la perception de ce fort potentiel et débute volontairement avec les œuvres de 1925, les créations antérieures étant fortement influencées par le Fauvisme et le Cubisme n’ayant pas été retenues.[i] Cette année 1925 marque la rencontre de Magritte avec Le chant d’amour (1914) de De Chirico qui influence de manière déterminante sa manière de peindre ; l’exposition s’achève par les sculptures fondues en présence de Magritte quelques semaines avant son décès. L’exposition qui se veut la plus complète possible ne laisse pas dans l’ombre la période «solaire » (1943-1947) ou « vache» (1948). Magritte à ces dates sort du rang des surréalistes pour se moquer en quelque sorte de sa propre peinture surréaliste. Les sujets restent les mêmes, ils sont traités de manière différente. Excommunié par Breton lors d’une exposition à la Galerie Maeght, il profite d’une exposition personnelle à Paris[ii] pour y réaliser un canular à l’attention du public parisien qui l’avait ignoré alors qu’il séjournait de 1927 à 1931 à Paris. Il voulait «épater la galerie ». Cette provocation est un fiasco complet pour la peinture qu’il présente, couleurs vives et autodérision virulente. On aime ou on n’aime pas Magritte mais il est impossible de rester indifférent à sa peinture. Le pouvoir poétique de la peinture, le goût prononcé pour une dialectique visible-caché guident Magritte dans sa création. L’art de peindre de Magritte ne s’accomplit que pour faire apparaître la poésie et non pour réduire le monde à la variété de ses aspects matériels. Ainsi de cette poésie naît la présence de l’esprit. Pour rendre visible l’invisible, Magritte va élaborer un système pictural qui se développe et s’enrichit sans cesse de codes, qui permettront à l’œuvre de produire l’effet désiré, surtout le mystère. C’est par ce mystère, source de poésie, que Magritte entre dans le mouvement surréaliste. Le titre aussi tient un rôle dans cette poétique voulue par le peintre. Il y a souvent disjonction entre l’image et le titre, ce qui se renforce par le choc lié à la collision fortuite dans l’espace pictural de plans de réalités hétérogènes. (Le joueur secret 1927 en est un bon exemple). Bien qu’en de rares occasions Magritte se soit livré à la copie de ses propres œuvres (la saveur des larmes, 1948) ou de celles d’artistes anciens comme Titien (à des fins alimentaires pendant la seconde guerre mondiale), il est surtout adepte de la variation dans la répétition. L’empire des lumières
existe en seize versions à l’huile et sept
gouaches réalisées entre 1949 et 1963 dont quelques-unes unes sont visibles à
Paris.
La reprise de ce motif répond au succès
remporté par le sujet auprès des collectionneurs ; car l’effet poétique et
fascinant de la succession inexorable du jour et de la nuit, les repères abolis,
le temps suspendu reflètent tout l’art
de Magritte. L’appel des cimes (1943) nous interpelle. C’est la représentation qui est mise en question.
Derrière ce tableau dans le tableau, deux possibilités : le spectacle est
le même et le tableau est bien une fenêtre sur le monde, soit il est différent
et l’art n’est qu’une illusion. Le doute sur ce qu’est
une représentation picturale est à peine né dans notre
esprit que Magritte nous fait vaciller sur ce que nous croyons être la réalité. La négation par l’énoncé
de l’identité de la chose peinte, (La
trahison des images 1929), relève des recherches menées par Magritte sur
les rapports entre les objets, la représentation et le langage. En ce qui concerne
la figure humaine, Magritte se différencie des autres peintres car la figure n’est
pour lui qu’un objet comme un autre. Le portrait en tant que tel ne l’intéresse
pas. Sentiments, pensées de son modèle ne sont jamais retranscrits. Le visage apparaît
le plus souvent masqué, voilé, qui se dérobe à nos yeux. En conclusion, en
traversant les salles on peut se rendre compte de la progression de la réflexion
de Magritte qui continue à nous interpeller sur des sujets toujours en débat :
qu’est-ce que la peinture, qu’est-ce qu’une représentation, qu’est-ce que la
réalité ? N’oubliez pas de
descendre au sous-sol voir la galerie de photos de Magritte et ses amis et si
vous en retrouvez le texte[iii],
relisez la conférence de Magritte «La ligne de vie », prononcée à Anvers
le 20 novembre 1938 au musée des Beaux-Arts. Dominique
Vallin-Piteux [i] Pour cette période se rapporter au catalogue de la rétrospective bruxelloise de 1998 [ii] Mai 1948, première exposition personnelle parisienne à la Galerie du Faubourg. [iii] Catalogue raisonné par David Sylvester 1992-1997, the Menil Foundation, Hoiuston, Texas. Aussi : Musée Magritte 135 rue Esseghem, Jette-Bruxelles (dans la maison que Magritte habita de 1930 à 1954). |
Comme vous
le savez C'est son
droit, * Donc : *
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Galerie nationale du jeu de Paume, 1 place de la
Concorde, 75008 Paris. |
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| Infos 00.33.(0) 147.03.12.52 | |
| Jusqu’au 9 juin 2003. |
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