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LA LETTRE MENSUELLE |
| Un article de Vera Lewijse - Mars 2003. |
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Les Salons des Beaux-Arts de Sint-Niklaas,
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Depuis le 1 octobre 1988, les Salons des Beaux-Arts ont été ouverts au public. Ce bâtiment, qui renferme les Beaux-Arts, est situé Stationsstraat 85, à peine à 500 m de la Grand Place et des autres musées. La maison a été construite en 1928, sur l’ordre d’Edmond Meert, grand industriel, et dessinée par l’architecte anversois Stordiau. Le propriétaire s’y est installé en 1930. En 1984 les autorités municipales ont acheté le complexe de la famille Meert, dans le but de le conserver et de le restaurer et d’y héberger une sélection du patrimoine artistique de la ville. L’architecture
du bâtiment Le style de l’architecture du bâtiment et surtout celui de l’intérieur peut être considéré comme éclectique, avec un goût prépondérant pour une certaine monumentalité. Tandis que l’architecture moderne utilise chaque mètre carré, cette demeure est extrêmement spacieuse. Surtout les grandes coupoles au-dessus de l’escalier et du salon central sont impressionnantes. Les espaces énormes entre ces coupoles et la toiture en verre sont remarquables. L’escalier monumental, les chambranles gracieux, les points de lumière garnis de fer forgé ajouré, les niches tapissées de miroirs, les cheminées en marbre richement décorées, le stucage des plafonds et les énormes lustres en cristal dans le hall, plongent le visiteur dans un état d’esprit d’admiration et de respect profond. Les autres salons sont également minutieusement remis dans leur état original. Les parquets ont été restaurés, les tapisseries en motifs damassés ont été copiées d’après les dessins originaux. Toute la rénovation a été effectuée en respectant les formes, les matériaux et les couleurs d'origine. Tous les éléments qui ont dû être ajoutés du fait des exigences muséologiques, ont été choisis parmi les matériaux les plus modernes. Dans ce havre de paix et de silence et sur les murs peu chargés, les tableaux ressortent au maximum. On a fait une étude approfondie des oeuvres d’art afin de pouvoir sélectionner les meilleures pièces et de les regrouper avec description dans un catalogue complet (‘Stedelijk Kunstbezit’, éd. 1988). Le premier salon: les oeuvres maîtresses du l6ième, l7ième et du 18ième siècle. A part un Rubens, les tableaux font partie du legs Louis Verstraeten. Ce legs représentait 80 tableaux qui ont été légués par son donateur en 1859 à sa ville natale Sint-Niklaas, avec l’intention d’y fonder un Musée des Beaux-Arts. L’œuvre la plus ancienne date de la première partie du l6ième siècle. C'est un des quatre autoportraits connus du peintre liégeois Lambert Lombard. Celui que nous admirons ici est le plus petit des quatre. Les trois autres se trouvent à Liège, à Kassel et à Düsseldorf. Un autre tableau très ancien a pour titre ‘Paysage montagneux’ et est à dater entre 1595 et 1600. Ce qui est intéressant c’est la découverte récente dans la monographie ‘De Momper der Jungere (1564-1635)’ de Klaus Ertz, ‘Die Gemalde mit kritischen œuvre-katalog’, où on retrouve le petit tableau reproduit en couleurs et cité comme l’œuvre de Joos De Momper. Les personnages sur ce tableau sont de la main de Sebastiaan Vranckx, un contemporain de De Momper. Klaus Ertz cite dans sa monographie plusieurs oeuvres qui ont été créées par la collaboration des deux peintres. La peinture de De Momper 'Paysage montagneux' comporte une composition à trois niveaux: à l'arrière plan une colline brumeuse de ton bleuâtre, au deuxième niveau des monticules boisés avec quelques maisons autour d'une tour, quelques maisons éloignées sur la droite, enfin au premier niveau des pèlerins, des voyageurs et des commerçants. Cette peinture montre un paysage qui a abandonné son hostilité et invite le spectateur à une promenade imaginaire. La menace dans cette peinture vient plutôt du haut rocher surmonté d'un château à l'avant-plan à gauche. Le paysage irradie presque une certaine douceur de par l'emploi de bleu pâle et de jaune d'or allant jusqu'aux ocres bruns. Au 16iéme et 17ième siècle se développa la peinture du paysage dans les Pays-Bas du sud. De peinture d'arrière-plan, elle devint rapidement une spécialité à part entière. De part de l'intensification de l'urbanisation aux Pays-Bas du 16ième siècle, une glorification du paysage s'installe. Outre les tableaux cités nous remarquons le portrait de Néron de P.P. Rubens datant du début du l7ième siècle. Le tableau ‘La fuite de Néron’ qui apparut à Paris en 1914, était d’après les experts Max Rooses et Ludwig Burchard, de la main de Rubens. Il fait partie de la donation de Mme Marthe Mathys-Vanneste. Une restauration médiocre a créé des doutes concernant l’authenticité de l’œuvre. Selon Dr Jean-Pierre De Bruyn, nous pourrions considérer qu’il s’agit peut-être d’une oeuvre du jeune Antoon Van Dyck, qui aimait bien copier Rubens. D’après De Bruyn le thème vient sans aucun doute de Rubens et peut être daté de 1600-1610. Le tableau possède des qualités indéniables et une étude approfondie pourrait mener â Rubens ou à son entourage. Dans le même salon, on trouve un ‘David à la harpe’ de Gaspar De Crayer, deux petits tableaux de David Vinckboons et deux figures de Christ attribuées respectivement à Ambrosius II Francken et Gerard Seghers. Ensuite nous trouvons une nature morte typique de Willem-Claesz Heda, une scène biblique de Gerard De Lairesse et un tableau à fleurs de Jean-Baptiste Monnoyer. Les tableaux de Willem-Claesz Heda, portent tous en eux un message moral. Chaque objet a une signification, une référence au thème de la Vanitas. L'huître est le symbole de la sensualité, la volupté, la sexualité. Le citron symbolise le résultat aigre quand on s'y laisse trop aller. Souvent le pain renvoie au dernier repas du Christ et se place comme le négatif du repas d'amour humain, dont on voit ici les restes. Placées en opposition à cause de leurs formes contrastées, les objets en verre, en cristal, en argent, soulignent l'idée que tout dans la vie est éphémère et transitoire. Typique pour l'œuvre de Heda est l'emploi des tons presque lunaires de gris et d'argent verdâtre. Le fond de cette nature morte est celui qu'on retrouve en général dans ses oeuvres, un mur nu d'une teinte en prolongement des objets posés sur la table. A partir du premier quart du 16ieme siècle, dans tout le Nord de l'Europe on
trouvait ce type de verres,
essentiellement en couleur de blé
allant jusqu'au vert foncé avec des nopes pour éviter que le verre ne glissa au
travers de mains grasses. Le grand salon: une grande partie de la donation de Marthe Mathys-Vanneste. Après la mort de sa femme, Marthe Vanneste, le pharmacien gantois Jules Mathys offrit sa collection d’œuvres d’art â la Ville de Sint-Niklaas. La donation se composait de 65 tableaux, principalement de l’école belge, de la deuxième moitié du l9ième siècle, 35 meubles de style et de 115 objets d’art appliqué. Nous y trouvons des oeuvres de Louis Artan, d’Hippolyte Boulenger, d’Henri De Braekeleer, de Gustaaf Den Duyts, de Louis Dubois, d’Henri Leys, de Péricles Pantazis, de Félicien Rops, de Joseph Stevens, de Jan Stobbaerts et d’Alfred Verwee. Dans la toile d'Artan 'Pécheur d'écrevisse au claire de lune', la mer trouve sa source à partir du centre en un mouvement spiralé de nuages et de clair de lune. La petite figure du pêcheur est attirée vers le centre et semble insignifiante et perdue devant la grandeur de son environnement. La tonalité générale de la toile baigne dans une lumière d'argent perlé qu'entourent des nuances de gris et de blanc. De ce tableau sourd un sentiment d'harmonie et de l'immensité de la mer, qui est tellement typique de l'œuvre d'Artan. 'Vue de Dinant', de Hippolyte Boulenger, nous montre Dinant en 1870, sous un ciel lourd et bas, peint avec sa palette pâteuse. La composition trouve son équilibre dans le reflet blanchâtre des nuages dans l'eau en opposition avec les rochers sombres à gauche de la toile. Même le plus grand ennemi des animaux tombe à genoux devant les oeuvres de Joseph Stevens et Jan Stobbaerts. Les deux peintres réussisent à donner à leurs animaux une personnalité qui est aussi parlante que les meilleurs portraits d'êtres humains. Alfred Verwée est connu pour ses tableaux de vaches, toraux et chevaux. Lui aussi parvient avec cette donnée restreinte à donner à ses toiles une variété infinie. Le troisième salon : 9 tableaux et 24 dessins d'Henri Evenepoel. Tous les tableaux et trois dessins font partie de la donation de Mme Mathys-Vanneste. 'La Dinette' est une toile absolument émouvante. C'est un portrait de Charles, le fils d'Evenepoel. La concentration avec laquelle l'enfant se perd dans son jeu, le détail de la petite botte ouverte, tout témoigne ici de l'amour que Evenepoel portait à cet enfant. Le contraste du rose et du blanc ivoire du vêtement du petit garçon s'oppose aux couleurs sombres de l'arrière-plan, aéré par quelques vagues touches de rouge. Les capacités techniques de Evenepoel se manifestent dans ses portraits. 'Le peintre Simon Bussy', autant que 'Etude pour le portrait de Mme. Mariau, ou Les deux têtes' témoignent de façon impressionnante de la manière avec laquelle Evenepoel se met dans la peau de ses modèles. Mme Mariau était la femme de ménage de l'atelier d'Evenepoel à Paris. Avec des tons chauds et profonds, rouges contre verts, il présente ici une image pleine de coloris et de chaleureuse sensibilité. En regardant 'Les enfants de Wépion' on ne remarque pas tout de suite la présence, à côté de la petite fille debout, d'une autre petite fille accroupie. La collerette de la petite fille de gauche rejoint le blanc du chapeau de la petite fille de droite, laquelle de par sa position accroupie, disparaît presque totalement dans le vert de l'arrière-plan. L'œuvre de Evenepoel se caractérise au début par l'influence de Leys, De Braeckeleer, De Groux et A. Stevens. Plus tard il fut impressionné quand il 'découvrit' Monet, et ses contacts avec Degas et Lautrec se retrouvent dans son style, son coup de pinceaux et sa facture. Le quatrième salon et le hall: Guillaume Vogels, Eugène Laermans et James Ensor .Dans le hall se trouvent des oeuvres à thème social-réaliste d'Eugène Laermans, de Jean Laudy et de Leo Engels. 'Le peintre Vogels devant son chevalet', un Ensor peint juste avant la période circa 1886, où sa palette s'éclaircit. Au travers de la matière picturale, la texture de la toile transparait encore au travers des bruns, des verts grisâtres. Pourtant, malgré les couleurs sombres une énergie rayonne de la toile par laquelle le spectateur a le sentiment d'être présent dans la chambre où le peintre est au travail. L'œuvre de Vogels témoigne des caractéristiques de l'impressionnisme belge et le sentiment du drame qu'on retrouve aussi chez Artan et Boulenger. 'Le chenal de Nieuport' et 'Chrysanthèmes' sont de beaux exemples de la palette magnifique du maître. La grande salle au premier étage: les artistes les plus connus du Pays de Waas. On y trouve des oeuvres d’Alfons Asselbergs, Robert Buyle, Anna de Barsy, Gustaaf De Bruyne, Jef De Mey, Jef De Pauw, Carlo De Roover, Anna De Weert-Cogen, Georges Fonteyn, Pieter Goris, Modest Huys, Hubert Malfait, Alfons Proost, Achiel Strijbol, Jos Van Hooste, Tony Van Os, Dis Van Raemdonck, Emest Welvaert et Sander Wijnants. Au même étage, dans deux chambres, nous pouvons voir l’œuvre d’Ernest Albert, décédé en 1976, et directeur de l’Académie de Malines, sous la forme d’une sélection de la donation de madame Marcelle Albert. On y trouve également une série de petits tableaux des peintres régionaux August De Wilde et Basile De Loose et une scène de genre de Ferdinand De Braekeleer où on retrouve une similitude de style. Les meubles et l'art appliqué Les meubles de style, garnis de services en porcelaine, sont placés entre les tableaux. Les autres objets en argent, étain, bronze et en porcelaine sont exposés dans une grande vitrine. Toutes ces pièces font partie de la donation de Mme Marthe Mathys-Vanneste Dans des coins ou sur de petits pans de murs on trouve encore des sculptures et des bibelots rares. Le milieu des salons est laissé vide afin de donner au visiteur la possibilité de mieux apprécier l’élégance de l’intérieur. En conclusion Une visite aux Salons des Beaux-Arts de Sint-Niklaas est une surprise agréable. L'atmosphère du musée en est très différente que de celle d'un grand musée classique. Ceci est du au fait que l'on se promène dans l'environnement d'un 'hôtel de maître' plutôt que dans un musée officiel. C'est un endroit qui à été habité et l'humain y est toujours présent. La collection à une présentation heureuse et trouve bien sa place. Le visiteur est agréablement surpris par la qualité et par la diversité de la collection. Qu'à la base des achats des collectionneurs se trouvait un véritable amour de l'art est ici une évidence. L'accueil dans les salles est assuré par deux dames dont la gentillesse et l'amabilité doivent être soulignées. Vera Lewijse |
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