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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une
chronique de Vera Lewijse. Février 2003 Serse : 'Naturam ipsam imitandem esse, non artificem' : à la Galerie Van Laere Contempory Art d'Anvers. |
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Dessins de grand
format au crayon de graphite et à la gomme sur papier marouflé sur plaque d'aluminium de l'artiste
italien Serse. L'artiste La force de
l'expressionnisme marqua le début de sa carrière. A la manière d'un Anselm Kiefer (°1945) qui dévoile dans ses toiles
plusieurs états de conscience, Serse évolua vers une économie des matériaux
employés et la traduction des idées, à travers un art monumental maîtrisé. Inspirations Paolino (°1940 Genoa)
est avec Luciano
Fabro, Jannis Kounellis, Mario Merz, Guiseppe Penine, Michelangelo Piostoletto pour n'en citer que quelques-uns, connu par sa collaboration au mouvement
d'art Arte Povera. Arte Povera se propose, dans un esprit provocateur de
"déculturation", de rétablir un contact direct avec les matériaux naturels et
de favoriser l'échange entre des polarités énergétiques contrastées. L'effet
cohérent et illustratif de l'œuvre est supprimé pour faire place à une
expérience sensible. L'expression
"art pauvre" est emprunté au langage du Living Theater par le critique d'art italien
Germano Celant. Première exposition en 1967 'Arte povera In spazio' à la
Galerie Ba Bertesca à Gênes. On retrouve
des éléments de l'Arte Povera dans le
Land Art et l'art conceptuel[1]. Paolino, est en outre
fasciné par la photographie, la recherche de la tension sous-jacente entre le
blanc et le noir comme couleurs extrêmes, et par fascination pour l'existence,
l'essence, le statut de l'objet. Le ligne créative de Paolino explore ainsi le lien entre le passé et le
présent, et le lien entre l'original et la réplique. Les
dessins peints de Serse. Les dessins de grand
format travaillés au crayon de graphite et à la gomme sur papier,
lui-même marouflé sur plaque d'aluminium, donnent le
sentiment d'une approche scientifique tout en restant sensuels et sensibles.
Entre la photographie et la peinture, chaque détail est minutieusement
élaboré, avec
une patience à toute épreuve, effacé à la gomme et frotté pour obtenir
le résultat désiré. Serse nous dit "pour comprendre la réalité de la nature, ainsi que sa
complexité physique, j'ai besoin d'une réduction de la vue, d'un voile opaque,
par conséquent d'un renoncement.[2]" Il nous racontait
avoir été inspiré par l'œuvre de l'architecte italien, humaniste, et
initiateur principal de la théorie de l'art de la Renaissance Leon Battista Alberti
(1404-1472), dont la publication "De
re aedificatora" est considérée comme la bible de l'architecture de
l'époque. Alberti serait aussi l'inventeur des premiers "peep
shows", ces vues en perspectives peintes en
couleurs transparentes sur verre, éclairées par l'arrière pour simuler la lumière du soleil et
du clair de lune. La totalité du détail. Ces détails, dans leur espace limité du cadre, contiennent une variété de données et de nuances. Un moment de repos coupe la vitesse
hystérique avec laquelle nous parcourons la vie. La vitesse accentuée par
l'apaisement de l'image. Plus le spectateur pénètre l'image, plus grande devient
l'aliénation. De cette façon la nature se fait (en)cadrer : par le regard de l'artiste, par
le regard du spectateur, par le support, par l'endroit où les dessins sont
exposés. Dans l'œuvre de certains artistes 'l'histoire' est la plus importante. Dans les dessins de Serse, l'important c'est l'attitude, la retenue, la solitude... Comme souvent dans les créations des artistes italiens, un sentiment
typiquement poétique
s'insinue dans la conscience du spectateur, sans même que ce spectateur s'en
rende compte. L'art n'est pas simple. Il
demande
de l'attention et une largeur d'esprit avant d'entamer la
dialogue avec ce que l'œuvre exige des sens du spectateur. De la peinture dessinée. Serse s'inscrit dans
la tradition picturale qui essaye de capter la lumière, le rythme, dans un
champ de tension. Les ajouts de sens, dues à l'observation de l'artiste et aux choix qu'il fait, deviennent manifestes. De cette manière nous
retrouvons trace du sublime qui vit dans les peintures de Caspar
Friedrich et de "l'apaisement"
dans l'œuvre de Giorgio Morandi. De disegno au dessin Pino publi 'Dialogo di pittura' en 1548. Dolce publi 'Dialogo della pittura
intitualto Aretino' en 1557. (Aretino était un satiriste renommé, intéressé
dans l'art de son temps, un critique d'art qui comptait). Ils distinguent trois niveaux dans
l'art de la peinture : Inventio : le choix des matériaux, la mise en forme visuelle, l'arrangement des éléments dans une forme appropriée. Disegno : le
bon sens, le jugement. Disegno est une qualité de l'artiste. En fait, c'est la pratique du dessin et le
résultat de l'étude et de l'exercice. Disegno se réfère aussi à la sélection du
beau sur l'ordinaire, à la réflexion, à l'effort soutenu pour atteindre la beauté
suprême dans la réalité. Designo
est aussi nommé précision, définition par Pino. Alberti se sert du même terme mais se réfère
plutôt à la ligne de contour, tandis que Pino veut plutôt indiquer le trait du
pinceau. Colorito doit
être expressif et approprié, stimuler le réalisme pour émouvoir le spectateur. L'artiste doit avoir l'intuition, l'empathie pour ce qu'il veut représenter
et, à l'aide d'inventio, disegno
et colorito, s'exprimer avec facilitas. "Facilitas" exprime la capacité à évoquer des choses compliquées tout en donnant l'impression
qu'il est aisé, facile de dessiner et d'interpréter. Les idées ci-dessus nous semblent évidentes, mais étaient au seizième
siècle, au sein des différentes écoles italiennes, des idées de réforme
inlassablement discutées . Perception et interprétation Faisons la comparaison de la peinture du peintre
Antonin Slavicek avec le dessin de Serse. Tous deux ont pris comme sujet le bois de
bouleau. Dans la peinture à l'huile, aussi bien que dans la représentation en noir et blanc de Serse, l'essentiel de l'idée est visible et surtout sensible. Sans se servir de couleurs, Serse nous fait sentir la fraîcheur et l'atmosphère du bois. Observateur, nous réagissons sur le visible avec nos sens, et nous ajoutons automatiquement l'invisible à l'aide d'une information obtenue jadis. Nous nous servons d'un souvenir, d'une expérience de promenade au bois. Nous nous souvenons comment les troncs des bouleaux blancs sentent sous nos mains, de la sveltesse et de l'élégance des arbres. Et en regardant un dessin, tout cela nous revient... Les dessins ne se dévoilent pas du premier coup d'œil.
Nous sommes frappés par leur caractère intemporel, par le silence, et au même
moment par la présence d'une forte vivacité. C'est une synesthésie d'immobilité et de progression, d'action et d'inertie, de la grandeur à l'opposé du minime, de la pensée et de la sensation. Vera Lewijse, |
L'artiste
Atelier de l'artiste
Ai sali d'argento,
Studio dal
vero,
Ai sali d'argento,
Studio dal
vero,
Studio dal
vero,
Silver
Birch,
Antonin Slavicek
Morandi
Studio dal
vero, |
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Van
Laere Contemporary Art, Verlatstraat 23-25,
2000 Anvers. |
| Du 23 janvier au 1er mars 2003. |
| Du mardi au vendredi de 14 à 19h ; samedi de 14 à 18h. |
Copyright © 2003 Mémoires et Vera
Lewijse.
Copyright © 2002
Photos et bibliographie : Baudson 2002 ; Van Laere.
Les photos sont publiées avec l'autorisation de l'artiste.
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