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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Février 2003 Jean-Pierre Otte - Ecritures : à la Galerie Bastien Art. Un écrivain dans la maturité de son art pictural. |
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Quand l’écriture démange la main, elle peut apprivoiser aussi bien la
plume que le pinceau. Parfois les deux à la fois et le travail est alors
complémentaire. C’est le cas de Gao
Xingjian, prix Nobel de
littérature 2000 qui expose actuellement au Musée des Beaux-Arts de Mons, ses
dessins à l’encre de Chine sur papier de riz, une discipline qu’il pratique
depuis très longtemps et qui, à l’instar de l’écriture est sa façon à lui de fuir le monde
« pour garder son inspiration et sa liberté »… La démarche de Jean Pierre
Otte est assez
similaire sinon qu’il avait gardé longtemps secrète son œuvre de peintre. L’écrivain par contre enchante depuis belle lurette les lecteurs
friands d’enracinement régional (il est ardennais) quand on ne leur parle que
de mondialisation… Avec « Juliette et la rivière », « Le cœur dans sa
gousse » l’auteur charriait toutes les croyances et les traditions d’un
terroir qui lui colle à la peau et ouvre la porte à tous les enchantements de
l’esprit. Il aime la nature et les mots, la joie de vivre, l’allégresse, la
mélancolie. Avec « L’amour des eaux dormantes » il nous parlait des
insectes en véritable entomologiste. Avide de savoir, curieux de sciences comme
de philosophie, l’homme maîtrise un grand nombre de domaines. Autour des années 80, il se lance dans la peinture mais travaille en
secret sans rien montrer de son œuvre parce que il refuse l’idée d’être
catalogué comme écrivain peignant en dilettante. Il vit et travaille en France,
sur les causses du Lot entouré d’animaux familiers. C’est la première fois qu’il expose son travail plastique et il semble
qu’on puisse déjà parler d’accomplissement tant est solide sa maîtrise. Constamment en quête de formes, de figures, de couleurs, Jean Pierre
Otte trace d’abord des pictogrammes proches de l’écriture
et de la calligraphie. « L’écriture, affirme t- il, est à la peinture ce
que la musique est à la chorégraphie » et l’artiste de lancer des messages
symboliques voire rythmiques sans le moindre souci de référence à quelque
artiste que ce soit. Son monde est particulier et enchanteur. La terre est son unique source
d’inspiration et il la façonne à la manière du géologue s’efforçant de mettre à
jour des couches oubliées. Pratiquant la technique mixte sur toile ou sur papier marouflé, il se (et nous) raconte, à larges coups de pinceau, des histoires qu’on verrait bien
réunies entre les pages d’un nouveau livre. Il aligne avec méthode « Les
épices de la passion », entame en douceur « La sonate du
promeneur », aménage comme un lieu secret « Un endroit dérobé du
parc » ou fait apparaître un « Ange à la fenêtre », curieuse
fenêtre à l’ouverture jaune sur fond noir. Il trace les chemins très orientaux
du « Fini et de l’Infini » inscrivant çà et là, au détour de ceux-ci,
de petits enclos sombres qu’illumine la présence de quelques bestioles mystérieuses. Il est
l’artisan qui permet à l’œuvre d’émerger de la toile. Quand il entraîne son « lecteur » « Au pays de la
neige », les lignes, les stries, les reliefs se superposent en couleurs
douces et comme éclairées du dedans. Cette neige là n’est pas la nôtre,
immobile et feutrée. Elle rejoint dans le silence qui l’entoure, le mythe de la
création. Celui de tous les possibles. Jean Pierre
Otte « opère en état de
grâce » et par la même occasion, il nous offre un heureux moment
d’apesanteur… Colette Bertot |
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"La collection"
"Pays de neige"
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| Galerie Bastien-Art. 61 rue de la Madeleine. 1000 Bruxelles. | |
| Du mardi au samedi de 11h à 18h30. Le dimanche de 11h à 13h. | |
| Jusqu’au 2 mars 2003. |
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Bertot.
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