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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques de
Colette Bertot. Février 2003 De quoi je me mêle ? Reliures d'artistes et de créateurs contemporains. Une visite à la Bibliotheca Wittockiana |
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En fait de pérégrinations artistiques on ne pense pas souvent à pousser
une tête du côté de la Bibliotheca Wittockiana, un lieu sobre et magique tapi dans la verdure,
entouré de lierre, décoré – à l’entrée -
d’un grand livre de pierre dû au couple Kubach- Wilmsens annonçant la vocation du lieu imaginé par
Michel Wittock, un bibliophile passionné. Attiré très jeune par le livre « qui transmet la
connaissance », il collectionne des ouvrages anciens de généalogie et
d’héraldique. L’histoire de la reliure elle-même le passionne. Au fil du temps,
sa collection ne cesse de s’enrichir. Pour l’abriter, Michel
Wittock décide de
créer un écrin. Au même moment, il découvre l’attrait du XX° et l’évolution des
styles qui le caractérise : Art Nouveau, Art Déco, Art Figuratif, Art
Abstrait… de quoi alimenter l’imagination. Aussi confie – t –il – à des
relieurs contemporains le soin d’habiller des livres choisis pour la qualité du
texte, l’élégance de l’impression, la beauté de l’illustration. Outre les collections comportant des ouvrages datant de la Renaissance
à nos jours, la Bibliotheca Wittockiana
organise des expositions temporaires évidemment axées sur la reliure. Actuellement, pour répondre au critique français Octave
Uzanne qui décrétait en 1887 que « La Belgique n’est
pas le pays de la reliure ! » la Bibliotheca
relève le défi et répond à l’impudent « de quoi je me mêle ?… »
en présentant 22 créateurs belges contemporains offrant, chacun dans son style,
un étonnant panorama de reliures où se mêlent avec brio innovation et
tradition . L’innovation est ici à l’honneur. Elle réjouit l’œil et l’esprit tant
on devine à quel point elle a réussi à dépoussiérer un genre confit dans le
vieux cuir. C’est à Jo
Delahaut qu’on doit ce coup de balai régénérateur. Avant lui, il y avait bien sûr la qualité d’exécution, l’amour du
travail bien fait assurés, entre autres par les relieurs issus de La Cambre. Depuis, il y a aussi l’audace de quelques artisans réveillant les pages
jaunies et les dos éteints. La couleur se fait porte parole d’une approche différente. Elle saute
aux yeux, elle ose les contrastes, s’engouffre dans l’austérité du langage
abstrait. Elle investit des matériaux divers comme le papier, le bois, la toile
voire le caoutchouc se mariant dorénavant avec l’incontournable cuir ou le
remplaçant tout simplement. Les créations résolument contemporaines de ces artistes relieurs
donnent la mesure de leurs orientations personnelles. Marcel Louis
Baugniet, pionnier du
constructivisme, attaché à « la plastique pure » cultiva
toujours les variations sur les formes géométriques. On les retrouve ici ornant
les plats de sa reliure bleu outremer de 3 signes, le + en rouge, le – en
jaune, le zéro en bleu turquoise, éclatants de lumière et de vivacité. Jo
Delahaut, chantre de l’art abstrait
géométrique célébrant sans se lasser la lignes droite et les couleurs chaudes
habille de mauve, de rouge et noir les feuillets d’un sien catalogue. Ben Durant le bibliophile abrite les pages d’ Isabelle, de
Christian Dotremont, sous une reliure à pleine toile
d’un raffinement extrême. Le premier plat, noir et vert est incrusté d’un
calligraphique D majuscule en laiton incisé. Le deuxième plat, noir et rose
d’un design dépouillé contraste, et c’est le but, avec le classicisme de sa
moitié. Quant au Pierre
Aleschinsky de Michèle Grosjean, il est à l’image de cette artiste secrète pétrie
de culture et s’interrogeant sans cesse sur les mystères de la vie. Son
ouvrage, d’une noire sobriété s’illumine de l’incrustation d’une échelle
chromatique semblable à certaines strates rocheuses sur lesquelles dégringole
l’eau de source emportant au passage quelques effilochures de laine ou de fil.
On épinglera encore les reliures en papier artisanal d’Elise Delbrassine, les plats à décor de 24 carrés de couleur de
Victor Noël et bien d’autres. Quelques vitrines exposant des feuillets ouverts avec indications de
jeux de couleurs pour la typo aident à mieux comprendre le fascinant processus
de la reliure. Un seul regret… On aimerait, curieux ou indiscret, avoir la possibilité
d’ouvrir les ouvrages, d’en parcourir le contenu pour voir s’il est à la
hauteur du contenant… Colette Bertot |
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Ben Durant
Michèle Grosjean
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| Bibliotheca Wittockiana. 23 rue du Bemel. 1150 Bruxelles. | |
| Du mardi au samedi de 10h à 17h. | |
| Jusqu’au 15 mars 2003. |
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Bertot.
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