LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Françoise Bernardi.  Février 2003. 
   Gao Xingjian : le goût de l'encre.  
  
au Musée des Beaux-Arts de Mons.

 

La volonté de faire de Mons la capitale culturelle de la Wallonie se concrétise avec l’exposition Gao Xingjian. Le goût de l’encre.

Mieux connu depuis sa nobélisation en 2000, Gao Xingjian est un artiste aux multiples facettes : dramaturge (La fuite), romancier (La montagne de l’âme, Le livre d’un homme seul), traducteur et peintre. C’est cette dernière activité qui est mise à l’honneur à Mons avec la présentation de ses œuvres réalisées à l’encre de Chine.

Gao Xingjian, issu d’une famille aisée et ouverte sur la culture, a fait des études de lettres et devient traducteur en langue française. Il a connu la révolution culturelle en Chine, ses conséquences sur l’homme en tant qu’individu et sur sa liberté de pensée. Il sera envoyé cinq ans dans la campagne pour travailler la terre.

Ses écrits sont violemment critiqués en Chine où la littérature doit servir la nation et non être une expression individuelle. Gao, menacé, est accueilli comme réfugié politique en France à la fin des années 80 avant d’obtenir la nationalité française en 1997.

Gao, qui avait également travaillé la peinture à l’huile, abandonne son travail de la couleur, le trouvant inutile et faible par rapport aux riches palettes des artistes découverts dans les grands musées parisiens. Il décide alors de revenir aux techniques traditionnelles : encre de Chine, papier de riz, eau et pinceaux. Ce retour à la tradition lui permet d’affirmer librement son identité. Dans son travail artistique, Gao Xingjian traverse différentes étapes : de la violence au dépouillement pour finalement atteindre l’équilibre comme veut le souligner le parcours scénographique de l’exposition.

L’exposition nous présente le cheminement intérieur de l’artiste. Son travail sensible et profond est une recherche personnelle vers une meilleure connaissance de lui-même. Il est très important pour Gao Xingjian que l’art soit centré sur l’homme et sa propre sensibilité. L’artiste pour conserver son indépendance doit revenir à l’individu, aux sensations et aux sentiments personnels.

Tout le travail de Gao Xingjian se fait sur l’ombre et la lumière. Il décline ses noirs et ses blancs en nuances et progressions. C’est un art individualiste centré sur l’artiste, sur son état du moi et sa sensibilité. Ses œuvres nous mènent dans un monde de sensations et d’émotions. La réalité transposée est celle de l’âme, c’est son univers intérieur. Les silhouettes féminines se dessinent solitaires dans des paysages proches de l’abstraction. Des formes apparaissent telles des spectres comme dans Les ombres. On ne peut s’empêcher de voir des similitudes avec les œuvres de Spilliaert et Michaux dans la façon d’aborder cette technique particulière de l’encre.

Cette belle rétrospective de l’œuvre de Gao Xingjian est présentée en avant-première en Belgique avant de partir pour le Japon, l’Australie et d’autres villes européennes.

Françoise Bernardi,         
Historienne de l'art         


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Angoisse

 

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Idée de la neige

 

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Vers l'intérieur

 

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L'ombre

Musée des Beaux-Arts de Mons, Rue Neuve, 8  - 7000 Mons

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Le portrait 
de la violence

Du mardi au samedi de 12 à 18h et les dimanches à partir de 10h, 
fermé les lundis.
Exposition accessible jusqu'au 30 mars 2003.
Copyright © 2003 Mémoires et Françoise Bernardi. 
Tous droits réservés.

 

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