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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les
chroniques thématiques d'Olivier Duquenne - Décembre 2006 Le Beau et la Bête ou les métamorphoses de l'imagerie animalière Troisième partie : L'animal dans l'art moderne, suite |
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;; Le cas précis de l’oiseau chez l’Allemand Max Ernst est particulièrement évocateur. A un moment donné dans l’œuvre de cet artiste apparaît la figure mystérieuse d’un volatile nommé Loplop. Il sera même le sujet exclusif de toute une série de collages. Cet animal emblématique doit être envisagé comme une sorte de double psychologique de son créateur. Il est né du souvenir du perroquet bien aimé de son enfance, mort au moment où son père lui annonçait la naissance de sa petite sœur. Par la suite, il deviendra un symbole extrêmement ambivalent mêlant la maternité avec l’imminence de la catastrophe et de la mort. Ainsi
cette peinture intitulée ironiquement, L’Ange du Foyer datée de 1937.
Elle nous montre un monstre énorme à tête d’oiseau qui occupe toute
l’image de sa présence inquiétante. L’arrière fond du tableau est
constitué d’un ciel menaçant. Les critiques n’ont pas hésité à voir
dans cet effrayant ptérodactyle, la métaphore de la victoire de Franco sur les
républicains. L’oiseau exprime également les affres de la guerre et la
disposition de son corps évoque une croix gammée. Rien de moins ici qu’une métaphore
de la barbarie universelle. Salvador
Dali a toujours voué une réelle fascination pour les crustacés en tout genre.
Pour le peintre, ils présentent la caractéristique éminemment surréaliste de
porter leur squelette à l’extérieur et leur chair à l’intérieur. On
pense directement à son célèbre Téléphone Homard de 1936. Dali est
obsédé par la psychanalyse freudienne, et pour lui, tant les objets que les
animaux expriment les mystères de la frustration sexuelle. De son côté, Alexandre Calder a commencé sa carrière en travaillant le fil de fer. C’est ensuite que ses préoccupations de mouvement dans l’espace donneront naissance à ses fameux mobiles. Ces plaques de couleur en équilibre sur des tiges métalliques étaient articulées de manière à se déplacer au moindre souffle. Ces œuvres vont se révéler particulièrement appropriées pour saisir la grâce des bêtes comme les poissons ou les oiseaux.
Mais
le monde de l’art va bientôt connaître à nouveau de nombreux
bouleversements. A la fin des années 50 et durant toutes les golden sixties, au
moment où semble triompher successivement l’abstraction formelle, le Pop Art,
le Minimalisme et l’Art conceptuel, l’animal ne disparaît jamais totalement
du répertoire iconographique des artistes. L’Américain
Joseph Cornell fait partie de cette génération néo-dadaïste qui annonce déjà
le Pop Art. Son œuvre totalement autodidacte est très proche des surréalistes
et de Max Ernst. Au cours de diverses ballades il chine des objets, comme des
papiers, des photos ou des gravures. Il juxtapose ensuite le tout dans des cages
de verre. Ses fameuses boîtes (boxes) parlent de poésie, de
solitude et de réminiscence proustienne. On y retrouve souvent la figure de
l’oiseau comme métaphore du souvenir. Entre 1953 et 1954, Robert Rauschenberg imagine des Combine Paintings qui sont des tableaux collages qui associent sur des toiles divers éléments tels des photos, des journaux et quelquefois tout un bestiaire empaillé. L’une de ses œuvres intitulée Monogram (1959) présente une chèvre naturalisée tenue au milieu de son ventre par un vieux pneu. Outre
ses célèbres sérigraphies montrant Marilyn ou des boîtes de soupe Campbell,
le pape du Pop Art Andy Warhol a également exécuté un papier peint dont le
motif récurrent était la tête d’une vache. De l’autre côté de l’Atlantique, certains artistes du Nouveau Réalisme vont également exploiter l’imagerie animalière. La Française Niki de Saint-Phalle commence à peindre en 1951. Elle s’intéresse ensuite aux reliefs en plâtre et aux assemblages. Elle réalise alors à partir d’objets hétéroclites des sculptures de monstres, mi-animaux, mi-humains. Pendant des années, elle a formé avec Jean Tinguely un parfait tandem. Les machines folles de l’artiste suisse (les Métamatics) se confondent à merveille avec celles de Saint-Phalle. En 1982, la célébrissime Fontaine Stravinsky naît de leur collaboration. Placée juste en face du Centre Pompidou, c’est un bassin où l’on devine notamment un éléphant joyeux, un hippocampe surréaliste ainsi qu’un serpent hybride. L’animal reviendra également en force avec le mouvement de la Figuration Narrative. Artiste issu de cette mouvance, Gilles Aillaud a toujours consacré un vif intérêt pour les animaux de zoo. Dans ses peintures, on sent le respect pour l’animal sauvage privé de son milieu naturel et condamné à une cruelle vie sédentaire. L’affront fait à la bête se mue ici en réflexion plus générale sur le sadisme de l’univers carcéral. Quant
à Henri Cueco, il peint énormément de chiens dans les années 70. Son œuvre
s’inscrit dans un contexte de critique politique et sociale. Ses chiens, qui
sont souvent des chiens de garde ou de meute, expriment les forces répressives
de tous les régimes autoritaires L’Allemand Joseph Beuys a exprimé de façon particulièrement troublante la réconciliation entre l’homme et le monde animal. Lors de la Seconde guerre mondiale, l’artiste est grièvement blessé sur le front russe de Crimée. Recueilli in extremis par une tribu de Tatars, il est embaumé dans de la graisse et bandé de feutre. Plus tard dans son travail, il utilisera continuellement ces éléments comme symbole de "résurrection". Entre 1962 et 1974, il réalise de nombreuses performances qui ont pour but de nous unir à nouveau avec les forces de la nature. Tel un chamane, il s’enduit de miel et d’or pour parler d’histoire de l’art à un lièvre mort. Il n’hésitera pas à vivre avec un coyote sauvage pendant une semaine dans une galerie de New York… Olivier
Duquenne
A suivre : L'animal dans l'art d'aujourd'hui
Lien
vers l'introduction |
* Max Ernst
Alexandre Calder
Joseph Cornell
Niki de
Saint-Phalle
Gilles Aillaud
Joseph Beuys
Retirés
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