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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques
de Françoise Bernardi. Décembre 2006 Le monde de Franquin : l'humour comme expression de l'humanisme A l'Autoworld du Cinquantenaire à Bruxelles |
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;; Le Gaffophone à l’entrée de l’exposition donne le ton, le monde de Franquin est un monde teinté d’imaginaire, d’utopie, de surréalisme et pourtant terriblement ancré dans son temps. Cet instrument inspiré d’une pièce vue au Musée de Tervueren s’inscrit tout à fait dans la lignée des inventions de Gaston pour améliorer son quotidien et en faire le moins possible. Gaston Lagaffe est certainement le personnage le plus populaire créé par André Franquin (1924-1997). Cet anti-héros paresseux, inventeur loufoque, bricoleur, mélomane et gastronome est apparu dans le journal de Spirou en 1957. Il a une fonction d’homme à tout faire au sein d’une rédaction, celle du Spirou. Gaston permet à Franquin d’exprimer des sentiments personnels. Le créateur et son héros se confondent avec cette même imperméabilité au sérieux des adultes et aux règles établies. Gaston n’est pas sorti de l’enfance, il fuit le raisonnable. On retrouve quelques constantes au fil des différentes éditions de Gaston : le goût du déguisement et des inventions loufoques qui donnent lieu à toute sorte de gags. Gaston s’entoure de toute une ménagerie : une mouette rieuse, un chat, une vache, une tortue, une souris. Toujours en jeans avec son célèbre pull vert trop petit et des chaussures qui ressemblent à des pantoufles, Gaston aurait pu être un acteur de Mai 68. Mais Gaston n’est pas l’unique création de Franquin et l’exposition témoigne de la grande diversité de l’œuvre franquinienne à travers cinq autres thématiques : sa vie d’artiste faite de collaborations, les nombreux dessins et miniatures, Marsupilami, ses inventions et mécaniques, les Idées noires. André Franquin était un homme d’amitié. Roba, Jijé, Jean de Mesmaeker, Yvan Delporte, Jannin, Gotlib ou Bilal collaborent souvent avec lui, principalement pour le magazine Spirou ou plus tard pour le Trombone illustré, supplément hebdomadaire indépendant créé à la fin des années 70, en réponse au conservatisme du Spirou devenu trop contraignant pour Franquin. Le plaisir et la nécessité de dessiner pour Franquin sont évidents. Les nombreux croquis et esquisses exposés révèlent une véritable boulimie de travail. A partir de traits simples, Franquin aimait accumuler les détails sans pour autant surcharger son dessin. Je crains toujours de ne pas faire rire, alors j’ajoute et je rajoute des gags pour être sûr. Un album de BD doit être surprenant à chaque fois qu’on l’ouvre. Aussi je multiplie les gags, les petites feintes, les clins d’œil qui pourraient échapper à une première lecture et seront découverts plus tard ». Souvent opposé à la ligne claire d’Hergé, Franquin a développé une véritable richesse graphique. Il aimait faire évoluer son dessin et accentuer les traits pour se détacher du réel et parfois verser dans la caricature. Le Marsupilami est l’autre personnage très
populaire créé par Franquin, celui-ci témoigne des préoccupations écologiques
de l’auteur. Cet animal imaginaire sera pourtant assez vite abandonné (1969)
au profit des aventures de Gaston. Franquin était un inventeur, il aimait les mécaniques. Lorsque Gaston
invente une machine, je l’étudie auparavant pour être sûr que le lecteur ne
puisse rien détecter qui l’empêche de fonctionner. C’est avec un
certain plaisir d’enfant que l’on découvre ses différentes créations ici
en 3D : Mastigaston pour aider Gaston à
mâcher, castor scieur pour lutter contre les parcmètres, etc. Une partie plus sombre et étonnante dans la création de Franquin est l’album les Idées noires qui révèle toute la cruauté de la nature humaine dans un style très corrosif. La très grande liberté offerte par les deux magazines, le Trombone illustré et le Fluide glacial, a permis à Franquin de faire évoluer son travail vers un dessin très noir et plus en relief. Malgré le succès, Franquin arrête après le premier album. Cela devenait trop facile, il existe tant de choses négatives. Avec les Idées Noires, j’ai été frappé de la manière dont je pouvais déprimer les autres. A côté d’Hergé, André Franquin
est une figure emblématique de la bande dessinée belge du xxème siècle. Après
dix mois passé à la Cité des Sciences de Paris, cette grande exposition rétrospective
devait passer par la Belgique. Elle révèle les nombreux talents d’un artiste
profondément humaniste. Françoise
Bernardi,
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* N.B. :
malgré le traitement
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Le monde de Franquin, Autoworld, Parc du Cinquantenaire, 11 - 1000
Bruxelles |
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Tous les jours de 10 à 18h. |
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| Exposition accessible jusqu'au 15 avril 2007. |
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