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LA LETTRE MENSUELLE |
| Une
chronique d'Adrien Grimmeau. Décembre 2006 Eros et Thanatos, dieux omniprésents dans l'art De plusieurs expositions qui les évoquent à l'international |
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;; Le trophée du titre le plus original d’exposition revient ce mois-ci au Kunstmuseum de Berne, qui propose Six Feet Under. Bien qu’en fait il n’ait rien d’original, puisqu’il cite l’une des séries télévisées américaines majeures de ces dernières années, ce titre a le mérite d’attirer l’attention par la citation, à première vue racoleuse –à quand une expo Gladiator au musée du Cinquantenaire, Titanic dans un musée de la marine ou Star Wars dans un musée des sciences (à Paris par exemple) ?– mais qui révèle une thématique intéressante, capable d’attirer un large public de curieux : la mort. La mort, et son étrange opposé, l’érotisme,
sont au centre de quelques expositions visibles actuellement… Commençons
donc au musée de Berne, qui propose une "autopsie de notre rapport aux
morts". En parcourant diverses époques et civilisations (Europe,
Etats-Unis, Mexique, Chine, Inde, Ghana, …), Six
Feet Under analyse les différentes manières d’aborder la mort, très
souvent de manière rituelle. "Le refoulement, la catharsis, la désymbolisation,
la métaphorisation, l’invention de rituels de remplacement, la
neutralisation, l’humour noir et d’autres instruments semblables furent et
sont encore utilisés, sous des formes sans cesse renouvelées, pour venir en
aide à notre maladresse naturelle dans la rencontre avec l’idée de la mort et avec le corps
des morts".
Chez nous, l’on
pense à la Chute d’Icare de Pierre
Brueghel l’Ancien. A propos de catastrophe naturelle, relevons aussi
l’exposition De laatste uren van
Herculaneum, au Museum het valkhof à Nijmegen, qui rappelle une exposition
similaire organisée à Bruxelles il y a quelques années. Il
faut aussi évoquer Maritime Power. War
Journalism in the 17th Century, proposée au Rijksmuseum Amsterdam Schiphol :
Willem van de Velde l’Ancien (1611-1693) et Willem van de Velde le Jeune
(1633-1707) étaient spécialistes des peintures de batailles navales, qui
peuvent être considérées comme un exemple ancien de journalisme de guerre.
Bien que la mort ne soit pas au centre de ces œuvres, elle se trouve dans
chaque détail des images… Un peu plus éloignée de notre thématique, mais au sujet passionnant, l’exposition Anonymous. In the Future No One Will Be Famous, à Francfort (Schirn Kunsthalle). Nous ne perdons pas notre fil, puisqu’il s’agit ici en quelque sorte de la mort… de l’auteur. Le projet de cette exposition se base sur la phrase d’Andy Warhol "In the future everyone will be world-famous for 15 minutes". Ici, l’idée est qu’après la célébrité en question, tout le monde retournera dans l’anonymat. Il s’agit d’une vivifiante tentative de dénoncer la marché de l’art actuel, en refusant la théorie des noms prestigieux : pas question d’œuvres où les signatures sont plus importantes que les créations, d’expositions dont "les commissaires se sont transformés en impresarios".
A Francfort, les onze artistes internationaux, ainsi que le commissaire, restent
anonymes. Beau projet : passer par la mort de l’auteur pour attirer
l’attention sur son travail, et donc en quelques sorte lui rendre la vie… De
la dualité entre vie et mort. Presque Eros et Thanatos.
Si les deux thèmes sont effectivement souvent réunis, il est intéressant de noter que les manières de les aborder diffèrent. L’énumération relevée supra par le Musée de Berne concernant notre manière d’envisager la mort n’est guère observable dans les expositions présentées actuellement en rapport avec l’érotisme, qui abordent le thème plutôt frontalement. C’est
le cas de l’exposition Rodin. Les figures d’Eros, visible à Paris : les célèbres
dessins érotiques du sculpteur sont présentés dans le Musée Rodin. Leur
modernité, tant pour le fond que pour la forme, font de ses œuvres un pan non
négligeable de l’œuvre de l’artiste qui, en dessin, se consacra quasiment
exclusivement au nu féminin. Nous
reste à évoquer l’exposition Eros dans
l’art moderne, présentée à la fondation Beyeler. Le sculpteur français
était de la partie pour le premier chapitre de cette exposition présentée en
deux temps, et qui se consacra d’abord à Picasso et Rodin. Cette fois,
l’angle s’élargit, et l’on verra un panorama de plus de 200 œuvres, de
Bacon, Cézanne, Hockney, Khnopff, Munch, Picasso, Schiele, pour ne citer
qu’une petite partie de la séduisante affiche. Un siècle d’érotisme est
abordé. Hormis les surréalistes, qui furent souvent moins francs, le sexe
reste plus directement appréhendable que ne l’est la mort dans l’art…
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sur Edouard Manet
Karl Stauffer-Bern
Jean-F. Schnyder
Arnulf Rainer
Pain, Herculanum
Anonyme
Auguste Rodin
Egon Schiele
Jeff Koons |
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Six Feet Under - Autopsie unseres Umgangs mit Toten. Bern, Kunstmuseum, jusqu’au 21 janvier 2007. http://www.kunstmuseumbern.ch Visions du déluge. De la
Renaissance au XIXème siècle.
Dijon, Musée Magnin, jusqu’au 10 janvier 2007. http://www.rmn.fr
De
laatste uren van Herculaneum.
Nijmegen, Museum het valkhof, jusqu’au 18 mars 2007. http://www.museumhetvalkhof.nl
Maritime
Power. War Journalism in the 17th Century.
Amsterdam, Rijksmuseum
Schiphol, jusqu’au 27 février 2007. http://www.rijksmuseum.nl
Anonymous.
In
the Future No One Will Be Famous.
Frankfurt, Schirn
Kunsthalle, jusqu’au 14 janvier 2007. Rodin.
Les figures d’Eros.
Paris, Musée Rodin, jusqu’au 18 mars 2007. Eros
dans l’art moderne.
Basel, Fondation Beyeler, jusqu’au 18 février 2007. |
Louise Bourgeois
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