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LA LETTRE MENSUELLE |
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chroniques thématiques d'Olivier Duquenne - Novembre 2006 Le Beau et la Bête ou les métamorphoses de l'imagerie animalière Deuxième partie : L'animal dans l'art moderne |
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;; Lorsque Théodore Géricault peint un cheval, c’est une bête fière et impulsive
qui s’éloigne fort de l’animal calme et hautain cher à l’idéal classique. Les
lions, tigres ou serpents d’Eugène Delacroix sont de redoutables bêtes
sauvages. Le Romantisme confère à l’animal d’intenses passions et le place la plupart
du temps dans des situations dramatiques. Le plus important sculpteur animalier de cette époque est probablement Antoine Louis Barye. Un artiste qui aujourd’hui se distingue surtout par sa grandiloquence théâtrale. Ses lions, chevaux, loups ou cerfs sautent furieusement, se battent à mort ou se dévorent sans pitié. Barye était un artiste proche du pouvoir. En 1833, le roi Louis-Philippe lui fait l’honneur d’une commande d’envergure pour le jardin des Tuileries. Le sculpteur réalise alors son fameux groupe Le Lion au serpent, célèbre allégorie de la monarchie écrasant la sédition après les émeutes de 1830. Les sculptures animalières du XIXè siècle se caractérisent souvent par un incroyable sadisme.
Outre son lion qui écrase un serpent, Barye a notamment sculpté un Jaguar
dévorant un lièvre, un Cheval attaqué par un tigre ou un Python
étouffant un gnou. Il n’hésitera pas à recourir aux situations les plus
invraisemblables comme ce Singe qui chevauche un gnou comme un jockey
aux courses. L’influence
de Barye sera considérable sur nombre de suiveurs qui malheureusement tomberont
souvent dans le pathos. Signalons toutefois Emmanuel Frémiet avec son Gorille
enlevant une femme. Une récente exposition en Australie a vu dans cette
sculpture l’une des origines du célèbre King Kong. Isidore Granville fut l’un des plus célèbres illustrateurs de la moitié du XIXè siècle. Véritable météore de l’histoire de l’art, il meurt à 44 ans seul et éloigné de tous dans un asile d’aliénés. Ses planches satiriques, qui mettent en scène des animaux, sont des attaques virulentes contre la Monarchie de Juillet. Le ministre Adolphe Thiers en personne exigea que l’on censure ses dessins. Granville illustra Swift, Defoe et bien sûr La Fontaine. Ses œuvres d’inspiration fantastique présentent des créatures étranges, sortes de métamorphoses d’êtres humains, de plantes et d’animaux. Certains de ses dessins font penser à ceux que John Tenniel réalisera plus tard pour les illustrations d’Alice aux Pays de Merveilles. Il fut considéré par André Breton comme l’un des précurseurs du mouvement surréaliste, et Walt Disney n’hésitera pas à s’inspirer de son œuvre pour ses différents long-métrages. Au début du XXè siècle, la fascination de l’exotisme pousse les artistes animaliers à oublier la grandiloquence pour la stylisation. Avec le Fauvisme et l’Expressionnisme, les artistes s’inspirent de l’art africain ou océanien, et l’on note un regain d’intérêt pour la gravure sur bois. Franz Marc sera l’un
des principaux piliers du mouvement expressionniste Der Blaue Reiter.
Influencé par le Cubisme, le Futurisme et l’Orphisme, Marc confère à sa
peinture une aura poétique et mystique. Mais si son ami Kandinsky se tourne
vers l’abstraction lyrique, lui restera fidèle à l’imagerie animalière toute sa
vie (il meurt à Verdun en 1916 à 36 ans). Si au début de son travail, l’animal
symbolisait les puissances de la nature, il deviendra vite par la suite le
messager du monde spirituel. Au
moment où l’abstraction bouleverse les assises de l’art traditionnel, nombre
d’artistes vont utiliser la figure animalière pour contrecarrer les vieux
poncifs académiques. On trouve des poissons chez le sculpteur Henri Laurens et
des oiseaux chez Ossip Zadkine. Il est franchement étonnant de constater que le
chef-d’œuvre de la sculpture cubiste est en fait un animal !! Il s’agit du
Cheval de Raymond Duchamp-Villon. Le sculpteur a opéré ici une
fascinante synthèse entre la bête et le cheval vapeur. Belle rencontre
fusionnelle entre le monde ancien du cheval et l’univers contemporain d’une
machine filant à toute vitesse. Suite à ses expériences relatives au collage et à l’assemblage, Pablo Picasso a réalisé lui aussi d’étonnantes sculptures d’animaux. Ainsi La Chèvre, La Grue ou La Guenon sont des œuvres réalisées à l’aide d’objets hétéroclites tels une pelle de plage, un panier d’osier, un robinet ou des jouets d’enfants. Sa fameuse Tête de taureau est construite à partir d’une selle et d’un guidon de bicyclette. A côté de toutes ces innovations, l’Ours blanc de
François Pompon peut sembler bien fade. Pourtant sa bonhomie continue encore
aujourd’hui de séduire un large public. Cette sculpture de 2m 50 de long a été
révélée au Salon d’Automne de 1922. Pompon a travaillé avec Rodin, et
connaissait visiblement la sculpture égyptienne ou romane. La tête pointue de
cet ours polaire contraste avec les rondeurs pataudes du reste de son corps.
L’animal est saisi dans un mouvement qui détermine sa forme. C’est le caractère
de la bête qui intéresse Pompon et non son rendu naturaliste. Mais pour ce qui est de saisir l’essence de l’animal, difficile de rivaliser avec les œuvres du roumain Constantin Brancusi. Arrivé à Paris en 1904, sa sculpture hésite d’abord entre le Symbolisme et le style de Rodin. Pourtant dès 1908, il se montre incroyablement révolutionnaire. Il se tourne vers les formes les plus épurées qui expriment la structure essentielle de la bête. On reconnaît quelquefois dans ces pièces presque abstraites des phoques ou des poissons. Brancusi a une affection particulière pour les oiseaux. Fasciné par la
sensation dynamique, le sculpteur a avoué ne pas vouloir "faire des
oiseaux mais des envols". A ce titre son Oiseau dans l’espace est
une œuvre exceptionnelle. Dans les années 1920, Alberto Giacometti est à Paris. Il rencontre Aragon et Breton et adhère pour un temps au mouvement surréaliste. Le sculpteur façonne d’étranges pièces qui évoquent des idées de violence, de sexe et de mort. Son œuvre en bronze intitulée Femme égorgée est l’une des plus angoissantes. Nous pouvons y voir une mante religieuse, un accouplement d’insectes ou une carapace déchiquetée. Dans cette sculpture fascinante se confond l’érotisme noir, le meurtre et le festin anthropophage. Les artistes se tourneront bientôt vers le rêve, les écrits de Sade ou les théories de Freud pour donner à l’image animalière un second souffle…. (A suivre...) Olivier
Duquenne
Lien
vers l'introduction |
* Théodore Géricault
Louis Barye
Emmanuel Fremiet
Isidore Granville
Franz Marc
R. Duchamp-Villon
Retiré
:
Constantin Brancusi
Alberto Giacometti |
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