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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques
de Françoise Bernardi. Novembre 2006 Sisyphe - Le Jour se lève : illustration d'un mythe Au MAC'S du Grand Hornu |
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;; Puni par les dieux pour les avoir défié, Sisyphe fut condamné à pousser une lourde pierre en haut d’une montagne et de la voir sans cesse redescendre à peine arrivée au sommet. Laurent Busine, directeur du Mac’s, a pris ce mythe pour thème de sa nouvelle exposition. A partir d’une sélection rigoureuse et minimale (seulement huit artistes sont exposés), Sisyphe, le Jour se lève aborde la notion du temps et de la place de l’artiste : que peut-il encore nous dire qui n’ai pas été dit, quelle matière, quelle technique peut-il encore utiliser après tant de siècles de pratique artistique ? Laurent Busine répond de la manière suivante : c’est le besoin, voire la nécessité vitale d’affirmer sa singularité. L’exposition
s’ouvre avec les photographies très sombres de Dirk Braeckman
(Belgique, 1958) aux sujets parfois illisibles. L’artiste dévoile autant
qu’il dissimule, il nous montre des instants volés rendus abstraits par un
traitement quasi monochrome de la photographie. Cette série a été commandée
par Laurent Busine pour cette exposition tout comme le Senza
Fine de Giulio Paolini (Italie, 1940) qui présente
une accumulation de cadres et de lignes convergentes sur toute la surface d’un
mur. L’artiste interroge la signification même de l’art et de ses
composants : où commence l’œuvre, est-ce que la surface d’exposition en
fait partie ? Littéralement très proche de Sisyphe, Francis Alÿs (Belgique, 1959) présente une vidéo d’un jeune garçon shootant inlassablement dans une bouteille vide dans les rues de Mexico. L’œuvre se trouve parfaitement intégrée dans le musée entre ses deux grandes rampes d’escaliers qui font écho aux rues pentues de Mexico. Jonathan Monk (Grande-Bretagne, 1069) nous laisse entrevoir une Seconde d’éternité, un néon vert imprime toutes les secondes ces mots au mur. Après cette évocation du temps fragile et fugace, on pénètre dans une grande salle remplie de photographies en noir et blanc de Hans-Petre Feldmann (Allemagne, 1941). Ces images symbolisent une ligne du temps, chacune nous montre des personnes à des âges différents de 8 mois à 100 ans. C’est vertigineux, en un coup d’œil, on peut voir défiler tout un siècle. On s’attarde sur la photo correspondant à son âge, on peut voir le chemin déjà parcouru et celui qu’il reste (peut-être) encore à faire. Les photographies présentent chaque personne dans son environnement quotidien, il n’y a pas d’artifice, ce qui les rend d’autant plus touchantes et proches de nous. Le titre donné à chaque cliché est simplement l’âge de la personne photographiée. En
face de cet ensemble est posée une pierre monolithique. Maurice Blaussyld
(France, 1960) n’a pas crée cet objet, il l’a posé là avec la volonté de
susciter la réflexion. Cette lourde pierre bleue usée par les lavandières évoque
la vie, le travail maintes fois répété mais aussi la mort puisqu’elle est
posée là tel un autel sacrificiel ou une stèle funéraire. En
annexe, On Kawara a déposé plusieurs gros tomes de
One Million Years. Future-For
the last one. Il
s’agit d’un travail obsessionnel sur le temps où chaque page des différents
volumes répertorie 500 années sous forme de liste de chiffres. Dans la dernière salle, on se trouve face à l’œuvre maîtresse de cette exposition, celle qui en a inspiré le thème : Sisifo de Luciano Fabro (Italie, 1936). Au milieu de cette grande pièce vide, un cylindre de marbre roule sur un lit de farine. Un homme nu, Sisyphe ou autoportrait de l’artiste, est gravé dans le marbre, il s’apprête à recevoir le poids du rocher. Fabro, tel Sisyphe répète ses gestes et résiste aux pressions imposées par la société ou le monde artistique. Il accomplit son travail parfois au prix de nombreux efforts. Dans
un cadre très dépouillé, chaque artiste évoque le temps : quotidien,
cosmique ou existentiel. L’homme et l’artiste ne peuvent exister qu’en
posant des actes même si ceux-ci ont déjà mille fois été répétés. Le
besoin est là, vital et essentiel. Françoise
Bernardi,
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Luciano Fabro
Hans-Peter Feldmann
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Mac’s,
Musée des Arts Contemporains, site du Grand-Hornu, |
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De 10 à 18h, fermé le lundi. |
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| Exposition accessible jusqu'au 14 janvier 2007. |
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