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LA LETTRE MENSUELLE |
| Les
chroniques thématiques d'Olivier Duquenne - Octobre 2006 Le Beau et la Bête ou les métamorphoses de l'imagerie animalière Premier volet : introduction |
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;; Totem des tribus primitives, il était l’image vectrice de rites magiques. C’est chez les Indiens d’Amérique du Nord que l’on a commencé à étudier les croyances totémiques. Le mot était employé par les Algonquins, une tribu originaire du Canada. Une fois en transe, le Chaman pouvait communiquer avec ce "dieu ancêtre". Nos aïeux pensaient que l’animal totem était fortement chargé de mana. Ce terme, d’origine mélanésienne, désignait une redoutable force spirituelle source de nombreux tabous. Chez les Amérindiens et les Bororos du Brésil, l’âme était perçue comme étant un ours, un oiseau, un cerf, un lézard, un serpent ou une abeille. A la mort de l’individu, elle reprenait sa forme originelle et réintégrait le corps d’une bête. Dans le
panthéon égyptien, on décèle de nombreuses réminiscences du totémisme. Beaucoup
d’animaux sacrés étaient honorés à travers tout le pays. On raconte que le Perse
Cambyse, voulant conquérir l’Egypte, eut l’idée machiavélique de placer devant
ses soldats des chats et des ibis empêchant ainsi toute riposte. Hérodote affirme
avoir vu des crocodiles aux oreilles et pattes antérieures parées de bijoux.
Les dieux égyptiens étaient zoomorphes, Hathor avait une tête de vache, Anubis
une tête de chacal, Horus une tête de faucon, Bastet une tête de chat et
Sekhmet une tête de lionne. Sans parler du taureau sacré Apis. Ce peuple
zoolâtre n’hésitait pas à momifier chats ou crocodiles. Pour les Germains, le corbeau était voué au dieu Odin, certains chevaux rendaient des augures et les hommes pouvaient se transformer en loups-garous. C’est sous la forme d’un éléphant blanc que le Bouddha entra dans le sein de sa mère. Et si la vache est sacrée en Inde, c’est qu’elle est consacrée à Lakshmi déesse de l’amour et épouse de Vishnou le Bienheureux. Les
récits de la Grèce antique fourmillent d’animaux fabuleux. Pensons à Pégase, le
cheval ailé ou Cerbère, le chien des enfers. Les Erinyes étaient d’hideuses
femmes oiseaux, et le Minotaure un homme à tête de taureau. Quant au Sphinx,
c’était une créature à tête de femme, au corps de lion, avec des ailes d’aigle.
La mythologie grecque se distinguait aussi par sa remarquable lubricité zoophile.
Ainsi les métamorphoses de Zeus en taureau, cygne ou aigle lui garantissaient
un succès imparable auprès des femmes. Nombre de figures historiques, religieuses ou
emblématiques perdraient bien de leur lustre sans leur familier ! Peut-on
imaginer Alexandre le Grand sans son cheval Bucéphale, ou saint Jérôme sans son
lion ? Même chose pour saint Antoine avec son cochon et que penser d’Hannibal sans ses éléphants ? L’art ancien a souvent traité la figure animale avec plus d’égards que la figure humaine. Aujourd’hui, ce n’est pas uniquement pour sa beauté que l’animal continue de nous fasciner mais bien par un reste inconscient de mentalité magique. Lorsque les scouts ou les équipes sportives se donnent des noms d’animaux, ils renouent avec l’impulsion originelle de se choisir un totem. Encore aujourd’hui, les effigies d’animaux sont des signes si puissants qu’ils servent à désigner des lieux, des pays voire des produits publicitaires. Pensons au coq français, à l’ours russe ou aux anciennes réclames de la Vache qui Rit. Pendant des siècles, l’art et la littérature vont
s’emparer de l’animal et retourner son imagerie dans tous les sens. Citons les
fables d’Esope, de Phèdre ou de La Fontaine. Le Roman de Renart, ensemble de
contes où
le rusé Goupil
s’oppose
au loup Ysengrin, est devenu un classique.
Les contes d’Andersen, avec notamment son vilain petit canard, représentent une
source inépuisable d’inspiration pour nos dessins animés. Les films d’animation
japonais regorgent d’animaux bigarrés, Mickey est devenu un mythe planétaire et
Winnie l’ourson une vraie superstar. Aujourd’hui on ne compte plus les productions cinématographiques ou les séries télévisées avec des héros à quatre pattes. A ce titre, l’anthropomorphisme animal des films de Walt Disney est notoire. Comme les fables d’antan, les cartoons expriment à travers la vie des bêtes nos propres particularités. Si le loup de Tex Avery contourne avec autant d’humour les tabous de son époque, c’est pour mieux révéler le caractère irrépressible de la libido humaine. Outre les explications de type psychologique, on peut déceler dans certaines disciplines scientifiques du passé cette obsession pour l’anthropomorphisme animalier. La physiognomonie, qui remonte à l’Antiquité, avait pour but de définir l’âme d’un homme par l’étude interprétative des traits de son visage. Elle procédait notamment par l’analyse comparative des physionomies de l’humain et de l’animal. C’est Charles Le Brun, peintre de Louis XIV qui en plusieurs centaines de croquis donna à cette pseudo-science ses lettres de noblesse. Ses croquis recherchent ce qu’il y a d’animal dans les traits humains et inversement. Jusqu’au XIXè siècle, la physiognomonie trouva des défenseurs ardents. Bien que tombée en désuétude, elle aura une influence certaine sur le mouvement romantique. Elle trouvera même un étonnant prolongement dans l’art de la caricature. Granville, Doré et Cruikshank s’amuseront à rapprocher avec beaucoup d’ironie, l’homme et l’animal….. Olivier
Duquenne
Lien
2e partie : Art animalier et art moderne, I |
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Papyrus d'Hounefer
Charles Le Brun
Tex Avery
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