LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Septembre 2006 
  Vies de femmes, entre Louvignies et Lessines : parfums d'antan
  
Château de Louvignies et Hôpital Notre Dame à la Rose de Lessines 

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Louvignies

Chaque été, le métronome du temps, s’arrête au château de Louvignies dont les propriétaires, les infatigables baron et baronne de Moreau de Villegas, se font un point d’honneur à organiser une exposition à thème, de belle qualité, mettant en valeur et leur patrimoine et celui de la région.

Le château, typique du XIX° siècle est entouré d’un parc paysager à l’anglaise dessiné par Louis Fuchs et dont les arbres, somptueux, font partie des plus grands sujets de Wallonie. S’y balader entre la glacière d’époque et l’orangerie où on verrait bien s’organiser une fête rêvée par le Grand Meaulnes est un vrai bonheur.

Au château, le temps semble s’être arrêté. De pièce en pièce, flotte un parfum du Passé et l’on célèbre, en cet été 2006, "Cent ans de vie de femmes" car elles ont régné en maître(sse) en cette demeure aux charmes surannés.

L’exposition s’est inspirée de trois séries d’agendas relatant la vie de trois châtelaines, de 1859 à 1961. Vies bien remplies mais enviables tout de même quand on songe que les préoccupations essentielles de ces gentes dames –calligraphiées dans leurs carnets– se résumaient à la pratique religieuse, à leurs déplacements et voyages, à la nomenclature des personnes qu’elles reçoivent ou chez qui elles sont reçues, aux évènements mondains, aux soirées musicales, aux lectures au salon (maudite soit la TV qui nous cloue au fauteuil et à la médiocrité !) sans parler des œuvres sociales et caritatives auxquelles elles participent ou qu’elles créent.

Portraits et photos évoquent une vie à la fois si proche (dans le temps) et si lointaine (dans l’esprit) de la nôtre.

Ferdinande, au port altier, née en 1845, fut remarquable maîtresse de maison et excellente pianiste.

Maria, sa fille aînée -belle prestance, étole vaporeuse et canotier de guingois– femme du monde et femme de lettres, fut engagée volontaire au front de l’Yser et se révéla courageuse et héroïque.

Albertine, sa fille cadette, décédée en 1971, visage couronné d’une chevelure abondante, fut voyageuse émérite préparant, ses agendas en témoignent, de nombreuses expéditions faites Baedeker à la main et Kodak à l’épaule. Le maintien du domaine fut son principal souci. Et comment ne pas associer à cette belle lignée féminine, Anna ( 1894-1974) la dernière cuisinière du château, véritable cordon bleu régnant sur toute la domesticité et qui, au fil du temps, fera partie de la famille..

De chambres en vitrines, on découvre sous-vêtements coquins et charmants comme ces culottes ouvertes ou ces pantalons pudiquement appelés "tuyaux de la modestie". D’autres contraignants comme ces corsets qui mutilent (et dont Coco Chanel nous délivrera). Ces robes élégantes de satin et de brocart faisant la part belle aux dentelles, paillettes et perlouzes. Et puis chapeaux, aigrettes, gants, réticules, éventails et face à main évoquent un passé froufroutant que n’aurait pas renié Proust.

Notre Dame à la Rose

Même région. Autre lieu… Autres dames !

Honte à nous, nous ne connaissions pas l’Hôpital à la Rose de Lessines. Ce site hospitalier, autarcique complet, est un témoin rare du mode de fonctionnement des hôpitaux du Moyen-Age. Il avait sombré dans l’oubli jusqu’à la fin des années 80. Il aura fallu 10 ans de courage et d’acharnement à une poignée de bénévoles pour sauver ce chef d’œuvre. Ses bâtiments forment un harmonieux quadrilatère autour du cloître et de son petit jardin datant du Moyen-Age mais réaménagés entre le XVI° et le XVIII° siècle par des prieures souvent issues de la noblesse et de la bourgeoisie.

Etonnantes prieures (mains de fer, gant de velours) dont les visages pour le moins expressifs donnent la mesure de l’autorité qui leur filait entre les doigts !

Alix de Rosoit, la fondatrice, veuve d’un grand bailli de Flandres, figée dans la dignité. Jeanne Duquesne, prieure de 1621 à 1661, issue d’une famille aisée, qui lèguera à l’institution des œuvres de qualité exceptionnelle. Charlotte Carton, prieure au XVII°, à la fois digne et humble. Marie Rose Carouy, prieure en 1921 et "pharmacienne" de renom puisqu’elle prépare pour la première fois l’helkiase, fameux onguent contre les affections de la peau qui fera la fortune de l’établissement ! A son propos, une anecdote raconte qu’un de ses neveux faisait partie de la bande à Bonnot !

Les œuvres d’art rassemblées par ces saintes femmes font de l’Hôtel Dieu de Lessines un joyau où le visiteur découvrira des trésors de grande valeur. Des ouvrages anciens. Des reliquaires. Des statuettes polychromes. Des portraits. Des retables. Une pharmacie complète datant du XIX° siècle avec son mobilier, ses fioles, ses remèdes et… une panoplie d’instruments chirurgicaux à faire frémir…De la trousse de trépanation, à la scie d’amputation, en passant par les clystères et autres instruments à saignée.

Des vies de femmes et des lieux qui méritent une visite presqu’automnale.

    Colette Bertot         
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Louvignies

 

 

 

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Louvignies

 

 

 

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Lessines

-Château de Louvignies. Chaussée N.D. Louvignies. Par Soignies.
Ouvert le dimanche après midi de 14h à 18h. et sur RV. 
Tel. 067/41.04.19.
 

 

-Hôpital Notre Dame à la Rose. Lessines.
Ouvert, samedi, dimanche et jours fériés de 14h à 18h. 
Tel. 068/ 33.24.03.

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