LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Juillet 2006 
  Christophe Carlier... L'appel de la forêt : mythes et mystère
  
A la Galerie 2016 de Bruxelles 

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L’exposition de Christophe Carlier très –un peu trop– colorée à notre goût fait songer à des souvenirs d’enfance enfouis au plus profond de la mémoire.

Né en 1978, formé à l’atelier de peinture des Beaux-Arts de Tournai, il enseigne aujourd’hui la peinture à l’Académie Constantin Meunier d’Etterbeek.

Adolescent il aimait, paraît-il, participer à des jeux de rôle surtout s’il s’agissait de chevaliers ! Il voyage aussi du côté de l’Ecosse dont les mystères le fascinent. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner l’attrait suscité sur l’artiste par la civilisation celtique qui a laissé bien des empreintes, des rivages de l’Atlantique jusqu’aux Carpates.

C’est par la peinture que Christophe Carlier va tenter d’approcher 3les mythes fondateurs de la pensée occidentale3.

Il n’est pas encore artiste reconnu. Il n’a pas 30 ans et pose déjà solidement ses marques sur le chemin de symboles rarement explorés.

Avec une indéniable sincérité, pas la moindre trace de tricherie dans ce travail, il part à la rencontre de ses rêves, avec la forêt en toile de fond. Non pas la forêt plantée par l’homme pour raison économique mais la forêt majestueuse où, jadis, les paysans allaient ramasser leur bois ou conduire leur troupeau. Jouant les intermédiaires entre le monde souterrain et le monde céleste, cette forêt-là est dense, angoissante, traversée de senteurs humides et tellement porteuse d’imaginaire qu’elle impressionne.

On sent bien qu’elle est rentrée dans le domaine de l’Histoire et, pour l’apprivoiser, Christophe Carlier met en place des structures qui lui sont propres.

Avec d’étranges transparences de verts et de bleus intenses, il invente des forêts prétextes qu’il intitule : "Les bois sacrés", trois toiles à la fois semblables et différentes qui pourraient bien ressembler à la bretonne forêt de Brocéliande où se perpétue la légende de la Table Ronde. Les arbres enchevêtrés frisent le fantastique et en scrutant leur profondeur, il faudrait peu de choses pour qu’on devine la silhouette de Merlin enfermé dans son cercle magique.

De Brocéliande aux pierres levées, il n’y a qu’un pas, franchi par l’artiste avec aisance. "Dolmen", "Le menhir des pucelles", "Trilythe" attestent d’une irrépressible passion pour le mystère des mégalithes aux formes variées et d’un sérieux travail de la matière picturale pour que le minéral se mue en poème coloré.

Carlier pose l’acryl et le vinyl par strates sur la toile, y introduit collages, griffures et transparences qui font songer à des fresques anciennes qu’un orage tellurique aurait plaquées sur le support. Dans la même lignée, les pierres de  "Stonehenge", lugubres comme des chambres funéraires, apparaissent dans un halo de lumière ponctué de quelques touches de jaunes et de rouges.

Quand le rouge démange le pinceau de l’artiste, le chaos s’installe en un bousculant désordre où s’entrechoquent avec violence de petits hommes bleus, une éblouissante lumière venue d’ailleurs et des coulées de lave rouge emportant sur leur passage toutes les incertitudes du monde. Ce "Voyage à Caer Sidi ou la chute" est terrifiant de silence.

Parfois l’artiste quitte l’univers des celtes, encore tant inexpliqué, pour en revenir à notre bonne vieille antiquité. C’est Narcisse - pauvre Narcisse, intemporel vaniteux– qui se regarde dans le miroir des eaux et n’y voit qu’une trouble image.

L’atmosphère spirituelle et secrète générée par la peinture de Christophe Carlier ressemble à un cri dans la nuit, une interrogation, un exercice de style en mouvement dont on ne sait trop ce qu’il cherche ni où il aboutira.

    Colette Bertot         
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Christophe Carlier

 

 

 

 

 

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Christophe Carlier

 

 

Galerie 2016. 16 rue des Pierres. Bruxelles.  

 

Du jeudi au dimanche de 13h à 18h30.  

Exposition accessible jusqu'au 16 juillet 2006.

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