LA LETTRE MENSUELLE

Un article de Vera Lewijse.  Mai 2006 
  Une étonnante collection permanente
  
Au Musée Royal des Beaux-Arts d'Anvers

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Le musée a procédé à une r
éorganisation de la collection permanente du 17ème - 19ième siècle. Désormais, une nouvelle présentation en huit salles par huit ensembles :

Le monde et le rêve du citadin : vues de villes de Abel Grimmer et de Gerrit Berckheyde, intérieurs d’églises de Pieter Neefs et de H. C. Van Vliet, de l’art dans l’art, tel que dans Le Cabinet d’Art de Sébastien Leers, des natures mortes de J. Breughel, W. Van Aelst et de A. Steenwinkel;

La peinture de genre : illustrant la différence sociale dans la société ; la signification et l’importance de Adriaen Brouwer dans l’œuvre de A. Van Ostade, D. Teniers, J. Steen et Joos van Craesbeeck;

L’atelier de l’artiste : des peintures, bozetti et modelli de A. Quellinus, D. Rijsbrack, et de P.P. Rubens et de Jacob Jordaens;

Deux visions ‘naturelles’ sur le paysage : Le réalisme Hollandais et le pleinairisme du 19ième, Salomon et Jacob van Ruysdael et Henri De Braeckeleer;

Le chant du cygne de l’idéal classique : la sculpture académique de August Kiss, Eugène De Bay et Jozef Geefs;

Le Salon comme miroir de la diversité artistique au 19ème siècle et des exemples de la sentimentalité dans l’art avec W. Bouguereau, A. Cabanel, L. Alma-Tadema, A. Stevens, J. Van Beers, e.a.

Le naturalisme de Constantin Meunier, Léon Frédéric…

L’histoire du musée : de l’Ancien Régime et le mécénat des grands collectionneurs jusqu’à la fondation de l’institution.

Il n’est pas évident pour un musée d’étonner et de fasciner à chaque fois ses visiteurs. Il n’est pas évident d’organiser quelques fois par an un événement dispendieux autour des noms connus qui attirent la foule en masse. De nos jours les musées sont considérés comme toute autre entreprise, comme un organisme justifiant son existence sur base de ses profits, de ses revenus et du nombre de visiteurs.

Les réserves de notre patrimoine cachent des trésors qui n’ont plus vu le jour depuis des années, pour ne pas dire presque des siècles : quand on est mort le temps passe vite ! Une foule de peintres sont devenus obscurs ou oubliés. Oubliés, donc inconnus. Le stockage et l’entretien, la restauration et la parure pour l’exposition d’un tableau ou d’une sculpture représentent un somme considérable de travail. 

En organisant des expositions autour des pièces de la collection permanente mais moins connues du public, toutes les oeuvres ont peu à peu l’occasion d’être exposées. Ainsi le musée parvient-il chaque fois à émerveiller ses ‘clients’ dans les limites de ses budgets.

Longtemps l’habitude fut d’arranger les salles selon la chronologie de l'histoire de l’art, ou par style artistique. De plus en plus, l'accent est maintenant mis sur ‘la confrontation’. Dans cette confrontation est soulignée, comme c’est le cas dans cette nouvelle disposition, la manière dont les artistes du dix-neuvième sont tributaires de leurs prédécesseurs du dix-septième siècle. La nouvelle présentation disposée par sujet en huit salles, donne au spectateur la compréhension de la manière dont un sujet se développe et a été traité par différents peintres sous l’influence de la perception d’un univers en pleine transformation.

Ceci devient très clair en regardant les oeuvres dans la salle D, avec des natures mortes et des peintures que présentent les cabinets d’art. Durant le dix-septième siècle, la demande pour les natures mortes s’accrut fortement. En outre, l’approche se différenciait par région. Dans les Pays-Bas méridionaux, sous l’influence de l’Eglise catholique, les scènes de marché et de cuisine, les bouquets de fleurs ou les sujets religieux auréolés de guirlandes avaient souvent une double signification, ils cachaient une moralité.

Dans la République, les natures mortes de fruits, de collations et de déjeuners furent très prisées. Le cardinal italien Federico Borromeo collectionnait les tableaux de bouquets de fleurs qui lui remémoraient l’odeur des fleurs fraîches.

Voici le texte (uniquement en Néerlandais et en Italien) sur le panneau mural :

Jan I Brueghel au Cardinal Federico Borromeo, 14 avril 1606
Sans pour cela avoir reçu une commande, j’avais commencé pour Votre Altesse Sérénissime, un bouquet de plusieurs fleurs qui est devenu très beau, tant pour le naturel que pour la beauté et la rareté des diverses fleurs dont plusieurs n’ont encore jamais été vues dans cette région et, pour cette raison, j’ai été à Bruxelles pour représenter d’après nature quelques fleurs qui ne se trouvent pas à Anvers.

Etonnant, n’est ce pas, qu’à cette époque à Bruxelles, il y eût des fleurs inconnues 50 km plus loin !

La collection du musée reflète plutôt le goût et les préférences des amateurs d’art régionaux et locaux depuis le seizième siècle, sans pour cela négliger la production artistique européenne, comme en témoigne la présence de Fouquet, le Titien ou Modigliani. C’est pour cette raison qu’une salle est réservée à élucider l’histoire du musée fondée en 1810 sous le nom ‘Musée de l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers’. 

Avec une attention spéciale pour le mécénat de donateurs tel le légat Van Ertborn, bourgmestre d’Anvers de 1817-1828. Sa collection riche en tableaux des Primitifs Flamands, et des autres maîtres Flamands, Hollandais, Allemands et Français forma la base de la collection de l’art ancien du Musée. Dans cette salle l’attention a aussi été portée à divers collectionneurs tel que François et Charles Franck, qui ont donné au Musée des oeuvres de J. Ensor, J. Smits, Permeke et Chagall, et le mécénat de Cléomir Jussiant, le président de la Chambre de Commerce et d'Industrie à l’époque de Léopold III.

Le point culminant de la donation se situe dans la période 1880-1940. D’une grande importance et influence fut la ‘Vereniging Kunst van Heden’, fondée le 1er mars 1905 dans la maison de Louis Franck, qui plus tard deviendra Ministre d’Etat. Cette société à été active jusqu’au 1959 et se proposait de propager l’art ‘vivant’ et d’organiser des échanges internationaux.

Une surprise agréable est la salle O avec des sculptures. Au mur un texte de Charles Baudelaire:

Le salon de 1846. Pourquoi la sculpture est ennuyeuse

C’est en vain que le sculpteur s’efforce de se mettre à un point de vue unique ; le spectateur, qui tourne autour de la figure, peut choisir cent points de vue différents, excepté le bon, et il arrive souvent, ce qui est humiliant pour l’artiste, qu’un hasard de lumière, un effet de lampe, découvrent une beauté qui n’est pas celle à laquelle il avait songé. Un tableau n’est que ce qu’il veut; il n’y pas moyen de regarder autrement que dans son jour. La peinture n’a qu’un point de vue; elle est exclusive et despotique : aussi l’expression du peintre est-elle bien plus forte.

On peut y admirer une très belle oeuvre qui est exemplaire de la sculpture chryséléphantine, la ‘Diane’ de Josuë Dupont.

Le terme chryséléphantine signifie qu'elle était composée à la fois d'or (Chrysos) et d’ivoire (éléphantine). Dans le cadre de la promotion de la richesse de l’Etat Libre du Congo, l’Etat mit gratuitement de l’ivoire à la disposition des artistes. D’où la production en masse d’objets d’art en ivoire.

La Fondation Roi Baudouin acheta en 1997 plus de cent statuettes en terra cotta datant du 17ième, 18ième et 19ième siècle provenant de la collection Charles Van Herck, connu pour la maison de vente van Herck à Anvers. Les sujets en terre cuite exposés font l’objet d’un prêt à long terme au Musée.

La disposition en salle C met en lumière le rôle initial de ces ébauches peintes ou modelées.

A mentionner : les terres cuites de Jakob Johan Van der Neer (Anvers 1757 - 1838). La famille de sculpteurs Van der Neer a été à la tête d’un atelier anversois pendant plusieurs générations. Des compositions pour sculptures originaires de la deuxième partie du dix-septième siècle furent conservées dans l’atelier et utilisées jusqu’au dix-neuvième. Ceci explique la continuité que l’on constate dans l’évolution de l’art de la sculpture à Anvers, de Quellin à Hendrik Peeters-Divoort.

Ce qui précède n’est qu’un petit aperçu de la nouvelle présentation de la collection permanente mais cela vaut certainement la peine d’y aller jeter un coup d’œil : vous en sortirez agréablement surpris.

Vera Lewijse,                 
Historienne de l'art                 

Bibliographie :
Mappe de Presse  - KMSKA – Nouvelle présentation de la collection

Herwig Todts, Het Koninklijk Museum voor Schone Kunsten te Antwerpen, In: Openbaar Kunstbezit in Vlaanderen 1993-2.
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Adrien Brouwer

 

 

 

 

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Alma Tameda

 

 

 

 

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Gerard Ter Bosch

 

 

 

 

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Henri De Braekeleer

 

 

 

 

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Jan Siberechts

 

 

 

 

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Henri De Braekeleer

 

 

 

 

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Salomon van Ruysdael

 

 

Koninklijk Museum voor Schone Kunsten Antwerpen, 
Leopold De Waelplaats, 2000 Anvers. 

http://museum.antwerpen.be/kmska 
- www.vlaamsekunstcollectie.be 

 

 

Du mardi au samedi : de 10h00 à 17h00 - Dimanche: de 10h00 à 18h00. 
 Fermé le lundi et le 25 décembre 2006.

Renseignements et réservations :
Afdeling publiekswerking, Plaatsnijdersstraat 2, 2000 Anvers.
T: +32 (0)3 242 04 16 – F: +32 (0)3 248 08 10 – 
E:
publiekswerking@kmska.be 

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