LA LETTRE MENSUELLE

Un article de Vera Lewijse.  Avril 2006 
  La vie du XIXe siècle vue par la peinture, partie V. 
  
Les influences politico-sociales, nouveau et ancien mondes

;;
Natura artis magistra

Pour John Constable l’action de peindre devrait être considérée comme une enquête sur les lois de la nature et la peinture devrait être comprise à fond et surtout ne pas être approchée avec un émerveillement aveuglé, non plus considérée comme une inspiration poétique, mais comme une recherche légitime, scientifique et mécanique[4]. Constable mourra en 1837.

J.M.W.Turner reprit le flambeau et créa quelques unes de ses meilleures peintures à l’age de 76 ans. Remarquable, radicale et époustouflante est la toile ‘Snowstorm’ (1842). Turner s’est fait attacher par les matelots au mât du bateau pour une meilleure observation et pénétration de son sujet. Il cherchait à capter la vraie nature et le danger d’un orage en mer.

Pierhead painters

Les ‘peintres Pierhead’ sont insuffisamment célèbres. La plupart d’entre eux furent des peintres autodidactes, il s’en suit que leur style est peu formel, on pourrait dire plutôt naïf, inclinant vers l’art folklorique. Ils présentent surtout des portraits de navires, dans le but de vendre ces toiles aux propriétaires et capitaines avant que les bateaux ne quittent le port. C’est une peinture rapide et standardisée destinée à une production rapide. 

Les peintres peignant de la jetéepierhead painters – étaient actifs en France, en Italie, dans le Nord de l’Europe en Amérique et en Chine. Leur portée se situe surtout dans l’importance de la peinture comme document historique illustrant entre autres les dernières années du bateau à voiles. Très connue pour ce genre de peinture est la Collection Werder en Allemagne qui contient des peintres comme Heinrich Reimers, Petrus Weyts, François Roux...

Egide Linnig (1821-1860), descendant de Peter Jozef Linnig (1777-1836) ancêtre de tout une dynastie de peintres anversois du dix-neuvième siècle, fut traité longtemps comme ‘quantité négligeable’. Mais depuis la redécouverte de son œuvre au deuxième quart du vingtième siècle, il se situe bien sur le marché. Au mois d’octobre 2005, une toile de 35 x 50 cm a été estimée chez Christie Amsterdam de 10.000 à 15.000 Euro. Il nous a laissé une oeuvre assez variée avec plusieurs peintures qui peuvent être considérées comme Pierhead painting.  Par exemple le portrait du brick Bellona dans une action dramatique de secours en haute mer, peint en 1856.

The Hudson River School

Parmi ceux qui recherchèrent fortune et bonheur au Nouveau Monde nous trouvons Thomas Cole. Né en Angleterre en 1801, il part pour l’Amérique en 1819, il revient plusieurs fois en Europe en voyage d’étude des vieux maîtres et pour s’informer sur les courants contemporains. Il fut considéré comme le principal instigateur de la peinture paysagiste Américaine.

63vlcolearcadia1836.jpg (69027 octets)

Thomas Cole

Réputé, il fut aussi controversé à son époque par les critiques pour sa série de cinq toiles nommée The Cause of the Empire (1836) dans laquelle il aborde le thème de l’élévation et la chute d’une société. 

Partant de l’état sauvage pour évoluer vers un état riche, puissant et luxurieux, elle glisse ensuite dans un état de corruption et de destruction pour finalement arriver à la dissolution finale de toute forme de civilisation.   

Allusion par trop négative dans les yeux des fondateurs d’une nation nouvelle.

Cole fut le fondateur principal de la Hudson River School avec Frederic Edwin Church (USA 1826 – 1900) Iceberg and wreckage in sunset (1860), et Albert Bierstadt (Sollingen 1830-USA 1902) – The shore of the turquoise see (1878).

Church fut, comme beaucoup de ses contemporains, inspiré par les idées de John Ruskin (voir supra Partie II) et très particulièrement par les écritures du naturaliste Allemand Alexander von Humboldt[5] sur l’importance de l’étude de la nature pour dévoiler le secret de l’harmonie universelle. La nature qui, par ses forces intrinsèques et divines pourrait guider l’homme vers une compréhension approfondie de l’univers et surtout de son comportement moral. 

Cette idée fut à la base de l’approche Américaine de la peinture du paysage. Une idée qui fut contrariée par la publication de Darwin en 1859 de The origin of species où il explique que la nature ne subsiste que par la lutte et la compétition et doit être considérée comme dure et combattante, sans pitié.

Cette controverse mena finalement à une approche plus poétique qu'analytique de la nature, ce qui sera la caractéristique typique de la Hudson River School. Le luminisme superbe et délicat nourri par la peinture de l’ancien monde se développera en Amérique dans ce style très singulier et reconnaissable des ‘peintres de la lumière’, de la Hudson School.

Le goût de l’Orient

63viingresbainturc.jpg (26713 octets)

Ingres

L’orientalisme dans l’art fut une des répercussions de la colonisation. Le style s'épanouit au début du XIX siècle pour s’atteindre un sommet aux Expositions Universelles de 1855 et 1867. Il est impossible de parler d’une école, d’un style uniforme. Le rapport entre les peintres et leurs œuvres se trouve dans le thème abordé.

63vlportaelssyrie.jpg (38985 octets)

Jan Portaels

Ils ont en commun la fascination pour la lumière de l’Orient. La palette évolua vers des tonalités plus chaleureuses, plus rouges, dans l’emploi des jaunes dorés en contraste avec des blancs brillants et des ombres ocrées. Les sujets préférés furent les scènes de harem : 

De Ingres, Le Bain Turc (1863). Mais aussi les paysages typiques de Jean Portaels, Souvenirs de la Syrie (1847) ;

les villages orientaux : Gustav Bauernfeind, Le marché de Jaffa (1887) ; les repas exotiques : Rudolph Ernst, Le Repas (1900) ; l’architecture et la décoration : Frederick John Lewis La Réception ; les costumes : Eugène Verdyen, Femme juive de Tripoli (1874). La vie quotidienne des pays exotiques forma le thème de prédilection de leurs peintures.

Enfin, la nostalgie pour l’ancien continent et l’enthousiasme pour le nouveau monde se sont rencontrés, ont émergé et ont ouvert des nouvelles pistes. Nourri d’un côté par le besoin de commémorer le passé, l’influence de l’Antiquité et par là l’obligatoire Grand Tour, et de l’autre côté par le besoin de confirmer les nouvelles aspirations, de témoigner de toutes ces choses nouvelles et de l’émerveillement de la découverte, est née l’idée que l’homme peut arriver à tout grâce à une approche scientifique et analytique.

L’impérialisme et le colonialisme ont eu pour résultat la naissance de nouvelles demandes et recherches dans le domaine pictural. La découverte d’autres paysages, l’exploration de la topographie, la botanique et de la zoologie, et la confrontation avec des espèces humains jadis inconnues ont élargi le groupe cible que la peinture avait visé auparavant.

Vera Lewijse,             
Historienne d'art              

   

Partie I : Introduction.

Partie II : Vie politique et artistique en France.
Partie III : Vie politique et artistique dans le monde.  

Partie IV : Art et conditions sociales, émigration, drames.
;;

Cliquez sur 
les miniatures 

63vlreimers_pierhead.jpg (28648 octets)

H. Reimers

 

63vlweytsmanuel.jpg (22056 octets)

Petrus Weyts

 

63vluzzocatharina.jpg (36888 octets)

Luzzo

 

63vlinnigportanvers.jpg (177416 octets)

Egide Linnig

 

63vlinnigbellona.jpg (39631 octets)

Egide Linnig

 

63vlcolethomasavagestate.jpg (50327 octets)

Thomas Cole

63vlcoleconsummation.jpg (66333 octets)

Thomas Cole

63vlcoledesolation.jpg (39096 octets)

Thomas Cole

63vlcoledestruction.jpg (75364 octets)

Thomas Cole

 

63vlchurchfrederic.jpg (44311 octets)

F.-E. Church

 

63vlbauernfeindjaffa.jpg (64391 octets)

Bauernfeind

 

63vlrudolphernst.jpg (46475 octets)

R. Ernst

 

63vllewiscaire.jpg (89639 octets)

F-J. Lewis

 

63vlverdyenfemmejuive.jpg (48070 octets)

Verdyen

 

[1] La première vague d’expansion a eu lieu de 1415-1800.

[2] Kho-khoi: tribus du Cap de Bonne Espérance, Afrique du Sud,

[3] Lambourne L., Parting, Emigration and War, dans ‘Victorian Painting, p. 350-353

[4] Lambourne L., Oils versus watercolours: landscape painting, in “Vicorian Painting, p. 94.

[5] Baron A. von Humboldt (Berlin 1769-1859), naturaliste et explorateur est principalement connu pour sa contribution à l’étude de la géographie physique et de la biogéographie. Sa publication de ‘Kosmos, Entwurf einer physischen Weltbeschreibung’ a voulu être une vision unificatrice des sciences de la nature.
;;

63vlvernetarabetaleteller.jpg (69903 octets)

Vernet

Bibliographie
 L’Artiste, le savant et l’industriel, Oeuvres complètes de Saint-Simon et d’Enfantin, vol. 10 (1867)
 
[cat.] Collin P., Les maîtres de la Société Libre des Beaux-Arts. Exposition Rétrospective. Bruxelles 1932
 Vanzype G., Les frères Stevens, Bruxelles, 1936

 Clark K., Looking at pictures. London 1960
 Cogniat R. De schilderkunst van de romantiek. Spectrum 1967
 [cat.]Todts, Cardyn, Monteyne, Tranches de vie.  Le naturalisme en Europe de 1875-1915. Gand 1996
 Baudelaire Ch., Mon coeur mis à nu, dans Écrits intimes. Texte établi par Jacques Crépet. Introduction par C. Lemonnier C., L’Ecole belge de peinture 1830-1905, Ed. Labor 1991

 Denys L., Linnig, een Antwerpse kunstenaarsdynastie in de 19de eeuw. Deurne 1991
 Nochlin L., The politics of Vision: Essays on Nineteenth-Century Art and Society. London 1991
 Argan, L’art Moderne, Paris 1992
 Ten-Doesschate P., Correspondence de Courbet, Flammarion Paris, 1996
 Janson, History of Art. London 1997
 Lambourne L., Victorian Painting, Phaidon Press Ltd., 1999
 Reiss B., The Showman and The Slave: Race , Death and Memory in Barnum’s America.  Harvard University Press, 2001.

  Badou G., L’énigme de la Vénus Hottentote. Ed. Payot Rivages, Paris, 2002.
 
[cat.] Leen Fr. E.a. De romantiek in België.  Tussen werkelijkheid, herinnering en verlangen. Brussel 2005
 Rosenblum & Janson, 19th Century Art.  Pearson Prentice Hall, 2005
 Encyclopaedia Britannica, ed. 2006

 Werder collection : http://www.fineartemporium.com/Werdere.htm 

Copyright © 2006 Vera Lewijse et Mémoires.
Tous droits réservés.

A lire dans la même série :
Partie I : Introduction
.

Partie II : Vie politique et artistique en France.
Partie III : Vie politique et artistique dans le monde.

Partie IV : Art et conditions sociales, émigration, drames.

Les autres articles sont accessibles via nos archives
Inscrivez-vous pour recevoir les infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre        Retour à l'accueil

 

Hit-Parade