LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Mars 2006 
  Theo van Rysselberghe, Néo-Impressionniste : rétrospective
  
A
ux Beaux-Arts ("Bozar") de Bruxelles 

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Hommage à un artiste belge, figure majeure du mouvement Néo-Impressionniste et qui mérite bien cette reconnaissance.

La rétrospective présentée au Palais des Beaux-Arts balaie, chronologiquement, les différentes périodes de la carrière de l’artiste (né à Gand en 1862 et décédé en France en 1926) et plonge le visiteur dans un mouvement dont il est, avec Seurat et Signac, une figure de proue. Sur 210 œuvres exposées, 200 sont de Van Rysselberghe (dont un grand nombre sort de collections privées), les dix autres proviennent d’artistes à la sensibilité proche tels Seurat, Signac, Cross.

Parcours

C’est à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles, dès 1880, que Van Rysselberghe fait ses classes. Le jeune peintre s’exprime dans le style de l‘époque, étalant largement une matière riche. Puis peu à peu il se hasarde à une facture nouvelle accrochant la lumière. Trois voyages au Maroc répondant à la vogue de l’orientalisme vont le métamorphoser.

L’exposition rassemble de nombreuses scènes marocaines, de plus en plus abouties, matérialisant sur la toile la chaleur et le scintillement de la lumière. Matisse avait été fasciné par cet Orient éclatant de mille feux. Seul Van Rysselberghe a immortalisé le Maroc en pointillés ("Maroc", "La porte de Mansour".

En 1886, l’Impressionnisme vient frapper en plein cœur l’avant garde bruxelloise emmenée par le Cercle des XX dont Octave Maus, avocat et critique, fut une locomotive. Invités à l’exposition des XX, Monet et Renoir font sensation tant par leur liberté d’expression que par la clarté des coloris utilisés. C’est le choc…

Van Rysselberghe remet en question la vieille technique du clair-obscur et expérimente le procédé de multiplication des touches de couleurs. Il exécute quelques portraits (dont "Octave Maus au chapeau" peint en plein air et en pleine lumière) et quelques marines (dont "Le Zwin à marée basse") rayonnantes de tons et de touches fluides. On sent l’artiste troublé et séduit. "Le dimanche après-midi à la grande jatte" de Seurat provoque une véritable émeute. Nous sommes en 1887.

Théo Van Rysselberghe ne peint plus dorénavant que selon la technique Néo-Impressionniste ou divisionnisme terriblement astreignante.

Peu à peu, au tournant du siècle, l’artiste acquiert son propre style. C’est ici qu’explose le grand Van Rysselberghe, celui qui donne d’avantage de mouvement et de volume à ses sujets, qui diminue le contraste entre les couleurs, allonge les touches, travaille à l’instinct et crée l’harmonie sans souci d’observer des règles établies.

C’est l’époque des personnages familiers et pleins de charme, des scènes de groupe dans un jardin. Fleurs, vêtements souples, meubles aux lignes courbes, coloris tendres d’un raffinement extrême se donnent le mot pour faire de la vie quotidienne des moments de pur bonheur. 

Epinglons, ici, les charmantes dames de "L’Après midi d’été", fleuron du Musée d’Ixelles dont nous ne manquons jamais d’aller humer les senteurs estivales chaque fois que l’occasion d’y passer se présente. Le portrait de "Madame Octave Van Rysselberghe" au regard mutin sous sa capeline fleurie. Le superbe "Port de Cette, les Tartanes" témoignant d’un sens presque abstrait de la composition, du rythme et de la pose des couleurs. Et, dans un autre registre "Emile Verhaeren dans son cabinet", rigoureuse image de l’ami aux lorgnons toujours au travail.

Mais vers les années 1910, le Néo-Impressionnisme cesse d’intéresser Van Rysselberghe. Il s’adonne à un style plus réaliste et plus coloré. Ce sont alors paysages, portraits et nus féminins dont la rigueur n’atteint pas la cheville du mouvement qui l’a propulsé au faîte de la réussite.

Van Rysselberghe s’installe à Saint Clair, dans le Midi, y peint encore beaucoup et y meurt en 1926.

Même si un nombre impressionnant, et inutile, de portraits encombre les cimaises de l’exposition, même si quelques sommets manquent à l’appel (nous songeons à "Anna Boch dans son atelier" réalisé en 1892), l’exposition est une réussite, une façon de rendre hommage à un artiste de chez nous, peu reconnu, européen avant la lettre et largement engagé dans l’avant-garde de la modernité.

 Colette Bertot         
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"Octave Maus"

 

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"Jeune fille
au chapeau"

 

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"Le port de Cette - 
Les tartanes"

 

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"Emile Verhaeren
dans son cabinet"

 

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"La pointe St-Pierre
à St-Tropez"

 

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Paul Signac

Palais des Beaux-Arts. 23 rue Ravenstein.   

 

Du mardi au dimanche de 10h à 18h. Jeudi jusqu’à 21h.

Exposition accessible jusqu'au 21 mai 2006.

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