![]() |
LA LETTRE MENSUELLE |
| Les chroniques
d'Anita Nardon. Février 2006 Franca Ravet, le lancinant murmure de la mémoire A la Galerie Libre Cours de Bruxelles |
|
;; Elle occupe dans la peinture d’aujourd’hui une place particulière qui ne se rattache ni au courant des modes ni à aucun "isme" sans lequel certains amateurs ne peuvent s’endormir. Calme et mesurée dans sa façon d’agir, on la sent forte et déterminée dans l’expression de ses sentiments et de ses aspirations. Une des particularités de Franca Ravet (1957) est d’aborder la surface peinte par juxtaposition de toiles ou de papiers marouflés sur bois. Ce sont des pièces qu’elle assemble comme un puzzle au sein duquel chacun tente de deviner l’artiste ou de se retrouver par effet de miroir. Le travail qu’elle présente est une recherche permanente de bribes d’histoire, de son histoire, à travers laquelle elle semble chercher à se reconstruire. On peut saisir au passage maintes allusions au royaume de l’enfance : la balançoire ou la poupée. Ces évocations familières prennent place dans une sorte d’inventaire pictural de nos pulsions d’adultes toujours ancrées dans notre enfance. Il n’y a ni cri, ni éclat, Franca Ravet murmure ses doutes et ses interrogations et ne fait jamais place à l’agressivité ou à la violence. Les toiles baignent dans une lumière grise ou présentent un fond noir voire rouge très sombre. Ces sortes de cris silencieux portent une énorme charge émotionnelle, on sent l’artiste en recherche d’elle-même, sans désespoir mais néanmoins dans un climat de réflexion profonde. Lorsqu’elle se tourne vers la nature, c’est la force des eaux qui la submerge. Mais ici pas de masse aqueuse, bleue ou verte, rien que des gris-beiges d’une sobriété totale et cette masse sans couleur inspire plus de terreur et plus de craintes que la représentation réaliste d’un pays inondé. Le danger est latent, la menace est sourde, le cri silencieux se répète. Mais il n’y a pas que l’objet ou le souvenir de l’objet, il existe dans les tableaux de Franca Ravet, une multitude de personnages surgissant de partout. Ce ne sont ni des portraits ni des caricatures mais des sortes d’êtres lunaires comme l’enfance s’en invente pour peupler son univers. Ces pseudo-personnages ne manquent pas d’humour. Ils ont vraisemblablement subi l’influence de Cobra, de l’art en marge et des graffitti, dont on devra bien reconnaître un jour qu’ils sont la signature de la fin du vingtième siècle et du début du nôtre. Sur le fil de l’abstrait et du figuratif, la création de Franca Ravet se développe au jour le jour, avec toute la force obstinée qui appartient à ceux qui ont quelque chose à dire. Anita
NARDON
|
*
Franca Ravet
|
|
Galerie Libre Cours, rue de Stassart 100, 1000
Bruxelles. |
|
| Du jeudi au samedi de 14h30 à 18h30. | |
| Exposition accessible du 17 février au 18 mars 2006. |
Copyright © 2006 Mémoires et Anita
Nardon.
Tous droits réservés.
Les autres articles sont accessibles via nos
archives.
Inscrivez-vous pour recevoir les
infos de la lettre mensuelle.
Retour à la lettre
Retour à l'accueil