LA LETTRE MENSUELLE

La chronique de Marie-Pierre Desmergers.  Janvier 2006 
  L'actualité de l'art belge et en Belgique fut et sera riche fin 2005
  "
Le" mois des ventes prestigieuses, des portes ouvertes...

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En ce début 2006, c’est le moment de vous souhaiter une agréable et heureuse année à toutes et à tous. C’est aussi le moment de faire le bilan de l’année 2005 pour le marché de l’art en Belgique.

Pas facile de se lancer dans ce genre de réflexion car les critères à suivre sont discutables, variables, voire quelques fois emprunts de subjectivité. Alors soyons justes et objectifs autant que possible…

Il ne suffit pas d’additionner le chiffre d’affaire de tous les commerces et autres marchands liés à l’art pour se satisfaire d’un total qui peut être supérieur –ou inférieur- à l’année 2004. Ce n’est pas si simple ! Car n’oublions pas que la Belgique est un petit pays : sa part du gâteau reste "light" par rapport aux américains, aux anglais et aux français, qui eux, sont plutôt du genre boulimique. Pour faire un bilan, il faut tenir compte des tendances, des acheteurs et aussi des éventuelles nouveautés du marché.

Les tendances : soit ce qui en terme d’objet d’art se vend le mieux. Pour 2005, les experts sont unanimes : ce sont les tableaux qui décrochent la palme d’or, surtout ceux du XIXe et du XXe siècle. Que ce soit à ArtBrussels ou à l’Antica de Namur, le constat est le même. Les peintures attirent et encore plus si les prix correspondent à la valeur de l’œuvre. Pour que cette tendance persiste, il suffira à nos marchands de ne pas se laisser prendre par la fièvre trop brûlante des prix. Ajoutons ici qu’à l’inverse, ce sont les meubles anciens et régionaux qui subissent le désintéressement de la clientèle.

Les acheteurs : soit ceux qui font vivre le marché de l’art. Nous l’avons déjà vu dans la lettre mensuelle de novembre (à voir dans les archives du site), il y a un nouveau type d’acheteurs. Ils sont jeunes, ils aiment l’art et ils désirent acheter en dilettante ou pour commencer une collection de dimension "casanière" plutôt que "muséale". Grand bien leur fasse, et au marché de l’art aussi ! C’est la clientèle de demain, celle que l’on doit préserver. 

Bien sûr il reste les autres acheteurs, les grands collectionneurs : ils sont toujours présents quand la qualité de l’œuvre est là. Précisons sans entrer dans les détails, que la législation belge freine certains d’entre eux : entre droit de suite, taxe à l’exportation et autres redevances, ils préfèrent investir ailleurs, là où la loi est moins imposante, c’est-à-dire aux Etats-Unis et plus proche, en Angleterre (les autres pays européens subissent les mêmes charges que nous). Heureusement, on nous annonce des directives qui visent à harmoniser le marché de l’art en Europe. A suivre…

Les nouveautés du marché : soit les propositions des acteurs du même marché. Une chose est sûre, et nous l’avons remarqué récemment, il y a de plus en plus de foires et de salons des arts en Belgique. Allons-nous vers une surdose artistique ? La clientèle va-t-elle finir par se lasser ? Soyons optimistes et considérons que c’est la réponse à une demande croissante des amateurs et des professionnels. Toujours utile que la grande foire des antiquaires de Bruxelles qui aura lieu du 20 au 29 janvier 2006 à l’espace de Tour et Taxis, s’ouvrira avec une vingtaine de participants en plus. Le marché de l’art s’accroît et ses acteurs mettent tout en œuvre pour le suivre.

Ainsi la première salle des ventes belge, les Beaux-Arts, désireuse d’évoluer et de répondre aux attentes de sa clientèle, propose deux nouveaux services via son site internet (www.servarts.be) : un "After Sales" qui permet, après vente, d’enchérir pendant quinze jours sur certains lots invendus dans les mêmes conditions qu’une vente publique, et un portail "Bid Now" qui présente des lots à vendre à prix fixe selon le principe "First buy, Fisrt get", c’est-à-dire que le vendeur bénéficie du réseau des acheteurs en toute confidentialité sans passer par la traditionnelle vente aux enchères. Cette nouveauté risque de donner quelques idées à la concurrence.

Entre tendances, acheteurs et nouveautés, que peut-on en conclure pour notre bilan 2005 ? Il est positif, les acheteurs sont là, les œuvres aussi. Certes les meilleures pièces ne se vendent pas en Belgique (toujours pour des histoires de taxes…) mais le rapport entre client et marchandise est équilibré.

Pour preuve, et pour apporter une note plus festive à ce bilan, les résultats des ventes aux enchères du mois de décembre. C’est un florilège d’adjudications qui a animé les soirées, répondant ainsi pleinement à toutes les attentes.

A Liège, chez Michel Lhomme, plusieurs œuvres de Richard Heintz étaient présentées, c’est l’huile sur toile "Les pommiers en fleurs" qui s’envola au plus haut avec 18.500 €. Chez Mosan, pas d’envolée pour Heintz mais une belle prestation d’un liégeois du XVIIIe siècle, Christian Coclers, dont la paire de nature morte représentant des fontaines fleuries est partie à 38.000 €, et 26.000 € pour "Le repos lors de la fuite en Egypte", une huile sur panneau désignée comme de l’atelier de Pieter Coecke van Aelst.

Mieux encore à Anvers, chez Bernaerts, la belle collection de bijoux a conquis plus d’un amateur, fête de fin d’année oblige. Ainsi, une bague sertie d’un diamant de 9,71 carat atteignit 71.000 €, une autre en or jaune avec un diamant de 8,51 carat, 70.000 €, et une chaîne en or jaune avec un diamant en pendentif, 45.000 €. Plus modeste, mais tout aussi marquant, chez Campo Vlaamse Kaai, 24.000 € pour "Remords", œuvre de Gérard Portielje et 13.000 € pour "Le jugement dernier" de l’école anversoise du XVIIe siècle.

Enfin à Bruxelles, chez Vanderkindere, c’est la section mobilier qui se démarque en laissant partir à 62.000 € une grande commode italienne du XVIIIe siècle de style Louis XV, à 11.500 € une paire de candélabres en bronze du XIXe siècle de style Empire et à 7.800 € un double corps de style Régence dans un parfait travail liégeois. 

Pour Horta, peu d’invendus pour une vente très ciblée sur la peinture belge : on retiendra les 32.000 € pour "Januari" d’Emile Claus, les 22.000 € pour "Fou du roi promenant les lévriers…" de Victor Lagye, 15.000 € pour "Bord de Gange animé" d’Adrien Jean Le Mayeur de Merprès, et enfin 12.000 € pour Albert Raty avec "Vue de village de Vresse".

Le meilleur est pour la fin, avec la vente d’art moderne belge des XIXe, XXe siècles et contemporain aux Beaux-Arts. Le contenu des deux vacations était déjà très alléchant, les enchères sont donc montées très haut pour nous donner des résultats comme on aimerait en avoir plus souvent. 

Jugez par vous-mêmes : 78.000 € pour François Bossuet et son huile sur toile "Vue de pont et du château Saint Ange de Rome", 55.000 € pour Henriette Ronner et "La sieste sur le coussin rose", 85.000 € pour "Jour de fête à la plage" de Franz Verhas, 38.000 € et 34.000 € pour deux œuvres de Georges Lemmen, l’une "Le tricot" et l’autre "La Meuse". 

En bouquet final, le grand Paul Delvaux et son huile sur toile "La flûtiste" de 1975 changèrent de mains pour 570.000 €, estimation basse de la salle, mais tout de même le prix le plus élevé de l’année pour un tableau.

Ces chiffres démontrent bien qu’il peut y avoir de belles pièces à vendre en Belgique et qu’elles trouveront, parce qu’elles sont exceptionnelles, acquéreur. Et puis cela confirme aussi que ce sont les tableaux qui partent le mieux et au plus haut : comme annoncé dans notre bilan.

Marie-Pierre Desmergers         
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Pour une approche plus théorique je vous conseille la lecture du fameux "Le marché de l’art s’écroule demain à 18h30" du journaliste Harry Bellet (Nils Edition, Paris, 2001), 
et pour une approche plus pratique, l’édition annuelle hors série du magazine L’œil , "Le marché de l’art 2006, France, Belgique, Suisse", chez votre libraire dès février.
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Christian Coclers

 

 

 

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Coecke van Aelst 
(Atelier -)

 

 

 

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Diamant
Pendentif

 

 

 

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François Bossuet 

 

 

 

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Paul Delvaux

 

 

 

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Georges Lemmen 

 

 

 

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Henriette Ronner

 

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