LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Janvier 2006 
  Armand Rassenfosse ou le repos du regard - Polémique !
  
Un livre d'art pour un artiste de la femme : superbes... Et un ratage, un !   

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Pour le numéro de "Mémoires" de Décembre, nous avions programmé un article sur la rétrospective annoncée au Palais des Académies et rassemblant une sélection importante des œuvres d’Armand Rassenfosse, peintre liégeois (1862-1934). Une conférence de presse devait avoir lieu à Liège dans la maison même de l’artiste où se trouve également son atelier. Un événement pour les admirateurs de cet artiste belge, d’une grande originalité, et dont le succès resta passager sans doute en raison de l’esprit "fin de siècle" qu’il cultivait et qui fut balayé par la sanglante Première Guerre Mondiale.

Hélas, le sort –ou de sombres intérêts financiers dans le détail desquels nous n’entrerons pas faute d’information fiable– en ont décidé autrement.

La conférence de presse fut annulée et l’exposition (au mieux) post posée !

Le public belge a donc été privé d’une exposition de prestige qui devait rassembler 130 œuvres du peintre, doublée d’une monographie concoctée par des historiens d’art sous la houlette de Joost De Geest, spécialiste de l’art belge des XIX° et XX° siècle.

A défaut d’exposition, la monographie, superbe, est sortie mettant un peu de baume sur le cœur des frustrés.

Autodidacte.

Fils de famille aisée, commerçante en objets d’art, le jeune Rassenfosse fait des études secondaires classiques. L’œil et l’esprit sont éveillés. Le goût pour l’expression graphique se manifeste rapidement. Il abandonne le commerce paternel pour voler de ses propres ailes et s’associe avec l’imprimeur français Auguste Bernard pour devenir, à Liège, le directeur artistique de l’entreprise.

Affiches, ex libris, mise en page, tirage deviennent rapidement ses domaines de prédilection. Sa renommée en tant qu’affichiste passe les frontières. Il fait à Paris de fréquents séjours, rencontre Félicien Rops et collabore à plusieurs revues.

Visite guidée.

Puisque l’exposition nous est refusée, nous suivrons à la trace l’essentiel des chapitres de l’ouvrage comme autant de portes poussées à la découverte des talents multiples de Rassenfosse.

Il est bien difficile de dissocier l’artiste de Félicien Rops, son aîné de 30 ans. Une passion commune pour les techniques de gravure les rapproche. Les deux artistes s’estiment, se rencontrent. Ensemble, ils créent même un vernis mou "le Ropsenfosse". Tous deux maîtrisent avec un même bonheur le dessin et la gravure (v. ill., Le masque). Rops de façon licencieuse… Rassenfosse en portant un regard sage et sain sur le monde qui l’entoure.

Rassenfosse ne sera pas insensible, d’ailleurs, au Symbolisme tout en restant à l’écart du mouvement mais la magie, le mystérieux, l’imaginaire, la solitude, le démoniaque sont présents dans son œuvre. Il illustre 'Les fleurs du mal' de Baudelaire (v. ill. Baudelaire et sa muse), 'Le rideau cramoisi' de Barbey d’Aurevilly et bien des sujets d’esprit symboliste.

Rassenfosse et la femme.

Sa vie et son œuvre durant, l’artiste sera le chantre de la femme… "composition évidente parce que réduite à ses traits essentiels, épurée pour ne retenir que l’éloquence des lignes".

"Rêveuse", "Bonne fille", "Au peignoir jaune" (v. ill.), "Au chapeau de paille", "A la robe noire" (v. ill.), "A sa toilette", "Au turban brun", esquissant un pas de danse ou se coiffant, elle est à la croisée des XIX et XX° siècles, la muse prétendant à plus de liberté sans pour autant fracasser les bonnes manières. Il a fait du corps féminin sa passion tout en lui conservant un sens aigu de la pudeur et de l’émotion. Ni mondaine, ni courtisane, femme simplement –vêtue ou dévêtue– interprétée avec fermeté et grâce sur un mode intimiste et malgré tout troublant.

Feuilleter ce volumineux et passionnant ouvrage correspond à une visite virtuelle au cœur de compositions harmonieuses qui "imposent au regard le sourire de leur tracé".

 Colette Bertot         
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A. Rassenfosse,
"Le Masque"

 

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Armand Rassenfosse, 
"Baudelaire et sa muse"

 

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A. Rassenfosse,
"Le peignoir jaune"

 

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A. Rassenfosse,
"La robe noire"

 

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Armand Rassenfosse,
"Les jeunes sorcières"

Armand Rassenfosse. Sous la direction de Joost De Geest.  
Ed. Racine en français. Lannoo en néerlandais.

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