LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Décembre 2005 
  Takayoshi Sakabe - Une émotion venue de la nuit des temps
  
A
la Galerie Lanzenberg de Bruxelles 

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De temps à autre, Sakabe, né au Japon, vivant et travaillant à Paris et Istanbul, vient accrocher ses toiles aux cimaises de la Galerie Lanzenberg nichée en bordure des étangs d’Ixelles que la brume d’automne rend intemporels.

Cet artiste là est un oiseau rare dans la mesure où l’on ne sort pas indemne du spectacle procuré par l’étrange maturité de ces œuvres évanescentes et poudrées qui s’apparentent peut-être à la philosophie zen.

Même s’il vit en Occident, il ne peut cacher son passé japonais. Chaque toile est, en effet, un travail lent, calme, réfléchi au centimètre près et porteur d’un message de sagesse que pratiquent peu les occidentaux stressés que nous sommes. Une leçon de rigueur dans le choix du sujet et de maîtrise dans cheminement du pinceau sur la toile…

De l’artiste nous connaissions des visages estompés de lumière, des pigeons au plumage d’un gris si léger qu’on les confondait aux nuages, des paysages infinis s’étirant entre vert et or, des Fuji  yama perdus dans le brouillard.

L’artiste, cette fois, a concentré toute son ardeur créative sur le thème du bois tordu intemporel et sobre. Toujours pareil, toujours différent.

De quel arbre provient cette branche aux formes contournées, hérissée ou non de quelques feuilles ? Du gingko millénaire ? du hêtre tortillard ? du bouleau bravant le froid ? de l’acajou au petit feuillage dense ?…

Qu’importe, elle impressionne, suscite l’imaginaire, provoque l’admiration pour l’endurance qu’on devine et la résistance au temps (Le temps météo comme le temps longévité) qui lui colle à l’écorce.

A l’instar du jardinier japonais ratissant le gravier dans son jardin sec de style paysager, Sakabe traite la branche comme il écrirait un poème.

Il prépare longuement la toile écrue, l’enduit de caséine, lui confère une humble matité propice à accueillir l’empreinte végétale. Comme en musique, on pourrait parler de variation sur un même thème et puisque la qualité est au rendez-vous de cette réflexion sur la pérennité de la nature, on ne s’en lasse pas.

Ce sont, parfois, trois petits panneaux verticaux qui, si on les rapprochait, feraient un seul arbre délicieusement léger.

Les dimensions que privilégie l’artiste vont du 1 mètre sur 3, au 1 mètre sur 2 ou simplement 1 mètre sur un, le carré parfait. Cet équilibre mûrement réfléchi entraîne le regard dans un parcours spirituel teinté de nostalgie. L’informel devient formel et la branche se fait soie, mousse, rugosité. Elle se tord pour qu’y niche l’oiseau, s’enveloppe de brume pour cacher ses secrets, frissonne dans une poudreuse grisaille.   

Les ors, les verts, les bruns, les sables posés délicatement d’un pinceau retenu nimbent de mystère l’univers de l’artiste qui entraîne dans le sillage de ses rêves le dit, le non-dit d’une émotion venue de la nuit des temps. Seule la nature, nous semble-t-il, peut pousser si loin la fascination du silence.

 Colette Bertot         
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Takayoshi Sakabe

 

 

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Takayoshi Sakabe

 

 

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Takayoshi Sakabe

Galerie Fred Lanzenberg,. 9 avenue des Klauwaerts, 1050 Bruxelles.
Site : www.galeriefredlanzenberg.com 

Du mardi au samedi de 10h à 12h30 et de 14h à 19h.
Dimanche de 10h à 13h.

Exposition accessible jusqu'au 8 janvier 2006

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