LA LETTRE MENSUELLE

Les chroniques de Colette Bertot.  Décembre 2005 
  Une exposition coquine sur l'art de l'ex-libris érotique
  
A
u Musée Félicien Rops de Namur 

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Alignés comme des timbres-poste aux cimaises du Musée, plus ou moins 300 ex-libris (provenant de la Fondation Finale de Lausanne) titillent l’œil du visiteur un peu voyeur. C’est que le sujet émoustille les esprits et se double d’une rare qualité graphique.

L’ex-libris est une "vignette" au tirage limité née de la rencontre d’un amoureux des livres et d’un artiste graveur. Petite vignette que le bibliophile colle sur la page de garde de ses livres pour bien indiquer qu’ils sont les siens.

Tout qui le souhaite peut posséder son ex-libris. Je connais un ornithologue passionné dont l’ex-libris représente une chouette hulotte (parce qu’il en niche dans sa grange) tracée de quelques coups de plume (et de plumes !) par un artiste de ses amis.

C’est à la fin du XIX° siècle que l’ex-libris prend son essor en Europe. Des collections se forment, des sociétés voient le jour à Londres et à Vienne tandis que l’ex-libris érotique apparaît, permettant aux artistes de donner libre cours à leur imaginaire débridé !

Sobrement orchestrée, l’exposition est néanmoins polissonne, ce qui nous valut de croiser un couple "mûr" dont le monsieur s’attardait avec complaisance sur les "Bretelles" (tendance contemporaine ) de Suzanne Hüsken alors que sa dame passait en hâte devant la section "sex libris", très osée, rappelant un peu les fresques des lupanars de Pompéi.

Structurée autour de plusieurs thèmes l’exposition retrace l’évolution de cette branche bien particulière des ex-libris, les premiers étant héraldiques et placés dans des blasons où apparaissent de discrets éléments sexuels.

Vint l’âge d’or du genre (de 1910 à 1930) qui est la période des grands virtuoses de la gravure, les plus inventifs étant Fingenstein, maître es-phallus et Obratil aux femmes légères et libertines dont certaines s’exhibent entre les feuillets d’un livre ouvert sous l’œil goguenard d’abbés rigolards.

Il y a les thèmes mythologiques où le cygne de Leda au long cou voluptueux enflamme les imaginations. Les thèmes bibliques… contournant la sacralité du sujet. L’humour parfois franchement paillard. Eros et Thanatos aux squelettes et têtes de mort souvent associés à la nudité féminine.

L’époque contemporaine voit naître des ex-libris moins provocants pour cause de moindre contrainte morale. La photo et la création assistée par ordinateur en changent les donnes non sans imagination.

Tout au long des cimaises, on craque pour la diversité des situations jamais vulgaires et on s’émerveille de la qualité du dessin dont le petit format pousse l’artiste à l’essentiel. La diffusion était évidemment discrète et court-circuitait la censure en amusant les esprits. On est bien loin de ce charmant moyen d’exprimer ses fantasmes. Avec ses images érotiques, lourdes et vulgaires, la TV a tout gâché.

 Colette Bertot         
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59ilropselobratil.jpg (29965 octets)

Obratil,
"Les Abbés coquins"

 

 

59ilropshusken.jpg (27524 octets)

Suzanne Husken,
"Bretelles"

 

 

59ilropsgrasset.jpg (50156 octets)

Eugène Grasset,
"L'âge d'or"

 

Musée provincial Félicien Rop,.12 rue Fumal à Namur.  

 

De 10h à 18h du mardi au dimanche.
Fermé les 24 et 25 décembre.

Exposition accessible jusqu'au 30 décembre 2005.

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